Accueil | Reportage par Emmanuel Haddad | 7 décembre 2012

Niamey-Ouagadougou, l’autre route du hip-hop africain

Pour la jeunesse nigérienne et burkinabè, le hip-hop est
à la fois un exutoire et l’espoir d’une vie meilleure. Au
dernier festival Waga Hip Hop, à Ouagadougou, ils étaient
nombreux au rendez-vous. Reportage.

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« Nous les jeunes, on s’accroche
à la drogue et
on devient zinzin, même
en étant assis, nous, on
espère, mais réellement
voilà ce qu’on devient, on prend de l’âge
et on n’a rien, on a 30 ans, on tend la
main. Amis l’heure a sonné. Il n’est plus
temps de rester les bras croisés »
, déclame
le slameur Jhonel sur la scène du
festival Waga Hip Hop, au Burkina Faso.
À peine a-t-il bouclé le premier festival
africain de slam – qu’il a organisé
dans sa Niamey natale – que ce jeune
nigérien rejoint Ouagadougou et les slameurs
burkinabè, congolais et togolais
venus se faire un nom au festival Waga
Hip-Hop. Slameurs, rappeurs, danseurs
et graffeurs, depuis douze ans, cet événement
culturel organisé par Umané
Culture, attire les meilleurs artistes de
rue d’Afrique de l’Ouest, tandis que les
non-initiés marchent sur leurs pas dans
ses ateliers de slam et de break dance.

À la sortie de son concert, Jhonel distribue
lui-même ses disques autoproduits
aux festivaliers, preuve que le hip-hop
ne paye pas encore, en tout cas pas
pour tous : « Au Burkina, certains rappeurs,
comme Yeleen, Faso Kombat ou
Smokey, ont réussi à tirer leur épingle
du jeu. Mais dans la majeure partie des
cas, il faut se trouver des activités parallèles
pour subvenir aux besoins quotidiens.
Seuls les festivals permettent de
gagner quelque chose, car vendre des
disques ne marche pas dans un pays
où la population a le choix entre acheter
ton album ou manger »
, souligne
Hamidou, alias Valian, slameur burkinabè
et professeur de maths.

À Ouagadougou, les aficionados du hiphop
ont une détermination presque religieuse.
Solo et Charlie sont postésdevant les grilles du festival pour vendre
des T-shirts à l’effigie du leader révolutionnaire
Thomas Sankara, assassiné le
15 octobre 1987. La recette est maigre,
juste de quoi payer l’essence jusqu’au
bar le Daba, maquis associatif monté
par Camille Jouvel, un Français passionné
de la scène underground burkinabè,
fondateur du label Chapa Blues
Records. « Il y en a qui vont prier à la
messe le dimanche, nous, on va rapper
au Daba »
, prophétise Willy, alias Wendlamita
Kouka, seul rappeur de la scène
underground de Ouagadougou à s’être
produit au festival cette année. « Avant
le Daba, il y avait le Ouaga Jungle.
Tous les rappeurs, slameurs et autres
s’y retrouvaient pour s’exprimer, se rencontrer
et s’entraîner. Depuis avril, le
Daba a repris le flambeau. C’est un bon
moyen pour les jeunes de se dire qu’ils
font quelque chose de bien, même
s’ils n’arrivent pas à en vivre »
, ajoute
le rappeur qui enflamme le public vers
deux heures du matin, juste après le rap
acéré de Charlie.

Wendlamita Kouka espère qu’une compilation
des meilleurs talents sortira du
Daba dans les mois à venir, malgré le
manque de moyens : « On bricole. Les
studios sont souvent faits avec les
moyens du bord. Les pare-brise de camions
servent de vitres de séparation »
,
raconte Camille Jouvel sur RFI. Peu
importe le manque de matériel, la pauvreté
et les jobs alimentaires, de Niamey
à Ouagadougou, le hip-hop est devenu
l’exutoire et la tribune privilégiée des
jeunes, qui rêvent en secret des festivals
européens.

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