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Accueil > Politique | Par Roger Martelli | 23 janvier 2018

Jean Burles, communiste, ouvrier, intellectuel

À l’usine, au syndicat, dans la résistance, au sein du PCF… la vie de Jean Burles raconte un siècle de communisme en France, qu’il a traversé avec sa personnalité singulière et sa volonté d’apprendre, et dont il fut aussi l’historien.

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Cet homme, dont on vient d’annoncer le décès, était un véritable roc. Pendant la guerre, résistant condamné à perpétuité, il s’évada deux fois de la sinistre prison du Puy, à moins de six mois de distance. À près de quatre-vingts, ce montagnard invétéré faisait encore la redoutable hivernale du Jura à ski de fond, jusqu’à y geler quelques doigts de pied. Il allait avoir cent-deux ans. On aurait pu croire qu’il était immortel.

Le verbe haut et la dent dure

Fils d’un ouvrier mineur de Gardanne et d’une ménagère, il avait passé sa jeunesse à Marseille, dans le quartier ouvrier du Rouet, tout près des Aciéries du Nord, une des multiples usines où travailla ce jeune homme au caractère pour le moins rugueux, qui ne supportait pas la contrainte des patrons.

Dans ce milieu populaire s’il en est, il était une personnalité. Il avait le verbe haut et la dent dure. Bagarreur redoutable, il n’aimait rien tant qu’aller, avec son père et ses amis, "casser du facho", aux abords des meetings des sbires de Simon Sabiani, l’émule marseillais de Jacques Doriot, qui était lié aux figures marquantes de la pègre locale, Paul Carbone et François Spirito.

Entre 1932 et 1935, il adhère au syndicat communiste de l’époque, la CGT "unitaire" (CGTU) puis aux Jeunesses communistes, dont il devient un dirigeant local. Après son service militaire et sa démobilisation, en juillet 1940, il plonge dans la résistance en devenant permanent. Arrêté, interné à Marseille, torturé, interné au Puy, évadé, responsable clandestin des JC en Haute-Garonne, il finit par atterrir dans l’Aube à la Libération. Il va y rester, avec sa femme et ses trois enfants, menant un train de vie plus que modeste, jusqu’au début des années 1960.

En rupture avec l’histoire officielle

À cette date, on l’installe dans la région parisienne où, membre du Comité central – il a été élu en 1954 –, il est collaborateur de Georges Marchais à "l’organisation" du PCF (1961-1968), "nettoyeur" avec Roland Leroy de l’Union des étudiants communistes (1963-1965), directeur de l’École centrale du PC (1968-1971), directeur de l’Institut Maurice Thorez (1972-1979), puis rédacteur en chef de l’hebdomadaire Révolution (1980-1985).

Comme le métallurgiste Henri Jourdain, qui pilote la Section économique du PC, cet homme qui n’a rien d’autre que son certificat d’études et son CAP, est devenu un véritable intellectuel, lisant Hegel avant-guerre (!), passionné de théorie. À l’Institut Maurice Thorez, il décide de laisser les jeunes historiens de l’époque rompre avec l’histoire officielle, celle qui avait abouti en 1964 à la rédaction d’un Manuel d’histoire du PCF, soigneusement relu par le Bureau politique lui-même.

Il est un dirigeant du parti à part entière, qui accepte les "règles du jeu" sans s’illusionner sur elles, qui nous apprend à le faire, qui décide longtemps de rester dans les clous, tout en regrettant amèrement ce qu’il considère, à l’instar d’Henri Jourdain, comme une lacune dans le travail de connaissance et de formalisation intellectuelle. Il est donc un fidèle, mais pas un dévot.

Dans la tourmente

À partir de 1984, alors qu’il pilote la rédaction de Révolution, dont le député de Marseille Guy Hermier est le directeur, il est pris dans la tourmente qui suit la désastreuse élection européenne de 1984. Il fait partie de ceux qui veulent comprendre, qui ne se satisfont pas des analyses courtes, qui ne croient pas au "complot" contre le parti, qui ne pourfendent pas "ceux qui doutent". Il le paie d’une éviction brutale du Comité central, en 1985. Motif officiel : l’âge…

Il en restera amer, cruellement blessé. Après 1989, il suit l’aventure des refondateurs communistes. Puis il prend du champ de plus en plus, retiré avec sa femme Yvette dans ces Alpes provençales qui satisfont sa vieille passion pour la haute montagne et ses défis.

Il a gardé jusqu’au bout sa passion de vivre et de penser, à sa manière bien à lui. Il y a quelques années, j’ai dédié le petit livre que j’ai consacré à la crise communiste interne de 1984 à "Jean Burles, communiste, ouvrier, intellectuel". Je n’ai pas trouvé mieux pour titrer cet hommage.

La vie nous avait éloignés, de fait, l’un de l’autre. Mais il y a très, très peu d’hommes auquel je pense devoir autant.

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Vos réactions

  • Pitoyable histoire d’un" idéal" humain émergé et d’un énorme et criminel "fake" immergé, le naufrage de l’iceberg stalino-"communiste" touche à sa fin. A quand la grande auto-critique ? Mais pour ça il faudrait qu’il y ait un marxiste à bord, or ils ont tous été éliminés, éjectés ou dégoutés durant le siècle dernier et notamment par des permanents comme Jean Burles à qui vous rendez un hommage d’ancien (pas tant que ça d’ailleurs) courtisan de la place du Cl Fabien ! L’avenir en commun est en route et c’est la seule voie qui vaille...

    René-Michel Le 24 janvier à 10:03
       
    • Non tout les insoumis ne sont pas de l’avis de René Michel. Cette attaque gratuite et disproportionné contre un ancien résistant et communiste, qui n’a certainement pas attendu vos leçons, est d’une bêtise sans nom. On peut même se demander si cela n’est pas fait exprès pour envenimer les relations (déjà pas facile je le concède) avec l’appareil du PC.Heureusement la très grande majorité des Insoumis ne partage ni ne cautionne ce genre de diatribe.Notre adversaire ,je le rappelle, c’est Macron et sa politique. Ne perdons pas de temps en de vaines polémiques qui font le jeu de nos adversaires.

      Salabert Le 24 janvier à 12:44
    •  
    • Visiblement la biographie de ce vieux militant communiste, résistant, combattant de toute une vie ne vous a pas touché. Vous vous frottez les mains : un stal de moins et vive la FI !. J’en connais quelques uns à la FI à qui vous ferez honte s’il tombent sur votre commentaire.

      jgal Le 24 janvier à 14:48
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    • @salabert Ancien communiste (1969/1990) ayant fait sur proposition de ma section l’école centrale d’un mois, fils et petit fils de communistes résistants, déportés je rends hommage à tous ceux des miens qui sont tombés en luttant contre le capital, contre le nazisme, contre le colonialisme français et l’OAS (Charonne) . Je dénonce parallèlement les dirigeants du PCF qui à partir de la fin des années 1920 deviennent complices de la stalinisation du mouvement ouvrier, des crimes de Staline en URSS, placent le parti français à la remorque et au service des intérêts de l’URSS, en excluent les marxistes au profit des ouvriéristes et ce jusqu’à aujourd’hui. Après avoir suivi une courbe ascendante avec 1936, la guerre d’Espagne, la Résistance avec 1 million d’adhérents après la Libération, la ligne sectaro-ouvriériste, puis la convergence avec la sociale démocratie toujours, en "vigueur,"ont ramené les effectifs officiels à 40 000 cotisants !!! Voilà et bien que très résumé, je mets quiconque au défit de nier ces faits. Alors, après les dernières trahisons du Front de Gauche, les saloperies de la présidentielle, etc : oui j’en ai gros sur la patate et je ne permets pas à n’importe qui de m’insulter.

      René-Michel Le 24 janvier à 15:15
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    • C’est évident que René Michel hait le communisme et les communistes . D’autant plus que notre camarade Jean Burles était un résistant « communiste, ouvrier et intellectuel » qui combattait « les fachos ».

      Combattre les fachos, se battre pour un autre idéal autre que la réformisme néolibérale dérange énormément ce pauvre René Michel . C’est pourquoi très maladroitement il se cache derrière le programme « L’avenir en commun »

      Aspaar Le 31 janvier à 08:30
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  • Et c’est parti pour un tour contre le PCF avec la FI.
    Faut-il rappeler comme une tare qu’un certain JL M défendait avec vigueur en 1992 le traité de Maastricht ?
    Un peu de recul pour aborder les problèmes est nécessaire

    Berthier gilbert Le 24 janvier à 11:16
       
    • Oui, il est vrai que JL Mélenchon a voté pour Maastricht en 1992. Mais au moins JLM a-t-il le mérite d’avoir affirmé publiquement et à moult reprisse que ce fut une erreur de sa part, qu’il regrettait ce vote. Une remise en question que vous ne signalez pas dans votre post pas lus qu’allusion est faite quant à une position aujourd’hui plus que critique de cette UE alors que certains à gauche, soutiennent encore Tsipras et restent scotchés à l’Euro, bras armé de la désinflation salariale et des différents dumping social et fiscal.

      Babeuf

      babeuf Le 25 janvier à 10:05
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    • L’annonce du décès de Jean Burles m’a personnellement attristé en tant qu’adhérent et militant ( bientôt cinquante ans de communisme français et pas une ride !).

      Jeune élève de l’École centrale du PCF à laquelle m’avait inscrit ma fédération dans les années 1970, j’ai pu bénéficier de son enseignement lumineux et des connaissances que son parcours de militant expérimenté lui avait apprises. La" bio" que Roger Martelli a rédigée à la suite de sa disparition m’émeut beaucoup.
      À l’inverse, le flot d’aigreurs que déverse J-Michel me parait tout à fait déplacé. De même que son écriture , ou plutôt sa réécriture polémique de l’histoire du PCF , lequel ne mérite ni excès d’honneur ni une telle indignité. À le lire, il me paraît évident que je n’ai pas milité dans le même Parti que lui...

      JHENRY Le 28 janvier à 18:40
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  • Merci, Roger, pour cet hommage à Jean. Je l’ai bien connu, depuis l’Institut Maurice Thorez. Même si ce fut un processus complexe, il a effectivement beaucoup contribué à la dédogmatisation de cette organisation et à l’ouverture de ses Cahiers d’histoire. De là est né une grande amitié. Jusqu’en 2016, nous avons eu des contacts téléphoniques et nous nous sommes rencontrés chez lui, dans les Alpes de Haute Provence. J’ai un très grand souvenir de ces relations, ponctuées des nombreuses réflexions de Jean sur son itinéraire, ses analyses de la situation présente, ses projets, ses regards sur l’histoire du communisme, sa volonté permanente d’essayer de comprendre ce qui s’est passé, sans jamais être de ceux - il n’en manque pas - qui prétendent avoir tout compris depuis longtemps. C’est dire que je suis très affecté par sa disparition.

    Roger Bourderon Le 24 janvier à 14:50
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  • Je n’ai pas eu l’honneur de connaître Jean Burles d’aussi près que Roger Martelli ou Roger Bourderon mais je souhaiterais néanmoins saluer la mémoire de ce grand militant que j’ai pu cotoyer dans le cadre de l’école centrale du Parti, qui incarnait si bien le type "d’intellectuel ouvrier" qui me décomplexait, moi-même, issu de la classe ouvrière, vis-à-vis de "ceux qui savent" et qui nous faisait ressentir une certaine fierté.
    C’est la contribution de tels hommes dans l’action et le renouvellement permanent de la réflexion de classe qui fait perdurer cette fameuse exception française de refus de "l’évidence capitaliste " et permet d’espérer (même si c’est particulièrement dur en ce moment...) que tout n’est pas perdu.
    Merci aux deux Roger pour leur témoignage

    loriguet gilbert Le 24 janvier à 19:20
       
    • Bonjour Gilbert !

      catherine morez Le 25 janvier à 10:53
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  • Jean comme d’autres et j’en suis, a tiré la seule conclusion qui s’imposait. Partir sans bruit pour ne pas salir tout ce que ce grand parti a un temps apporté au peuple de cette France si bien chanté par Jean Ferrat. Hélas les opportunistes et carriéristes ont eu raison de nous et ce faisant ont eu raison du pcf.

    Francis Le 30 janvier à 16:35
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