Accueil | Tribune par Danielle Simonnet | 3 novembre 2020

TRIBUNE. Confinés avec les rats !

Rats, cafards, souris, punaises de lits : ils ne connaissent pas le confinement. L’élue parisienne Danielle Simonnet (LFI) attire l’attention sur une population oubliée et décrit la réalité du quotidien d’un des quartiers les plus pauvres de Paris.

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Tel est le sort des habitant.es du quartier Python. C’est une cité du 20ème, la plus pauvre de Paris, coincée avec ses barres et tours d’habitations entre le périphérique, la Porte de Bagnolet et les maréchaux. Des rats par milliers résident dans les caves, dans les espaces verts, se baladent dans les allées à la nuit tombée, envahissent les locaux poubelles et montent jusqu’aux étages dans les couloirs desservant aux appartements. En plus des rats, des souris cohabitent avec les locataires dont certains subissent également les cafards et pire, pour les plus malchanceux, les punaises de lit. Imaginez le calvaire quotidien, qui plus est avec le confinement ?

 

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Depuis la rentrée de septembre, certains habitant.es ont décidé de s’organiser. Pas simple, tellement la résignation semblait avoir gagné l’écrasante majorité. L’abstention pendant les municipales y a atteint des records. J’avais promis de revenir dans le quartier après les élections et hors élections. Tous les mercredis, à quelques uns, avec des voisins nous avons mené notre enquête auprès des habitant.es, pour collecter toutes les doléances et colères. Ce mercredi, se tenait la première assemblée convoquée pour décider des actions. 18h45, sous la voûte, une quarantaine d’habitant.es, surtout des femmes, se sont retrouvées. Le ras-le bol des habitant.es trouve son slogan : « Rat-le bol ! Python, en actions ! » Mais voilà, chacun a en tête que l’heure d’après, le Président Macron va annoncer le reconfinement.

Un grand projet de renouvellement urbain de la cité est prévu. Mais il avait déjà pris un an de retard avant la crise sanitaire et les habitant.es n’ont aucune information depuis : quand seront-ils relogés pour celles et ceux qui résident encore dans les barres qui seront démolies ? Et où ? Quand commenceront les travaux des bâtiments qui vont être rénovés ? Sur quelle durée ? Silence de la ville, de la politique de la ville, et du bailleur…

En attendant, c’est le sentiment d’abandon. Le bailleur social, la RIVP (Régie Immobilière de la Ville de Paris) ne fait plus les travaux d’entretien alors même que boucher les trous, gérer bien mieux les locaux poubelles est essentiel pour que cesse la prolifération des rats. Si les rats quittent les sous-sols pour s’installer en rez de jardin, c’est que de la nourriture est à leur disposition via des poubelles accessibles mal entretenues, que les bâtiments faute d’entretien sont devenus des gruyères. S’ils sont très utiles dans nos égouts car ils contribuent à les nettoyer, les rats vivant en plein air deviennent si anxiogènes, soulèvent le dégoût et renvoient à nos peurs les plus fantasmées, les rats et la saleté, les rats et les maladies, et en définitive, les rats et la misère.

Alors sous la voûte, ça part un peu dans tous les sens. Chacun et surtout chacune y va de son témoignage, de sa revendication. Des affiches blanches scotchées au mur se remplissent. Les habitant.es découvrent leur nombre. Une quarantaine. C’est déjà pas mal pour une première ! Et elles prennent conscience de leur force. Aujourd’hui, grande nouvelle, la RIVP a posté dans chaque boite aux lettres des habitant.es un long courrier. Le trou d’un des locaux à poubelles a même été réparé le matin même. « C’est que ça flippe là-haut ! Rien que la tenue de notre assemblée les a secoués ! »

Mais maintenant ? Maintenant que le confinement est imposé, qui va se soucier de ces rats, souris, cafards et punaises de lit ? Ce lundi soir, j’invite le sujet au conseil d’arrondissement du 20ème mais les habitants ont dû renoncer à faire le rassemblement devant la mairie un temps envisagé. La majorité municipale a annoncé qu’elle allait interpeller la RIVP pour qu’elle informe les habitant.es « sur le calendrier de la rénovation de leurs logements et des relogements prévus ». Elle s’est engagée également à mobiliser toutes les parties prenantes pour « agir fortement pour améliorer le cadre de vie, la propreté et l’éradication des espèces nuisibles, l’entretien des équipements ». Les actes suivront-ils ?

Mercredi, on tente une assemblée des habitant.es en visioconférence. La mobilisation doit se poursuivre et se réinventer, à peine commencée...

 

Danielle Simonnet

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