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Accueil > Politique | Par Roger Martelli | 6 juillet 2015

Hollande : le couple franco-allemand sinon rien

Avant le référendum, François Hollande jouait la modération : rien ne serait plus dommageable que le "Grexit". Au lendemain d’un "non" franc et massif, il a changé d’avis : rien ne serait pire que la fin du couple franco-allemand. Changement de cap ? Pas si simple.

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Il y a quelques jours, le président jouait à "good cop / bad cop". La méchante Allemagne menaçait le peuple grec, la France généreuse jouait le bon flic compréhensif : on vous comprend, mais… François Hollande prenait d’autant plus son rôle au sérieux qu’il savait que l’opinion française avait une très bonne image de Tsipras. Ne venait-on pas, d’ailleurs, d’évoquer les dix ans d’un référendum français et des mésaventures d’un "non" aussitôt foulé aux pieds par les grands maîtres européens de la "gouvernance" ? Bref, les Français échaudés regardaient Athènes avec une sympathie affirmée. Pas facile de les prendre à rebrousse-poil.

Hollande avec l’Europe comme avec la France

Mais ce qui valait pour la veille ne vaut pas nécessairement pour le lendemain. En réalité, le locataire de l’Élysée semble esquisser, sur le plan européen, la stratégie qu’il a choisie dans l’espace public français. En France, a-t-il décidé au printemps 2014, il n’est plus temps d’osciller en permanence, balançant entre un discours "de gauche" et une pratique de pouvoir "recentrée". Le modèle de type "social-libéral" associe la compétitivité, la baisse du coût du travail, la réduction des dépenses et de la dette publiques, la mise au travail (fin de "l’assistanat") et l’ordre juste. Il est le seul possible. Il faut donc le mettre en œuvre de façon cohérente, en jouant le temps, quels que soient les effets déstabilisants de court terme. À long terme, le choix sera payant. Tel est, depuis plusieurs mois, la ligne de conduite du duo Hollande-Valls.

Transposons ce raisonnement à l’Europe. Dans les années 1980-1990, l’Union européenne a choisi en même temps la logique libérale et l’élargissement à marche forcée, quelles qu’aient été les mises en garde. L’élargissement, comme cela était prévisible, s’est traduit par des écarts grandissants et des désastres sociaux. En tirera-t-on la conclusion que le modèle mis en œuvre (la "règle d’or" » des traités) est obsolète ? Certainement pas. Si certains pays, comme la Grèce, ne se plient pas à la règle, tant pis. L’essentiel est de maintenir cette règle et, s’il le faut, de resserrer les rangs autour du noyau le plus solide.

Ce qui est stratégique est le couple franco-allemand ; tout le reste est second. Il y aura du bois cassé ? Peut-être, mais on prépare l’avenir. Les profits d’aujourd’hui font les emplois de demain, disait un chancelier social-démocrate des années 1970. C’était juste avant l’explosion du chômage. L’austérité d’aujourd’hui fait la croissance de demain, nous dit-on… depuis trente ans. En vain.

Pour l’UE, la renégociation ou le repli

La démocratie ? On l’a bafouée en France, pourquoi prendrait-on des gants avec la Grèce ? Les électeurs grecs se sont prononcés ? Peu importe. « Hollande exhorte Tsipras à infléchir sa position », titre Le Monde. Infléchir sa position… Entendez plutôt : à tourner le dos à la décision de son peuple. « Les Grecs ont coupé les ponts avec l’Europe », s’exclame le ministre social-démocrate allemand de l’Économie, Sigmar Gabriel. C’est le contraire : une certaine Europe ne veut plus des "canards boiteux"…

Il est vrai que l’Union européenne est à l’orée d’un tournant décisif. Ou elle renégocie avec la Grèce, pour assumer avec elle une dette qui est avant tout le fruit d’une logique dont la Grèce est loin d’être la première responsable. Mais dans ce cas, elle accepte de ne plus considérer comme un dogme les injonctions passées de la Troïka. Ou bien elle persiste et signe, pour se replier sur le noyau dur des "coopérations renforcées". Ce second choix se formule depuis longtemps au sein des instances de Bruxelles et de Strasbourg. Il ne fera pas le bonheur des peuples "riches". Il sèmera dans le Sud et dans l’Est des amertumes et des ressentiments dont il ne faut pas être grand clerc pour deviner les effets.

En France, Marine Le Pen est en embuscade. En l’occurrence, la primauté du couple franco-allemand serait pour elle une incroyable aubaine. François Hollande semble s’y résoudre. Le peuple français n’est pas obligé de le suivre. Mieux vaut que la Banque centrale européenne s’en persuade, avant les choix décisifs.

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Vos réactions

  • c’est un développement qui a le mérite de nous proposer une analyse, c’est vrai que c’est loin du culte de la personnalité.
    Mais on a déjà eu l’occasion de voir où cela pouvait malheureusement nous conduire.
    Alors cessons de nous focaliser sur un "homme providentiel" mais attachons nous au contraire au programme et a ses perspectives.

    Arthurr Le 7 juillet 2015 à 08:48
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  • Merci Maurice pour cette référence à Onfray. Et merci pour votre commentaire précédent qui pousse à réfléchir, même -et surtout- si on ne partage pas votre point de vue sur toute la ligne.

    Marif Le 7 juillet 2015 à 13:59
       
    • Qu’est-ce que Proudhon, via Onfray, vient faire sous cet article ? l’on finit par être écœuré de ces méthodes, qui sabotent ce site. Je pense que la rédaction a autre chose à faire que du ménage, plusieurs fois par jour !... BASTA !!!...

      Aubert Dulac Le 7 juillet 2015 à 14:14
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  • Dans le concert de perroquets irresponsables, un coup de chapeau singulier à Dominique de Villepin, qui a pris la mesure de l’enjeu politique et historique auquel nous sommes confrontés. (A lire sur Médiapart). Il montre ce qu’ « adulte », en réalité, veut dire... (pour reprendre le terme de... Christine Lagarde) ...à savoir : ...qu’il ne suffira pas que Merkel et Hollande se répartissent les rôles de gentil flic et méchant flic, pour prétendre faire « abjurer » la Grèce, devant les thèses absurdes de l’ordo-libéralisme !...

    Aubert Dulac Le 9 juillet 2015 à 13:42
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