Accueil > politique | Entretien par Pierre Jacquemain | 7 novembre 2012

« Rien ne serait pire qu’un PS qui s’atrophie  ». Entretien avec Emmanuel Maurel

Au lendemain du vote des militants pour désigner
le leader socialiste, Emmanuel Maurel, candidat de l’aile
gauche, qui a réalisé le score historique de 28 % face
à Harlem Désir, répond aux questions de Regards.

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Regards.fr. Votre résultat a-t-il été
une surprise ?

Emmanuel Maurel. Oui c’est une surprise,
c’est même une bonne surprise. Une très
bonne nouvelle. C’est surtout très encourageant.
Notre résultat est historique et il
s’inscrit dans la dynamique de la période
précongrès, avec le net succès de la
motion 3 que l’on connaît. Les militants
socialistes aspirent très largement au renouveau
et au changement des pratiques
politiques. Ils veulent un Parti socialiste
ancré à gauche qui assume ses valeurs
et ses combats et qui défende notamment
une vraie grande réforme en faveur
du monde du travail.

La conjoncture a-t-elle favorisé ce
résultat selon vous ?

Le contexte économique n’est pas favorable
aux Français. C’est pour ça qu’ils
aspirent au changement. Les questions
du pouvoir d’achat et de lutte contre le
chômage sont au coeur des préoccupations
du plus grand nombre. Ce que nous disons
aujourd’hui c’est qu’il y a une alternative
à la rigueur. Nous pouvons échapper
aux politiques d’austérité. Je crois
que notre analyse et nos arguments ont
convaincu beaucoup de nos amis socialistes
et en effet, nous avons été très largement
rejoints sur cette ligne-là.

Ce n’est pourtant ni la ligne du PS
ni celle du gouvernement…

Je crois que la majorité des militants
est d’accord avec notre analyse. Nous
avons encore trois ans pour convaincre
plus largement. Un exemple : la limitation
du déficit public à 3 % du PIB. Nous
étions les seuls à nous élever contre
cet objectif. Aujourd’hui, nombreux sont
ceux, bien au-delà de la motion 3, à dire
que l’objectif n’est pas souhaitable, voire
qu’il est « absurde » (ndlr. rapport aux
propos de Jérôme Cahuzac, ministre du
Budget). Il faut une réelle politique de relance,
en faveur du pouvoir d’achat et de l’investissement productif. Il faut aussi
une politique industrielle forte pour stopper
l’hémorragie sociale et stopper les
délocalisations. Je veux une France avec
des usines et des ouvriers. Mais des
ouvriers bien payés.

Comment allez-vous peser sur la
politique du gouvernement ?

Nous sommes solidaires du gouvernement
mais je plaide pour un parti autonome.
Avec son propre rythme. Le PS
ne peut pas dépendre de l’agenda du
gouvernement. Le PS doit être un parti
libre de faire des propositions nouvelles.
Il doit jouer un rôle d’alerte. Je regrette
l’épisode des pigeons. On a laissé un
groupe de millionnaires faire pression
sur le gouvernement qui a très vite
cédé. Le PS n’a rien dit. La réforme fiscale
que nous avons défendue pendant
la campagne présidentielle est pourtant
juste et nécessaire. Le PS doit se remobiliser.
Rien ne serait pire qu’un PS
qui s’atrophie.

Comment remobiliser le PS ?

Je vais proposer dans les semaines à
venir trois grandes campagnes de mobilisation
populaire. D’abord pour interdire
les licenciements boursiers, puis
pour l’égalité salariale entre hommes
et femmes et enfin pour le droit de vote
des étrangers. Ça fait trente ans qu’on
en parle, il est temps d’agir. Le rôle d’un
parti c’est aussi de faire de la sensibilisation
et de la pédagogie. Par ailleurs,
je souhaite que le PS continue à être
présent dans les luttes et dans le combat
social. Je ne perds pas de vue non
plus mon plein engagement contre la
droite et l’extrême droite. Enfin, il nous
faut aussi préparer sereinement les prochaines
échéances électorales.

Dossier : Que fabrique la gauche du PS ?

Le Congrès du PS a rebattu les cartes. Benoît Hamon
et Arnaud Montebourg, un temps leaders de l’aile
gauche et aujourd’hui ministres, ont choisi de rallier la
motion majoritaire. Mais la gauche du PS bouge encore.
Comment et pour quoi faire ? Enquête.

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