Accueil | Fiction par Pablo Vivien-Pillaud | 20 avril 2021

Déboulonnage de la statue de Gallieni : une performance artistique avec la complicité de Regards

Sachez que non, la statue de Gallieni n’a pas été enlevée. Il s’agit d’un projet de fiction-documentaire, « Au Revoir », de l’artiste Iván Argote, avec la complicité de l’historienne Françoise Vergès et du journaliste Pablo Pillaud-Vivien.

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Vous avez été nombreux à réagir à l’article et la vidéo (à retrouver ci-dessous) où l’on voit la statue de Joseph Gallieni se faire déboulonner à Paris. Certains ont applaudi le geste, d’autres ont réagi contre… Eh bien sachez que non, la statue de Gallieni n’a pas été enlevée. Il s’agit d’un projet de fiction-documentaire, « Au Revoir », de l’artiste Iván Argote, avec la complicité de l’historienne Françoise Vergès et du journaliste Pablo Pillaud-Vivien. Cette vidéo d’une minute a été créée à l’aide d’effets spéciaux, dans l’optique de proposer une réflexion autour de la légitimité de certains de nos monuments et dans la volonté d’ouvrir un débat public autour des monuments commémoratifs et sculptures célébratoires de nos villes.

La vidéo d’Iván Argote cherche à être le déclencheur d’un débat en France, où la question des monuments controversés est encore taboue et peu discutée, à la différence d’autres pays où les échanges à ce sujet sont plus intenses et où des actions tant citoyennes que de la part des pouvoirs publics ont eu lieu.

L’article que nous avons publié sur Regards est donc un rouage de cette performance artistique. L’artiste n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai… Voyez plutôt cela, ceci, ou encore ça !

La mairie du 7ème arrondissement de Paris aura eu la présence d’esprit de dépêcher quelqu’un sur place pour vérifier de ses yeux. Face à la « statut » (sic !) du maréchal toujours en poste, il ne leur sera venu que cette expression à notre endroit : « Fake news ».

 

La rédaction

 

 

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Au petit matin, ce lundi 19 avril, ils sont une petite dizaine à s’affairer autour de la statue du général Gallieni, place Vauban dans le 7ème arrondissement de Paris. En réponse aux problématiques de décolonisation de l’espace public qui ont émergé en France depuis quelques années, il a été décidé de retirer de son piédestal la figure de l’ancien commandeur du Soudan français et gouverneur général de Madagascar.

À l’aide d’une grue télescopique rouge vif, c’est sous le regard intrigué des quelques badauds rejoignant leur lieu de travail que la statue de bronze a été soulevée avant d’être emmenée dans les réserves du Musée d’Orsay. Dans quelque jours, ce sera au tour du piédestal, composé de quatre caryatides à demi-nues, censées représenter les quatre continents sur lesquels le maréchal a assis son pouvoir militaire.

Gallieni, idéologue et stratège de la colonisation

« Paris, c’est la ville de l’amour mais c’est aussi une ville coloniale », assure l’historienne Françoise Vergès, présente sur place. « Il faut se poser la question non pas seulement de qui est Gallieni mais de sa contribution à l’environnement hostile qu’est Paris pour toutes les minorités. Moi, j’imagine bien des arbres à la place de cette statue. Il faut que la ville soit une ville pour nous toutes et tous ! », ajoute-t-elle.

Idéologue et stratège de la colonisation de la fin du XIXème et du début du XXème siècle, Joseph Gallieni appliquait à la lettre une politique dite des races, notamment dans sa gouvernance de Madagascar. Il avait ainsi instauré un recensement systématique de la population indigène, classée selon sa race, à des fins d’élaboration de structures de domination ethnique. Fin 1896, à des fins de pacification de l’île (sic !), il avait aussi fait sommairement exécuter des insurgés locaux pour terroriser les Malgaches et asseoir son autorité sous l’égide de la peur.

Vers un espace public pour toutes et tous ?

Sa glorification par une statuaire imposante et triomphante dans l’espace public parisien avait déjà été interrogée par un acte politico-artistique en juin 2020 : des militants antiracistes l’avaient alors bâchée symboliquement pour dénoncer le rôle du militaire durant la colonisation. Un acte qui avait suscité une intervention relativement violente de la police bien qu’aucune charge n’ait été retenue ensuite contre ses organisateurs : les deux grimpeurs qui avaient alors interpellés avaient été immédiatement relâchés.

Première étape d’un remodelage en profondeur des symboles virilistes, guerriers et racistes de notre espace public et de nos monuments commémoratifs, ce déboulonnage s’inscrit dans une longue tradition de réinterrogation de notre histoire coloniale. Retour des œuvres volées aux XIXème et XXème siècles dans leurs pays d’origine, remplacement de la statuaire, changement de certains noms de rue et d’avenue : la France semble enfin entrer dans une ère de rapports plus égalitaires avec tous ces autres (selon des critères de genre, de classe, de race ou de nationalité) qu’elle a trop longtemps dominés.

 

Pablo Pillaud-Vivien

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Vos réactions

  • Bonjour,
    Ce déboulonnage est une connerie, comme tous les déboulonnages.
    Je ne peux rentrer là dans une explication car ce serait long.
    Mais les statues et les noms de nos rues sont là pour raconter l’Histoire. Ensuite, vient l’explication de ce qu’a fait tel ou tel personnage.
    Si on commence par supprimer leur représentation, on tente de supprimer le personnage lui-même de l’Histoire.
    Et pourquoi pas supprimer les photos de tous ceux qui dérangent comme l’ont fait les bolcheviks dans les années 30 ?
    Marc

    Lesauvage Le 20 avril à 09:06
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  • Ce qu’il faut protéger ce ne sont pas les minorités, visibles ou non, d’origine malgache ou non, mais l’histoire en tant que science. Les politiciens n’en ont cure. Ils raisonnent à court terme, d’une élection à l’autre.
    La statuaire publique et l’odonymie répondent à cet unique souci d’honorer les personnalités favorables au parti au pouvoir, ou à la mode. C’est là le genre, typiquement français.

    Déjà douteux en lui-même il s’égare dans le détestable quand il s’agit, pour réagir aux variations d’humeur de l’opinion, de déboulonner et de débaptiser, de casser et d’effacer. L’avenue Gallieni devrait logiquement changer de nom, l’avenue Thiers est dans le collimateur. Le mausolée du susdit au Père-Lachaise devrait être démoli, en ces temps d’hommage à la Commune. Tel est l’inconvénient de la démocratie : la dictature du court-terme.

    Glycère BENOIT Le 20 avril à 10:53
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  • La mairie dément et parle de "fake news", êtes vous sûr de vos informations ?

    Sofia Le 20 avril à 13:14
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  • Si c’est un fake news, qu’attend Regards.fr pour le retirer ?

    françois MARIE Le 20 avril à 13:41
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  • Le canular a un côté gag qu’on peut apprécier, dans le genre farces et attrapes, mais c’est quand même du journalisme de sensation, de coups montés, qui accessoirement peut tromper les lecteurs ou les faire passer pour des naïfs. Était-ce le but ?

    Il reste que la statue de Galliéni a fait, et fait encore, l’objet d’actions militantes bien réelles qui réclament son déboulonnage. Françoise Vergès est elle-même très impliquée dans ces actions. Qu’elle ait réussi à les faire aboutir n’était pas invraisemblable. Le débat sur les statues et l’odonymie en tout cas est posé et sa signification n’est pas un sujet de plaisanterie.

    Glycère BENOIT Le 20 avril à 17:05
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