Twitter @Anne_Hidalgo
Accueil | Par Pablo Pillaud-Vivien | 30 mars 2021

« Dangereuses » voire quasi « fascistes » les réunions non-mixtes ? Dites-le aux Américains !

Ça se tend sur la question raciale et les réunions en non-mixité. Mais les anathèmes lancés à tort et à travers, valent-ils aussi pour la classe politique américaine que beaucoup érigent en exemple ?

Vos réactions (5)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

L’organisation de réunions en non-mixité par l’Unef continuent de créer polémiques et fractures dans le champ politique français, générant anathèmes et mises au pilori. Dernière cible en date : l’adjointe à la maire de Paris et candidate à la présidence de la région Île-de-France Audrey Pulvar depuis son passage sur BFMTV samedi où elle a réaffirmé la pertinence de la non-mixité dans certaines situations.

 

LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR
>>
À quoi joue Marlène Schiappa ?

 

Les arguments des tenants d’un universalisme qui s’opposerait à ce que des opprimés puissent se réunir et s’organiser entre eux sont essentiellement assis sur un rapport à l’histoire culturelle d’une France allergique aux distinctions entre les couleurs de peau et aveugle aux combats spécifiques que les discriminations qui en sont le fruit pourraient produire.

Mais les contempteurs de l’Unef vont plus loin : ainsi de la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo qui trouve « dangereuses » les réunions non-mixtes, du ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer qui parle de « pente fasciste », des communistes qui évoquent dans un communiqué de presse « une dérive identitaire », du syndicat étudiant ou de la députée européenne LREM Nathalie Loiseau qui ose une comparaison avec l’apartheid sud-africain.

Pourtant, ce sont les mêmes qui félicitent copieusement l’élection de Joe Biden aux États-Unis dont les équipes se sont largement inspirées de ce qui avait pu ressortir de réunions non-mixtes. Ainsi de Nathalie Loiseau et d’Anne Hidalgo qui adressent leurs chaleureuses félicitations au nouveau président américain et à sa vice-présidente Kamala Harris dès le 7 novembre dernier.

La maire de Paris va même plus loin en postant fièrement sur ses réseaux sociaux des photos avec la membre de l’aile gauche du Congrès Alexandria Ocasio-Cortez, affichant par là-même sa sororité et sa proximité politique avec l’élue américaine.

Le parcours de Kamala Harris (loin d’être exemplaire en matière de défense des droits des minorités) est jalonné d’appartenances à des groupes non-mixtes : elle a ainsi été présidente de l’association des étudiants noirs en droit de son université et surtout siégeait, lorsqu’elle était membre du congrès, dans le caucus noir, un lobby parlementaire composé uniquement d’Afro-Américain. Idem pour Alexandria Ocasio-Cortez qui affiche à l’envi sa proximité avec les militants du mouvement Black Lives Matter dont beaucoup de réunions sont organisées en non-mixité.

Il ne s’agit pas ici d’affirmer que les stratégies politiques anglo-saxonnes sont à importer telles quelles en France dont l’histoire des représentations républicaines et sociales diverge de celle des États-Unis. S’interroger sur l’utilisation du mot « race » ou sur la pertinence de réunions non-mixtes peut même s’avérer intéressant dans le cadre d’un débat public apaisé. Mais les épithètes insultantes et catégoriques sont-elles vraiment pertinentes ?

Est-ce qu’Anne Hidalgo considère que Kamala Harris ou Alexandria Ocasio-Cortez sont les promotrices d’une idéologie « dangereuse » ? Et est-ce que Jean-Michel Blanquer trouve « fascistes » ses homologues de l’exécutif américain ? On aimerait connaitre leur avis sur la question tant leur jugement apparaît soudainement à géométrie variable.

Les fractures qui se font jour sur la question de la non-mixité, tout particulièrement à gauche, ne sont donc pas fondamentalement liées à l’existence d’une colonne vertébrale idéologique qui serait « républicaine » ou « universaliste » : elles sont contextuelles et politiciennes. Elles sont pensées et instrumentalisées pour décrédibiliser des adversaires politiques, nonobstant les réflexions pléthoriques et passionnantes des personnes concernées sur le sujet.

Nous sommes en 2021 et l’antiracisme est encore un combat qui est loin d’être gagné. Les voies et moyens méritent d’être débattus. Ils doivent l’être à l’aune des défaites et des conquis de la fin du XXème siècle et de son renouvellement par l’auto-organisation des personnes concernées. Tout le reste n’est qu’un bruit venu de l’extrême droite qui a trouvé un écho trop puissant dans une partie de ce que jadis on appelait la gauche.

 

Pablo Pillaud-Vivien

Vos réactions (5)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • Ancien militant de l’unef ex renouveau
    Je ne cautionne pas ceux qui veulent dissoudrel’unef !
    Les étudiants ont besoin de cette orga !
    Pour autant je ne caution pas ces réunions
    Militant de la cgt ! Je ne voudrais pas de ce genre de réunion dans mon orga

    Jean Pierre dropsit
    Le 30 mars à 13:10

    Dropsit Le 30 mars à 13:14
  •  
  • Audrey Pulvar a dit une bêtise et ceux qui veulent la défendre en soutenant le contraire s’enfoncent. Ils repoussent les limites de la langue de bois, comme si elles n’étaient pas suffisamment lointaines.

    Les réunions ‘non mixtes’, qu’il vaudrait mieux appeler des réunions interdites aux Blancs, sont certes dangereuses par leur perversité, mais elles n’ont rien à voir avec le fascisme. Elles ont tout à voir avec le racialisme, pro-noir en l’occurrence, ou plutôt le racialisme pro-non-blanc. C’est une démarche tordue, nauséabonde pourrait-on dire pour adopter le style des donneurs de leçon patentés. Rien d’intelligent ne pourra en sortir.

    La gauche et l’extrême-gauche cherchent leur clientèle. La traditionnelle se raréfie, construite sur la base du socialisme, un régime disparu au siècle dernier. La démocratie l’a supplanté, qui est elle aussi un régime, mais d’une tout autre logique, plus difficile à comprendre que celle du socialisme. Il est tentant alors, plutôt que de réfléchir, de recourir à des expédients et de jouer sur les réflexes d’identité raciale, sur fond de tiers-mondisme, et de propager le mépris des Blancs, sommés de se taire, avec toutes les explications qui justifient cette injonction au silence. Il est probable que les intéressés en feront fi.

    Glycère BENOIT Le 30 mars à 15:51
  •  
  • Suggestion à l’UNEF. Organiser un colloque. Dans une salle, les étudiants à peau blanche, dans une autre salle, les étudiants à peaux de couleur. Chez les premiers, organiser des commissions pour les blonds à yeux bleus, une pour les bruns à yeux marrons, une pour les roux à yeux verts. Chez les seconds, une commission pour le noirs, une pour les jaunes, une pour les rouges et une pour les métis. Puis dans chaque commission, des sous-commissions hommes, femmes, transgenres...
    Thème du colloque : " l’égalité, la fraternité et la tolérance dans une société du vivre ensemble". Et à la " fin de la Foire on compte les bouses" comme disent certains politiques.
    Allez l’UNEF, il n’est jamais trop tard pour reconnaître ses erreurs et en tirer la meilleure des conclusions. Ancien de l’UNEF ( avant 1968 à l’université de Dijon) , je vous assure de mon soutien contre tous les fachos...mais faites gaffe !

    lucien matron Le 1er avril à 08:06
  •  
  • je ne dois pas vivre dans le même monde que les intervenants précédents. je travaille dans le privé, une multinationale en info.
    Dans mon service il y a plus de 10 nationalités.

    Le seul endroit non-mixte où il n’y a que des males blancs :
    C’est le comité de direction.

    Mais les racistes, c’est l’Unef évidement !!

    Regardez le conseil de défense de Macron, c’est pas là où on mettrait une femme comme Hidalgo ou un noir ou un arabe, c’est du sérieux, il n’y a que des mecs blancs et personne pour critiquer..... Là encore ce n’est pas du racisme, c’est comme dans ma boite, uniquement une question de mérite ou de compétences !!!

    Cyrano78 Le 1er avril à 15:12
  •  
  • Je n’ai jamais dit que l’unef était raciste mais j’ai le droit de critiquer ce genre de réunion !
    Ma mère venant de Pologne a connu le racisme anti polonais !!
    Pas de leçon d’anti racisme a recevoir !
    Jean Pierre dropsit
    Le 1/04/2021 à 15:15

    Dropsit Le 1er avril à 15:19
  •  
Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.