Accueil | Par Loïc Le Clerc | 2 décembre 2020

Religion, caricatures, genre… Cette jeunesse qui fait peur à Marianne

Les jeunes, ils sont contre les discriminations, contre les inégalités, contre les racismes et les violences policières, le tout, dans le respect strict des lois de la République et... ça ne va pas du tout !

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La semaine dernière, une étude Ifop, commandée par Marianne, a particulièrement attirée notre attention. Il s’agit d’une enquête auprès des 18-30 ans – ces « adultes encore en construction », pour citer le journal – ayant pour but de savoir ce qu’ils pensent « de la religion, de l’égalité entre les hommes et les femmes, de la discrimination, de la lutte contre les inégalités sociales… » Voilà qui est des plus intéressants. Et, le moins que l’on puisse dire, c’est que Marianne en est tombée de son siège !

Prenons cette enquête point par point.

 

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1. Religions

Ce que dit le sondage : à l’affirmation « Il est justifié que les enseignants montrent à leurs élèves des dessins caricaturant ou se moquant des religions afin d’illustrer les formes de liberté d’expression », 33% des sondés ne sont pas d’accord. Pour 75% de ces jeunes, « il faut respecter les religions afin de ne pas offenser les croyants ». Pour 4 interrogés sur 10, « la religion représente quelque chose de très important dans [leur] vie quotidienne ».

  • Ce qu’en dit Marianne  : « La dissonance avec le reste de la population est importante [...] "Derrière ces chiffres, il y a le refus de voir la distinction entre le droit au blasphème et l’interdiction d’être discriminants ou racistes vis-à-vis d’une communauté ou d’une religion. L’idée aussi que si l’on montre les dessins du Prophète et des caricatures, on ne respecte pas les croyants" observe Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop. Et cela va de pair avec un rapport à la religion très particulier. "Il y a une véritable sacralisation du fait religieux qui va de pair avec une orthopraxie croissante" ajoute le politologue. »

Les mots sont importants. Marianne a tendance à les surinterpréter. Ainsi, penser que Samuel Paty n’aurait pas dû montrer des caricatures – débat des plus interdits en France, car « on ne cède rien à l’islamisme !!! » – équivaut soudainement à refuser de voir une différence entre blasphème et racisme. Or, comme le montre justement ce sondage, ces jeunes sont très sensibles aux discriminations. Cela ne veut pas dire qu’ils sont plus bêtes que la moyenne.

Par ailleurs, il est assez curieux de commander un tel sondage et d’omettre de médiatiser certains de ses résultats. Et pourtant… Marianne ne mentionne pas qu’une grande majorité des sondés se définit comme « Français », et seulement 3% comme « membre de votre communauté religieuse ». Mais ça ne va pas dans le sens que ce que l’on veut démontrer a priori. Ils sont pourtant majoritairement musulmans, ces 3%. Peut-être que 3%, ça ne fait pas lourd pour faire croire qu’il y de quoi faire trembler la République. Allez savoir…

Les jeunes sont d’ailleurs très nombreux, presque majoritaires, à se dire « sans religion » et 78% pensent qu’« on parle trop de religion et de questions religieuses aujourd’hui ». Mais pour Marianne, il est déjà trop tard. Ils ne sont pas Charlie. Ils ne peuvent donc être autre chose que complices de l’islamisme. D’ailleurs, à propos de ces 75% qui jugent qu’il faut respecter les religions, ce chiffre monte à 90 chez les musulmans. Ils veulent du respect ? Non mais pour qui se prennent-ils ? Au bûcher !

2. Laïcité

Ce que dit le sondage : pour 57% des jeunes sondés, la défense de la laïcité est souvent instrumentalisée par des personnalités politiques et des journalistes qui veulent en fait dénigrer les musulmans.

  • Ce qu’en dit Marianne  : « "C’est une reprise de la thèse mélenchoniste comme quoi la laïcité serait aujourd’hui un faux nez de ceux qui veulent combattre l’islam. [...] ", remarque encore Dabi. Une affirmation très présente chez les 18-20 ans, qui sont par ailleurs près d’une majorité à considérer que l’islamisme n’a pas déclaré la guerre à la République. »

Qu’est-ce qu’il est pratique ce sondage ! Car, à en croire Marianne, que la laïcité soit menacée et que l’islamisme soit en guerre contre la République, ce ne sont pas des opinions, mais des faits. Haro sur les négationnistes ! Bouh Mélenchon ! Et ils se demandent pourquoi donc une majorité des sondés trouvent que la défense de la laïcité est souvent instrumentalisée...

  • Ce qu’en dit encore Marianne  : « Quand il s’agit de définir la laïcité, notre panel fait également bande à part. Alors que l’ensemble de la population considère que ce grand principe républicain sert avant tout à séparer les religions et la politique et à faire reculer l’influence des religions dans notre société, les 18-30 ans estiment au contraire qu’il vise à mettre toutes les religions sur un pied d’égalité et à assurer la liberté de conscience. Et certainement pas à les rendre invisibles. »

Grands dieux, les jeunes savent lire ! Ils ont lu la Constitution, qui assure « l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction [...] de religion », et ils ont compris ce qu’était la laïcité : l’égalité. Puis ils ont lu la loi de 1905, laquelle proclame la « liberté de conscience », et ils ont compris ce qu’était la séparation des Églises et de l’État : la liberté. Et, quand on leur demande de parler de laïcité, ils ne confondent pas les différents textes de loi ni les grands principes pour en faire un gloubi-boulga pseudo-républicain. Amen !

Pour se tirer des ronces, Marianne fait appel au philosophe Pierre-Henri Tavoillot, « créateur à la Sorbonne d’une formation de "référent laïcité" » : « N’oublions pas que le fait de ne pas avoir les idées claires est propre à la jeunesse. Tout cela résulte avant tout d’une grande confusion, structurelle à la jeunesse, une sorte d’idéologie spontanée de la tolérance, du droit à la différence, de l’individualisme. Quand on est jeune, on ne voit pas que cela peut faire le lit du communautarisme et de la différence des droits. »

« Tous les vieux fourneaux
Prennent les jeunots
Pour des cons. »

3. Genre

Ce que dit le sondage : c’est LE clivage de cette génération. Comme le commente Marianne, « le clivage de genre est même supérieur au clivage générationnel, qui surclasse lui-même le clivage politique ! » 67% des femmes sondées considèrent que la situation concernant l’égalité entre les femmes et les hommes n’est pas satisfaisante, contre 42% des hommes sondés. De plus, 46% des sondés disent « comprendre les femmes qui déclarent détester les hommes ».

  • Ce qu’en dit Marianne  : « "On a presque l’impression qu’on est avant 1974, qu’on a effacé le travail de toutes celles et de tous ceux qui se sont battus pour le droit des femmes. Nos sondés nous disent qu’ils évoluent dans une société structurellement favorable aux hommes, ce qui justifie des discours de détestation de la gent masculine", résume Frédéric Dabi. "C’est à mon avis une erreur totale sur le plan de la description objective de la société, qui est plutôt en voie de pacification, mais le scénario de la guerre des sexes est en train de devenir une grille de lecture, ajoute le philosophe Pierre-Henri Tavoillot. C’est pour le coup quelque chose qui m’inquiète car cela va induire des effets délétères, comme la solitude absolue des individus, notamment celle des jeunes femmes." »

Passons sur le fait que ce sont deux vieux mâles blancs qui jugent comment pensent les jeunes Françaises… Là encore, Marianne tient sa cible toute désignée, en la personne Alice Coffin – quelle influence ! Elle est au féminisme ce que les islamo-gauchistes sont à la République : un ennemi, complice du pire.

Mais il est un enseignement de ce sondage dont Marianne ne dit mot. 22% des jeunes sondés se déclarent d’accord avec l’affirmation suivante : « Je ne me reconnais pas dans les deux catégories de genre hommes / femmes ». À croire que ce genre de positions n’entre tellement pas dans leur grille de lecture du monde qu’ils n’en ont pas saisi l’impact sur notre société à venir. À suivre.

4. Discriminations

Ce que dit le sondage : si l’islamophobie est une réalité ? Oui à 61%. Les violences policières, 60%. Le patriarcat, 59%. La situation est-elle satisfaisante concernant la lutte contre les actes antisémites (non à 56%) ; la lutte contre le racisme en général (non à 61%) ; la lutte contre les inégalités sociales (non à 68%).

  • Ce qu’en dit Marianne  : « Lutte contre l’antisémitisme, contre les actes antimusulmans, contre les discriminations ethniques, contre les inégalités sociales ou la délinquance… Rien n’est à la hauteur pour eux [...] sans surprise, 6 jeunes sur 10 pensent que les violences policières existent ».

Caramba, encore raté ! Décidément, cette jeunesse, c’est la chienlit. Et vous ne devinerez jamais pour quels électorats les violences policières sont « des faits marginaux ou inexistants »… 38% votent LREM, 42% RN et 52% LR. Qu’en pense le directeur général adjoint de l’Ifop ? « C’est pour cela que le courant idéologique indigéniste diffuse très largement auprès des jeunes ». Et voilà une belle boucle bien bouclée. Comme quoi, les chiffres, on leur fait dire ce qu’on veut.

 

Loïc Le Clerc

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