Accueil | Par La rédaction | 20 octobre 2020

La guerre civile menace

Il n’aura pas fallu une semaine après l’attentat de Conflans pour que le discours martial soit dans la plupart des bouches politiques. Avec toutes les illusions et les dangers que cela comporte.

Vos réactions (3)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

La tension monte très dangereusement. On nous dit que les États-Unis sont à deux doigts de la guerre civile. La France en est-elle si éloignée ? Face à la gravité de l’attentat contre la République commis vendredi, les discours se font martiaux, clivant, excluant. Ils rappellent les temps de guerre froide…

 

LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR
>>
ÉDITO. Attentat de Conflans : qu’il est loin le 11-Janvier

 

L’ « angélisme » n’est plus de mise et il faudrait donc se rendre à l’évidence : il y aurait de fortes chances pour que la foi musulmane porte à l’islamisme, et de l’islamisme à la pratique concrète de la terreur djihadiste, il n’y aurait qu’un pas. Et cela suffirait à définir une réplique ?

Depuis le 11 septembre 2001, la réponse serait la guerre contre cet ennemi. Mais « l’état de guerre », « l’état d’urgence » et même « l’état d’exception » nous ont-ils permis avancé d’un pas vers la « victoire » ? On fait rêver l’Occident d’une guerre « propre », celle que l’on mène au loin, celle que l’on mènera ici. Et les terroristes sont d’accord pour se lancer dans cette guerre inégale : la barbarie la plus inhumaine leur est une arme. Paris, Vincennes, Nice, Saint-Etienne du Rouvray, Villejuif, Conflans-Saint-Honorine… Partout on pleure les vies fauchées, on frémit devant l’horreur et on constate affligé la montée des peurs et l’anémie des libertés.

Face au terrorisme sanglant, la force peut devenir obligé. Il ne faut pas transiger avec la barbarie, mais il faut se convaincre qu’il n’y a pas de solution par la force seule et par la force pure. Il est significatif qu’aucune guerre menée contre des « terroristes » n’ait atteint ses objectifs. Face à la violence expansive, l’issue ne peut être que globale, donc politique.

Ce chemin est incontournable, mais il n’est pas facile. Aujourd’hui, les individus n’ont plus confiance dans l’État. Beaucoup ont cessé de croire à la possibilité de l’égalité, du partage et de la mise en commun. La mondialisation et la realpolitik font de plus en plus peur. L’Europe semble une impasse. Ici même, la victoire de l’extrême droite paraît possible. Et pourtant, à en croire les voix qui portent, le spectre que l’on doit conjurer n’est pas ce désespoir, ni le fascisme, mais « l’islamo-gauchisme » ! Oser manifester contre les discriminations à l’égard de nos concitoyens de culture musulmane serait donc le danger mortel pour notre pays. Leur faire place dans nos organisations, nos écrits et nos représentations serait déjà une capitulation. Si ces combats de la gauche sont délégitimés, que restera-t-il de notre démocratie et de la nécessaire politique ?

Va-t-on réduire nos débats au face-à-face d’un universalisme d’exclusion et d’un communautarisme du repli ? Il n’est pas raisonnable de diviser le monde entre « républicains » et « fanatiques ». L’exacerbation des désaccords n’est pas une voie. Il n’est pas possible de sommer chacun de choisir son camp. Faute de savoir rassembler, on ne peut compter sur une République qui exclut.

Au nom du caractère prétendument obsolète du conflit de la droite et de la gauche, va-t-on s’habituer à ce qu’il ne reste plus qu’un conflit entre la droite et l’extrême droite ? Et parce qu’une partie de la gauche a si profondément déçu, va-t-on renoncer à porter ses idéaux ? Va-t-on réduire nos débats au face-à-face d’un universalisme d’exclusion et d’un communautarisme du repli ? Il n’est pas raisonnable de diviser le monde entre « républicains » et « fanatiques ». L’exacerbation des désaccords n’est pas une voie. Il n’est pas possible de sommer chacun de choisir son camp. La France connaît des clivages croissants, les ressentiments s’accumulent, la défiance se généralise. La fin de l’espérance domine tout. Faute de savoir rassembler, on ne peut compter sur une République qui exclut.

Le monde populaire, depuis 1848, trouve son dynamisme dans la recherche de la « République vraie ». C’est dire que la République n’est pas un bloc, que toute République ne se vaut pas et qu’il faut bien des débats, bien des confrontations entre « républicains », avant de trouver l’équilibre qui rassemble les individus au lieu de les séparer. La logique du combat contre le « séparatisme » n’est pas le gage d’une défaite des forces les plus obscures de nos sociétés. Elle discrimine un peu plus ceux qui le sont déjà, en premier lieu la masse des musulmans. Elle flatte et berce d’illusion d’autres dominés, ceux qui n’ont pourtant à leur disposition ni les avoirs ni les savoirs ni les pouvoirs. Le dire n’est pas céder devant la violence aveugle. S’y refuser, c’est garder le chemin possible pour la politique, c’est-à-dire la construction d’une société de projet pour chacun.

 

La rédaction

Vos réactions (3)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • Pour que le débat se recentre entre la droite et la gauche, il faut que la gauche revienne.

    La gauche est laïcarde, déteste les curaillons, la religion, elle descend de Voltaire, du Parti Philopsophique, elle considère que sa mission historique est de faire reculer les croyances et les supertition.

    La gauche, la vraie, doit proposer :

    1. L’interdiction de la production et de l’importation des produits Halal, au nom du bien être animal
    2. L’interdiction de l’endoctrinement religieux des enfants, au nom de la liberté de conscience. Les enfants qui refusent de manger certains aliments ou d’assister aux cours d’éducation sexuelle au nom d’une croyance doivent être enlevés à leurs parents, et confiés à des couples homosexuels souhaitant adopter.
    3. Le rétablissement des politiques d’ostracisme, au nom de la défense de la République. Ceux qui mettent à mal la République et ses valeurs fondamentales doivent être banni, pour une période minimale de 10 ans.
    4. La fin de l’accueil des réfugiés d’Extrême Droite, comme les Tchétchènes qui fuient la Tchétchénie car ils sont encore plus à droite que son président d’extrême droite. Ces réfugiés doivent être accueillis comme l’auraient été les réfugiés NAZI en 1945 : avec un fusil.

    Cette gauche là emportera les élections sans difficulté, et pourra nationaliser les banques, les grandes industries, et les grandes propriétés agricoles, limiter fortement le droit à l’héritage, et instaurer une politique Républicaine et Socialiste.

    lememe Le 22 octobre à 14:19
       
    • Vous avez oublié d’ajouter la révolution culturelle et l’épuration ethnique à votre violent programme mais à part ça vous êtes prêt pour exercer votre pouvoir. La démocratie, on verra une autre fois.

      fourmi Le 14 novembre à 08:20
  •  
  • Ceux qui à droite, ou à gauche, utilisent un langage guerrier, belliciste souvent pimenté de racisme, attisent effectivement les braises de la division du pays. Ce faisant, ils facilitent les visées politiques du rassemblement national et de la frange la plus nationaliste des Républicains.
    Pour autant, la connivence, de près ou de loin, et l’excuse sociale ou humanitaire, à l’endroit des populations les plus stigmatisées par les politiques ultra libérales ne peut être niée . Un crime est un crime , les criminals doivent être jugés et sanctionnės dans des conditions rèpublicaines. Par ailleurs, le combat pour les idées et notamment le principe de laïcité qui transcende les valeurs républicaines de liberté, d’égalité et de fraternité doit être présent dans toutes les politiques publiques d’éducation, de culture, de protection sociale...Ce combat idéologique et politique est des moyens du rassemblement citoyen.

    lucien matron Le 24 octobre à 04:16
  •  
Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.