Accueil > Politique | Par Roger Martelli | 7 septembre 2015

Frappes contre Daech : l’ordre guerrier de François Hollande

Pressé de traiter la question des réfugiés, François Hollande a préconisé… des frappes aériennes contre Daech. Avec cette logique de l’ordre qui continue d’ignorer les causes du désordre, le président légitime la droite et désarme la gauche.

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François Hollande a décidé de s’engager dans la voie de frappes aériennes contre l’État islamique, quand il en refusait l’éventualité il y a quelques mois. Deux raisons sont données pour ce revirement : « C’est Daech qui fait fuir, par les massacres qu’il commet, des milliers de familles », et « c’est depuis la Syrie, nous en avons la preuve, que sont organisées des attaques contre plusieurs pays, et notamment le nôtre ».

En fait, la nouvelle option présidentielle est le résultat de plusieurs données internes et externes. Elle s’intègre dans un environnement qui, depuis au moins septembre 2001, est celui du monde occidental. Depuis les attentats du World Trade Center, la notion dominante est en effet celle de "guerre contre le terrorisme". Lancée à l’époque par l’administration Bush, elle est devenue une option internationale qui comprend deux volets indissociables. D’un côté, se trouve la logique proprement militaire, qui repose avant tout sur la pratique du "zéro mort" pour les Occidentaux et donc des "frappes ciblées" et des drones pour les populations du proche et Moyen-Orient. De l’autre côté, une pratique de prévention et de contrôle, qui passe par l’extension des activités de renseignement et, s’il le faut, une législation qui vise à frapper par avance les terroristes potentiels.

Le totem de l’ordre

Après d’autres, la France a connu la récente loi sur le renseignement, votée dans la foulée de l’émotion "Charlie" de janvier dernier. Elle a pratiqué les engagements militaires dans sa "zone privilégiée" d’Afrique. Elle étend désormais son action vers le Proche-Orient, en rupture définitive avec la logique prudente exprimée par de Villepin en 2003.

Cette logique est dangereuse. Officiellement, elle se limite à l’action aérienne mais on sait, par expérience, que la frappe enclenche une logique militaire dont on ne peut exclure l’extension jusqu’à l’action au sol. Elle est d’autant plus dangereuse qu’elle est cohérente. Elle rappelle en fait celle dans laquelle Tony Blair a entraîné le Royaume-Uni au moment de l’affaire irakienne. Tony Blair avait poussé le travaillisme à abandonner tout projet ne serait-ce que de redistribution égalitaire, au profit d’une intériorisation de toutes les contraintes supposées de la "mondialisation". François Hollande et Manuel Valls ont décidé que c’était désormais leur option stratégique et que rien ne les en détournerait.

Ce choix a des conséquences économico-sociales que l’on connaît. Il a aussi des conséquences diplomatiques, sous la forme d’un engagement plus conséquent dans le bloc atlantique occidental, d’une volonté d’installer la France économiquement fragilisée en puissance militaire reconnue. À l’Allemagne le dynamisme économique, à la France la force de frappe militaire… L’État laisse la primauté à l’économie, en échange d’une fonction régalienne confirmée. L’inégalité étant indépassable, le seul horizon est celui de "l’ordre juste" : il a sa dimension intérieure ; il a son volet extérieur. L’ordre est le totem de la droite. Le socialisme au pouvoir, pense pouvoir le lui disputer. Redoutable illusion…

L’oubli des causes de la déstabilisation

Le choix présidentiel relève donc d’une cohérence qui va bien au-delà de la question de Daech ou de celle des réfugiés. Elle repose sur l’oubli des causes structurelles profondes de la déstabilisation de nombreuses régions du globe, notamment en Afrique et au Proche-Orient. Les inégalités et le ressentiment qui en découlent étant inexorables, il n’y a pas d’autre solution que d’en maîtriser les effets par l’usage d’une force technologique supérieure et d’une combativité nourrie par le sentiment populaire du danger. Peu importe alors la caractérisation même dudit danger : défense des droits de l’homme, défense des valeurs libérales de l’Occident, défense des racines chrétiennes ou, plus simplement, désir de "rester maître chez soi".

Or cette logique est désastreuse à plus d’un titre. Sur le plan international, elle ajoute du ressentiment à de la frustration, elle produit davantage de désordre que d’ordre. Culturellement, elle tourne le dos à la tradition pacifiste d’une gauche qui sait, depuis Jaurès, que le capitalisme porte la guerre comme la nuée porte l’orage. La logique guerrière est censée installer François Hollande en grand homme d’État, dans la perspective de la redoutable présidentielle de 2017. En réalité, elle légitime la droite, dans sa variante la plus radicale, et, au contraire, elle désarme la gauche.

Si logique il y a, il faut la combattre, la défaire et lui substituer une autre logique de développement, une autre conception de l’équilibre social. Face au fanatisme, la réponse n’est pas celle de la guerre mais celle de la justice ; elle n’est pas celle de l’identité à défendre mais de l’égalité à promouvoir.
Partout et dans tous les domaines.

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Vos réactions

  • "elle légitime la droite, dans sa variante la plus radicale ??"

    Vous parlez sans doute de la droite radicale de l’UMP ! Mais tout l’UMP a toujours été va t en guerre comme le PS

    Car le FN a toujours été le seul parti contre toutes les guerres au proche orient et contre l’aide militaire apportée aux opposants en Syrie et en Lybie. Enfin seul avec le FG et l’extrême gauche.

    Hollande c’est le pompiers pyromane. Il essai d’éteindre le feu qu’il a lui même allumé. Lui et tout le club des comploteurs dont il fait partie.

    totoLeGrand Le 7 septembre 2015 à 18:40
  •  
  • Roger Martelli

    L’histoire regorge d’exemples démontrant l’inanité du pacifisme à tous crins, même si tout être sensé préfèrera toujours la paix à la guerre.
    Que serait devenu le Mali si sa talibanisation n’avait été stoppée ?
    Peut-on être en paix avec sa conscience en laissant Daesh infliger sa folie barbare partout où il sévit, sans intervenir ?
    Les "héros" du Thalys ont violenté le terroriste en puissance. Un voyageur armé l’aurait certainement abattu si c’était devenu nécessaire. Leur auriez-vous reproché ces réactions guerrières ?

    Certes, de graves erreurs ont été commises dans un passé récent, tout particulièrement par George W. Bush.

    Est-ce bien une raison pour laisser dans la souffrance, souvent jusqu’à la mort, des populations entières subissant ici et maintenant les atrocités que personne n’ignore ?

    Ne voyez-vous donc pas de différence entre les interventions actuelles et l’agression anglo-américaine dénoncée fort justement par Dominique de Villepin devant l’assemblée onusienne ?

    Le bien et le mal sont inhérents à la nature humaine. Dans le cas contraire nous serions Dieu nous-mêmes. Aussi la guerre sera toujours d’actualité, au sein d’un couple comme d’une nation ou d’un continent. La prévenir doit nous occuper en permanence, par la réduction effective des inégalités et l’éducation, mais aussi, nous n’y couperons pas, avec un armement préventif. Le refuser c’est tomber dans un angélisme béat, à mille lieux de la réalité humaine.

    Votre démonstration embrouillée n’a rien de surprenant.

    Jean-Marie Le 7 septembre 2015 à 23:11
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  • Je suis plutôt de gauche mais il faut arrêter de rêvasser.. Allez leur parler "d’équilibre social", "de justice" aux tarés de DAESH. Vous critiquez mais concrètement vous feriez quoi ?? Discuter ? échanger ? allez y, on vous regarde.

    Eric95 Le 8 septembre 2015 à 23:30
  •  
  • En théorie,Martelli a sans doute raison.Mais nous avons affaire à des êtres à peine humains.Allez donc expliquer quelque chose de sensé comme la Justice,l Egalité a des machines qui tueraient père et mère,si leur Dieu le leur commandait.
    Ces djihadistes ne se sentent vivre que dans la mort(celle des autres)Si,par malheur,ils triomphaient,ils s auto détruiraient,car ils ne peuvent pas vivre dans un monde sans conflits.
    Ils sont,en fait,la version exacerbée et l alter ego du capitalisme,qui ne sait que détruire.N ayons aucune complaisance d aucune sorte vis à vis d eux.

    HLB Le 9 septembre 2015 à 00:26
       
    • Bonjour HLB

      Que voulez-vous dire par “en théorie” ? Un monde où "tout le monde il est beau tout le monde il est gentil", dans lequel nous serions tous parfaits ?

      Ce monde idéal ne sera jamais le nôtre, non par punition divine comme se le racontent ceux qui éprouvent encore le besoin d’y croire, mais bien plutôt par chance, par définition même de l’être humain, libre et responsable, capable donc du pire et du meilleur, mais qui s’emmerde beaucoup moins qu’un Dieu si parfait qu’il ne peut créer que du parfait, donc que son sosie puisque Lui seul est parfait, et en fin du compte qui ne peut rien créer du tout puisque, par définition, l’Être parfait est unique.

      Il faut être aveugle pour ne pas voir que nous aurons toujours à combattre le mal, aveugle pour brandir quoi qu’il advienne l’étendard du pacifisme, jusqu’à soutenir Poutine et Bachar El Assad comme le fait Mélenchon. Rien de tel, ajouté aux trahisons du P(c)F, pour déliter le FdG.

      Jean-Marie Le 9 septembre 2015 à 12:28
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  • Messieurs, vos réactions sont toutes justifiables et discutables. C’est d’ailleurs ça qui en fait l’intérêt.

    Mais je vous en conjure... Arrêtez de perdre votre temps à propos d’un texte qui n’a aucune cohésion, aucune cohérence, qui n’explique rien, qui n’avance à rien et qui, finalement, ne dit absolument rien, n’a aucun intérêt.

    L’auteur en est coutumier. Ce ne sont que des réactions à chaud sur un blog de série B. Elles provoquent des tas de réactions parce qu’il s’y trouve un fourre-tout d’idées diverses et peu argumentées auxquelles chacun répond dans un brouhaha général sans que puissent émerger des éléments construits et fiables d’une réflexion utile.

    Non, M. Martelli, je ne veux pas votre peau, mais, je vous en prie : arrêtez vos textes à l’emporte pièce, prenez votre temps, construisez votre argumentation, éclaircissez vos idées, construisez vos textes, ils n’en seront que meilleurs et nous aurons sans doute du plaisir... d’abord à vous comprendre réellement, ensuite à en discuter.

    Alain Le 11 septembre 2015 à 16:14
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