Accueil > Idées | Par Roger Martelli | 2 février 2015

L’obsession identitaire. À propos d’un livre de Laurent Bouvet

Le politiste Laurent Bouvet publie un livre qui met l’accent sur « l’insécurité culturelle » et veut éviter à la gauche le « piège identitaire ». En réalité, il lui fait courir le risque de s’abîmer dans la double obsession du sécuritaire et de l’identitaire.

Vos réactions (11)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Laurent Bouvet est un chercheur en science politique. Il a fait partie des promoteurs du courant socialisant de la "Gauche populaire", constitué en riposte à la publication du rapport du think tank Terra Nova, au printemps 2011 (Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ?). Au début de 2013, il s’est séparé des "politiques" de ce courant de pensée, Laurent Baumel, Philippe Doucet et François Kalfon. Mais avec L’insécurité culturelle. Sortir du malaise identitaire français, il poursuit sa démarche intellectuelle [1], la seule à même, explique-t-il, de regagner la confiance des catégories populaires et de contrer la montée du Front national.

Signification d’un concept

Qu’entend-il par « insécurité culturelle » ? Au départ sont les phénomènes bien connus de la désaffection des catégories populaires à l’égard de la gauche et de la montée continue du Front national. Bouvet insiste sur le versant idéologique et culturel des nouvelles "fractures". Selon lui, les thématiques de l’économique et du social, qui ont porté la gauche historique pendant deux siècles, ont laissé la place aux problématiques de l’identité, soutenues par le sentiment diffus que « l’on n’est plus chez soi ». Dès lors, la déstabilisation économico-sociale se redouble du sentiment majoritaire d’une dépossession globale. Telle est la base d’une insécurité qui n’est pas seulement "sociale" mais tout autant "culturelle" ou " identitaire" ("culture" et "identité" se confondant en pratique).

Quelle est le moteur de cette grande translation, qui déstabilise les repères classiques de la gauche et du mouvement ouvrier ? Laurent Bouvet ne nous en dit pas grand-chose, si ce n’est qu’il se réfère à la "mondialisation". Mais la mondialisation qu’il désigne est faiblement caractérisée. Il ne semble pas y voir un système global, entremêlant l’objectif et le subjectif, la finance et la gouvernance, les pratiques de pouvoir et l’idéologie. Il la perçoit avant tout sous l’angle de l’effacement supposé des frontières et de la poussée des migrations. Peu importe que les flux migratoires planétaires soient considérablement surestimés (depuis 1960, ils tournent continûment autour de 3% de la population mondiale) : pour l’auteur, ce sont les migrations qui sont responsables de la déstabilisation des sociétés.

Dès lors se structure la trame d’un propos qui fourmille de notations et de références utiles (des données de sondages souvent finement analysées), mais qui oriente la réflexion et l’action vers ce qui pourrait bien être l’impasse historique de toute gauche qui se voudrait "populaire".

Les impasses d’un parcours

Une part du propos liminaire de Bouvet est parfaitement recevable. Pour une fraction non négligeable des catégories populaires, notamment celles liées à l’ancien modèle des deux révolutions industrielles, le sentiment d’insécurité a pris une place considérable dans les représentations sociales et politiques. Que ce sentiment soit fondé ou non, il existe et constitue une force agissante. Se contenter de le dénoncer, au nom de considérations morales ou statistiques, a peu d’efficacité et peut même contribuer à exacerber, dans les catégories populaires, le sentiment qu’on les méprise et qu’on les a abandonnées. Jusque-là, rien à dire…

Rien à objecter non plus au constat que la place des déterminants proprement sociologiques s’est estompée dans les représentations. Le sentiment qui unifiait la classe des siècles précédents a laissé la place à la double fragmentation de l’inclusion et de l’exclusion (les "in" et les "out") et du haut et du bas (le "peuple" et les "élites").

C’est au-delà de la description que les choses se gâtent. Dans l’analyse de Bouvet, comme dans celle du géographe Christophe Guilluy auquel il se réfère, il n’y a pas seulement de la fragmentation, mais de la polarisation entre "majorité" et "minorité". Guilluy réduit la polarité induite par la concurrence capitaliste à l’opposition binaire de la « France métropolitaine » et de la « France périphérique » (sur ce point, lire "La gauche dans le piège de Guilly"). Bouvet voit bien les défauts de l’analyse de Guilluy (qui renvoie le « peuple » de la banlieue à la « métropole » et donc à la France des privilégiés). Mais il conserve la logique duale de répartition qui séparerait une majorité de couches populaires qui ne se sent plus chez elle et une minorité repliée sur le "multiculturalisme".

Cela se traduit par un curieux glissement dans l’analyse des responsabilités. Il y a un « piège identitaire », nous dit-il. Il a raison. Mais quelle est la source de ce piège ? Est-ce la logique économico-sociale inhérente à cette phase historique du capitalisme (massivement financière et spéculative) que recouvre la notion ambiguë de "mondialisation" ? Est-ce le recul de l’État-providence, qui avive la concurrence entre les très pauvres et les un peu moins pauvres ? Est-ce la percée conjointe des idéologies ultralibérales et des reconstructions conservatrices ethnicistes et culturalistes de la "Nouvelle droite" depuis la fin des années 1970 ? Rien de tout cela. C’est la « diversité » qui, selon lui, « conduit à la dégradation du lien social d’ensemble en raison d’un renfermement des différents groupes sur eux-mêmes ». L’insistance sur la diversité « favorise l’insécurité culturelle des individus et des populations qui n’en sont pas les bénéficiaires », affirme Bouvet.

Extraordinaire paradoxe ! Ce sont les discriminés qui sont la cause de la machine sociale à discriminer ; ce sont les "minorités" qui sont la source des crispations identitaires de la "majorité" ; ce sont les cultural studies qui provoquent la fixation contemporaine sur les identités. Bouvet nous dit que l’inquiétude des "majoritaires" doit être prise en compte, quand bien même elle ne serait pas fondée ; mais celle des "minorités" n’est pour lui que « mensonges » et « faux-semblants ». La solution coule de source, ou tout au moins une partie de la solution : que les minorités cessent de penser leur « différence » et acceptent leur « intégration ». Sans doute l’auteur garde-t-il la mesure de certains mots. Il est trop fin politiste pour ne pas connaître les méfaits de l’universalisme abstrait dont il se démarque dans le discours.

Mais de quelle « intégration » parle-t-il ? L’auteur met à juste titre en garde contre la logique « différencialiste » d’un multiculturalisme extrême. L’assignation de l’individu à quelque communauté que ce soit contredit la logique puissante de l’émancipation. D’accord. Mais tout se passe comme si le risque d’assignation identitaire ne touchait que les minorités. L’universalisme abstrait n’a été historiquement rien d’autre que celui des dominants (les colonisateurs de naguère) ou de majorités proclamées. L’imposition de cet universalisme-là à des individus ou à des groupes minoritaires ne devrait-elle pas, elle aussi, relever des logiques mutilantes de l’assignation ? Mais alors, en quoi l’intégration généralisée à un universel aussi pauvre contribuerait-il à l’émancipation, celle des majoritaires comme celle des minoritaires ?

Bouvet dit avoir emprunté son concept « d’insécurité culturelle » à Christophe Guilluy. En fait, il est en résonnance directe avec la notion « d’identité culturelle » qui a participé du corps d’idées de la "Gauche populaire". Or, par-delà leur vraisemblance descriptive, les deux notions nous enferment dans une nasse intellectuelle et politique redoutable. Bouvet veut nous sortir du piège identitaire. On le suivrait volontiers si, dans les faits, il ne nous enfermait pas dans la double obsession de la sécurité et de l’identité.

Se sortir vraiment du piège identitaire

Si l’on veut faire face au constat déstabilisant énoncé au départ – désaffection populaire vis-à-vis de la gauche et percée du Front national –, mieux vaut s’inscrire dans une autre logique de pensée.

Il est juste de partir d’une réalité qui est celle de la division installée des catégories populaires. À condition de bien voir que cette division n’oppose pas un "centre" et une "périphérie", ou une "majorité" et des "minorités". Sur fond de polarité accentuée à toutes les échelles de territoires, elle tend en permanence à dresser les classes subalternes les unes contre les autres. La solidarité de classe a laissé la place à l’opposition des Français et des étrangers, des natifs et des allogènes, des travailleurs ayant un emploi et des chômeurs, des salariés à statut et des précaires. Au sein des couches populaires, la polarisation se traduit, non par de la dualité, mais par de la parcellisation, à l’infini.

Bouvet, qui plaide par ailleurs pour une vision "sociale", sous-estime manifestement le phénomène de la discrimination. Or cette dimension, qui a une longue histoire dans les sociétés humaines, est aujourd’hui plus fondamentale que jamais. À l’échelle planétaire, en effet, la tendance est à l’entrée croissante d’individus sur le "marché du travail". Dans la concurrence exacerbée qui en résulte, la discrimination des uns est une condition pour la valorisation relative des autres. De ce fait, inégalités et discriminations forment un couple indissociable dans le contexte actuel. Toute lutte contre les inégalités devrait ainsi prendre conjointement la forme d’une lutte contre les discriminations. En cela, il est pour le moins contre-productif d’opposer, fût-ce en pensée, le peuple des "minorités" et celui de la "majorité".

Plutôt que d’opposer minorités et majorités, mieux vaut travailler à quelque chose de fondamental qui relie pratiquement les unes et les autres : le double sentiment de la dépossession et de l’humiliation. Dépossession et humiliation des ouvriers anciens ballottés économiquement et territorialement, au gré des restructurations financières, des délocalisations et des spéculations foncières avivées par la métropolisation. Dépossession et humiliation des populations, immigrées ou non, vouées à la relégation dans des territoires où la puissance publique ne peut plus ou ne veut plus assumer totalement ses fonctions de redistribution et de services publics en tous genres. Dépossession et humiliation des jeunes que, deux ou trois générations après, on dit toujours « issus de l’immigration », et qui sont voués au sur-chômage, aux discriminations à l’embauche et à l’emploi, aux contrôles au faciès et à la suspicion d’étrangeté, par couleur de peau ou par religion. Dépossession et humiliation des citoyens qui sont éloignés des décisions, qui se sentent consultés pour consentir et non pour décider, quand on ne tourne pas ouvertement le dos à leur demande (comme ce fut le cas pour ceux qui votèrent Non au projet de Traité constitutionnel européen en 2005).

C’est le mépris des populations – forme pluriséculaire du mépris de classe – qui nourrit l’humiliation, l’amertume et qui ouvre sur le ressentiment. Et c’est ce ressentiment qui fait que l’on se porte plus facilement contre le bouc émissaire visible que contre la cause que l’on ne voit pas (le seigneur et le patron se "voyaient", pas les circuits financiers interconnectés…). Or le ressort par excellence du ressentiment est l’opposition vague du "eux" et du "nous", qui peut englober, dans une même détestation, l’étranger, l’immigré, le sexuellement déviant, le non-conformiste, le "différent" davantage que l’adversaire de classe évanescent.

On ne se sort pas de ce piège en demandant aux discriminés de se fondre dans une "majorité" qui aurait elle-même cessé de se percevoir comme relevant de l’innombrable monde des "dominés". L’objectif stratégique n’est donc pas de répondre à "l’insécurité culturelle", mais de rassembler le peuple des "dominés", autour d’une commune exigence de dignité, pour en faire un peuple "politique". La Gauche populaire dont s’est réclamé naguère Bouvet s’est constituée dans le refus du projet de la fondation Terra Nova, un projet qui n’est pas pour rien dans l’ajustement actuel du socialisme officiel.

En effet, que constatait Terra Nova ? Que les ouvriers n’étaient plus le cœur de la gauche politique ; que les représentations de classe ne jouaient plus leur rôle ancien dans les comportements politiques ; que le clivage semblait être désormais entre "ouverts" et "fermés", "modernistes" et "conservateurs". Qu’en concluait le rapport de 2011 ? Non pas qu’il fallait rompre avec le système qui divise les catégories populaires, mais qu’il fallait rassembler, sur des valeurs d’ouverture et donc de respect des "différences", les catégories moyennes attachées aux valeurs de mobilité, les minorités discriminées, les femmes et les immigrés. En laissant les autres à la droite et au Front national…

Que suggère Bouvet ? De rompre avec le système qui produit l’amertume et le ressentiment ? Non : que les minorités acceptent de s’intégrer, sans même leur donner la clef de la citoyenneté (Bouvet considère que le droit de vote des étrangers aux élections locales n’est plus d’actualité), au risque d’une simple reprise de "l’assimilation" de jadis. Si la mondialisation est rejetée, ce n’est pas pour sa logique profonde (l’accumulation sans fin du produit, de la marchandise et du profit), mais parce qu’elle ouvre les frontières. Bouvet ne va pas aussi loin que Guilluy, qui oppose à la mobilité sans fin de la mondialisation l’immobilité du "village" ; il n’en est pourtant pas si loin.

Bouvet est à l’exact opposé de Terra Nova ; mais à l’intérieur d’un carcan commun : celui des obsessions identitaires qu’il faut assumer, qu’elles soient le fait de la majorité ou des minorités. Or c’est de cette obsession de l’identité qu’il faut se débarrasser, plutôt que de la conforter. Dans un monde incertain et une société inquiète, l’objectif ne devrait donc pas être de conjurer les peurs en demandant aux "minoritaires" d’être plus modestes encore et de ne pas heurter les "majoritaires". Il devrait être de rassembler le peuple au sens sociologique, dans un projet partagé d’émancipation et de développement sobre des capacités humaines, individuelles et collectives.

Peut-on y parvenir, si la pensée politique reste enfermée dans le face-à-face du "eux" et du "nous", des "cultures" qui s’effraient les unes des autres et des "identités" qui s’observent en chiens de faïence ? Il en est certes de la référence identitaire comme de la référence nationale. Elle peut conduire au meilleur comme au pire. Au mieux, si l’identité ou la différence sont vécues comme des spécificités, des appartenances non exclusives ; au pire, si elles sont vécues sur le registre de la totalité, de la clôture, de la concurrence ou de l’affrontement. Mais force est de constater que, dans un monde instable et inégal où l’heure serait à la "guerre des civilisations", l’identité est un objet explosif, ce que le sociologue Jean-Claude Kaufmann appelle à juste titre une « bombe à retardement ». On ne joue pas avec l’identité.

Ne pas mépriser les catégories populaires saisies de la peur de ne plus être chez soi ? Sans aucun doute. Se couler dans les crispations identitaires, fût-ce pour les réguler ? En aucun cas. Sécurité et identité sont des mots piégés, qu’il est aujourd’hui difficile de dégager de leur gangue sécuritaire et identitaire. Pour rassembler le "peuple", mieux vaut valoriser d’autres mots. Égalité en est un, que l’on peut aisément raccorder à la liberté (l’autonomie des personnes et la souveraineté des peuples citoyens) et à la solidarité-fraternité. Mais si l’on ne veut pas que l’égalité soit rabattue sur l’universel abstrait, que Bouvet dit refuser, comment pourrait-elle s’accommoder des discriminations de fait ? Or qu’est-ce qu’une discrimination, sinon une différence que l’on stigmatise ? Toute différence que le "sens commun" et a fortiori que la loi mettent à l’écart est une discrimination qui humilie et donc qui repousse et qui enferme les individus stigmatisés dans les "communautés" de repli.

Bouvet termine son livre par un superbe intertitre : « Le commun, l’autre nom de la République ». Qui, à gauche, ne souscrirait pas à cette formule ? Mais le parti pris du commun suppose des instruments pour le faire advenir : un socle de droits universels, individuels et collectifs, un espace public et donc soustrait aux normes de l’appropriation privée, une protection sociale renforcée, une citoyenneté repensée et élargie. Le commun suppose, non de la concurrence mais du partage, de la solidarité, de la mutualisation, de l’autonomie, du respect réciproque. Le commun n’est ni le règne de l’unique (tous pareils) ni la juxtaposition des différences (tous séparés). Le commun, d’ailleurs, ne se décrète pas. Il ne se définit pas par avance. Il se construit dans la participation de tous, sans exclusive, sans assignation d’identité mais sans déni d’identité, à des projets collectifs. Projets non pas seulement économiques, ou sociétaux ou culturels : projets de société, où les individus ne vivront plus leur existence comme relevant du "chez nous" ou du "chez eux" mais du "chez tous".

Ce n’est pas en opposant à un "multiculturalisme" plus ou moins mythique et un "républicanisme" de domination et de discrimination que l’on parviendra à ce "chez tous".

L’Insécurité culturelle. Sortir du malaise identitaire français, par Laurent Bouvet. Fayard, 192p., 12 euros.

Des livres à lire en contre-point

Jean-Loup Amselle, Les nouveaux rouges-bruns. Le racisme qui vient, Lignes, 2014

Robert Castel, La discrimination négative, Seuil, 2007
Philippe Corcuff, Les années 30 reviennent et la gauche est dans le brouillard, Textuel, 2014

Pierre Dharéville, La laïcité n’est pas ce que vous croyez, Éditions de l’Atelier, 2014

François Jullien, De l’universel, de l’uniforme, du commun et du dialogue entre les cultures, Fayard, 2008

Jean-Claude Kaufmann, Identités, la bombe à retardement, Textuel, 2014

Régis Meyran et Valéry Rasplus, Les pièges de l’identité culturelle, Berg International, 2014

Tzetan Todorov, La Peur des barbares. Au-delà du choc des civilisations, Robert Laffont, 2008

Notes

[1Autres ouvrages : Le communautarisme. Mythes et réalités, Éditions Lignes de Repères, 2007. Le Sens du peuple. La gauche, la démocratie, le populisme, Gallimard, 2012.

Vos réactions (11)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • "C’est la « diversité » qui, selon lui, « conduit à la dégradation du lien social d’ensemble en raison d’un renfermement des différents groupes sur eux-mêmes ». L’insistance sur la diversité « favorise l’insécurité culturelle des individus et des populations qui n’en sont pas les bénéficiaires », affirme Bouvet."

    Il peut être aussi intéressant de voir comment dans les media de droite ou même publics, la figure de l’immigré ou de l’européen musulman est perçue. Reportage d’un JT 20h de France2 , ce 2 février au soir, indiquant qu’une loi de la Lombardie portée par la Ligue lombarde, interdirait la construction de toute nouvelle mosquée à Milan, si j’ai bien compris, et ceci sans qu’il n’y ait eut aucune opposition parlementaire au niveau national ?

    Le sentiment anti-islamiste après les attentats, confondu avec l’islam par certains journalistes et beaucoup de nos compatriotes, est considéré par l’extrême droite et la droite extrême comme un tremplin pour faire des voix.

    Les sondages sur les questions sociétales sont jugés par les spécialistes et historiens beaucoup plus fiables que les sondages bidon sur les cotes de popularité ou les résultats des candidats aux Présidentielles deux ans avant.

    Le politiste Bouvet dont je n’ai pas lu l’ouvrage a étudié sérieusement ces enquêtes d’opinion sur l’immigration. Derrière les pièges des mots en -isme généralement réducteurs, il convient en priorité de démonter les thèses de l’extrème droite et Laurent Bouvet y a sa place. En usant de cette thématique, droite et extrème droite préparent une régression sociale sans précédent.

    Bernard Maurice Le 2 février 2015 à 23:38
  •  
  • Charles Trenet : « Douce France, cher pays de mon enfance... »
    Charles Baudelaire : « Modernité : ce qu’il y a d’éternel dans le transitoire et de poétique dans l’historique ».

    Dans le débat sur « identité ou égalité », il ne faudrait pas continuer d’entretenir un certain malentendu, qui est arrivé à un point d’impasse et de crispation, pour ne pas dire de pourrissement, ...avec la révolution néolibérale...

    Ce malentendu vient de très loin : du fait que le courant révolutionnaire s’est laissé piéger dans une polémique dont nous ne sommes jamais sortis, sur le point de : savoir être ou ne pas être « résolument moderne » ou « archaïque » !... D’accord pour dire qu’il n’est pas possible de parler d’identité immuable : mais plutôt de quel devenir vivable, auquel nous pourrions nous identifier...

    Mais malheureusement, désormais, nous ne savons plus ce que parler de « Changement » veut dire, pour et dans quelle « Sécurisation » (?) !... Tout est brouillé et redisposé à front renversé, dans la guerre idéologique sur ce thème... Il y a une quarantaine d’années que Giscard a installé l’idée du « Changement sans risque » (Sans risque, en vérité... : pour le Capital !...)...

    Ceci dit, il serait insuffisant de considérer que La Nouvelle Réaction nous a simplement abusivement volé l’idée de Changement, en renvoyant la défense de notre modèle social aux « corporatismes » et aux « conservatismes » !... Car il ne s’agit pas simplement d’un tour de passe-passe qui aurait inversé les rôles !...

    C’est l’idée de Changement qui, en général et en tout état de cause, a du plomb dans l’aile, nonobstant sa maltraitance et son inversion !... C’est l’idée même de « Tout Changer », comme de « Changer pour Changer » !!!... Le problème est, qui plus est, renforcé par la crise écologique : la dogmatisation de « la nécessité du Changement » n’est plus possible, dès lors que se pose la maltraitance « sans gêne et sans tabou », des conditions sociales, mais aussi naturelles, de vie... : IL EST DEVENU ESSENTIEL DE SAVOIR CE QU’IL FAUT CHANGER, EN RAPPORT AVEC CE QUI MERITE D’ETRE PRESERVE, VOIR CONSERVE !...

    C’est là que se repose avec force la question de « quelle égalité territoriale » (pas seulement pour ces quartiers désignés, dans l’ambivalence, par Manuel Valls, comme « d’apartheid social »...). Il ne faudrait pas, à ce propos, faire de l’idée de « l’identité française » une question taboue... J’habite personnellement dans un petit village, et cela ne me gêne pas de dire, à la limite, que traiter de l’égalité des territoires, c’est redonner à la France de l’identité !...

    Aubert Sikirdji Le 3 février 2015 à 12:04
       
    • Histoire d’enfoncer le clou de cette « provocation » sur la question de l’archaïque (en existerait-il du bon et du mauvais ?)..., voici ce qu’un auteur auquel je n’adhère pas, et dont Roger Martelli parle dans son article du Regards-papier du printemps 2015, « Gauche, enquête sur une disparition présumée », à savoir Jean-Claude Michéa, déclara chez Finkielkraut, « Répliques » du 25 août 2012, émission « Le complexe d’Orphée », à 37mn : ...« Marx lui-même, lorsqu’à la fin de sa vie, il découvre la Russie et le populisme et qu’il commence à correspondre avec Mikhailovski, Vera Zassoulitch, découvrant la situation russe et le rôle de la communauté primitive, va avoir cette formule qui anticipe sur Mauss : « on ne doit pas se laisser effrayer par le terme d’archaïque » ... Et il dit lui-même : le socialisme ça doit être la reprise sous une forme moderne d’un mode d’organisation archaïque » ! Ce que Mauss conclura en disant : « il faut savoir quand on est socialiste revenir à de l’archaïque, sous une forme nouvelle et moderne... » C’est l’Aufhebung d’Hegel : supprimer en conservant... »
      Je ne souscris pas, et ne veux pas prêter le flanc aux « néocons » de poils divers (et ...d’hiver de la pensée politique...) ...Qui, même de culture éventuellement « conne comme communiste », succombent au vertige de la nostalgie, ... et font du sur-place : prêts qu’ils sont « à repartir de l’avant, vu que c’était mieux avant »... Au prix d’une « profondeur » glauque et de redoutables simplifications moralisatrices...
      Mais pour autant, dans la mesure même où notre 21ème siècle réclame une réhabilitation du temps long..., je ne suis pas d’accord avec une vision résolument « avant-gardiste » et irréversible de la modernité, sous le prétexte de refuser « tous les immobilismes », ....la roue de l’Histoire y faisant entendre son cliquetis sanglant, ... qui suppose de « ne jamais regarder dans le rétroviseur »... Ce que Michéa a nommé, en l’occurrence « le complexe d’Orphée »... (« On avance, on avance, on n’a pas assez d’essence humaine pour faire la route dans l’autre sens... »)...
      En un sens, on ne fait pas de neuf avec du vieux, mais en un autre, si !... Il faut réhabiliter l’idée d’assimilation critique et dialectique du passé...

      Aubert Sikirdji Le 2 mai 2015 à 21:41
  •  
  • D’où l’intérêt qu’il y aurait peut-être à lire les réflexions de Zygmunt Bauman. Explication : https://yannickrumpala.wordpress.com/2009/11/14/%c2%ab-identite-nationale-%c2%bb-un-debat-en-retard-d%e2%80%99une-epoque/

    ET Le 3 février 2015 à 14:31
       
    • Cher ET,

      Absolument ! L’oeuvre de Zygmunt Bauman constitue un apport de cadrage incontournable de ce débat. Merci beaucoup de cette réaction.

      Par ailleurs, je recommande la lecture du petit livre d’Amin Maalouf, "les identités meurtrières", où, à contre-courant d’une vision uniciste et séparée de l’identité, et des effets régressifs d’une mobilité mondiale subie, par la précarisation incertaines de nos vies, il développe, à partir de sa propre vie, la dimension d’appartenances plurielles et assumées à l’intérieur de chaque individualité...

      J’ai déjà cité Baudelaire : il y a aussi cette belle expression qui vient de lui : "cet amalgame indéfinissable que nous nommons notre individualité". ( Ce qui, soi-dit en passant, restitue au concept d’amalgame son vrai sens : positif et "merveilleux", synonyme de la singularité de chacun !...)

      Aubert Sikirdji Le 3 février 2015 à 17:19
  •  
  • Merci de faire de la publicité à cet ouvrage fort intéressant qui a le mérite de s’atteler à des problématiques trop souvent laissées au FN, avec les résultats que l’on sait...

    Julie Le 3 février 2015 à 23:00
  •  
  • Nous sommes désormais dans une nouvelle séquence, où la question de l’insécurité se joue plus que jamais dans toutes ses dimensions... C’est le moment d’une actualisation de nos cultures politiques...
    Etant à l’époque au PCF, je me souviens d’un certain impact, parmi quelques-uns de ses intellectuels, alors que se jouait sa crise dans les années 80, des théorisations d’un chercheur qui se présentait comme (quelque chose comme) socio-psychanalyste... : Gérard Mendel.
    Il parlait, dans cette modernité devenue liquide, selon cette expression que nous utilisons désormais, de Zygmunt Bauman, de ce qu’il appelait « l’individu sans appartenance »... Il insistait, d’ailleurs, en précisant que « la Société n’est pas une Famille »... Tel Parti ne pouvant, aussi bien, se prétendre « une Grande Famille », ...il dénonçait la verticalité d’organisation, qui ne pouvait que contrarier le désir de chacun de « voir le bout de ses actes », - ce qui, au demeurant, était une formule séduisante, mais parfaitement utopiste !...
    Je considère que ce fut une tentative, pour ne pas dire une salade, exemplaire de confusion. Car s’il ne s’agit pas d’accepter le principe d’appartenance unique, figée en une « identité », "centre du monde", il n’est pas vain de revendiquer des appartenances, qui se produisent et se cristallisent plus ou moins durablement comme « chose(s) commune(s) », d’où chacun parle et agit !... Pour commencer, il n’est pas vain de vouloir de reconstituer du « travailleur collectif » !...
    Aujourd’hui, curieusement, c’est d’abord un regain de la Droite, qui en appelle, comme thème central des manifs (soi-disant )"pour tous", à sortir des méfaits idéologiques de l’individualisme, « résultat de 68 », et donc à reconstruire des repères et du lien social ( !!!...), et cela : certainement pas dans esprit « multiculturel », ...et sans peur du paradoxe que c’est le système qu’elle défend qui a précarisé nos vies au possible !...

    Aubert Sikirdji Le 4 février 2015 à 16:53
  •  
  • Que vous n’ayez rien compris à la lecture de ce livre n’est pas très grave, au fond !
    Ce qui est plus ennuyeux, c’est que vos idées puissent se prévaloir de la gauche, car vous semblez ne rien entendre à l’idée de la République !
    Mais vous n’êtes pas les seuls, hélas !

    Jean-Jacques Benoît Le 7 février 2015 à 20:31
       
    • Mais encore ? Qui n’a rien compris à quoi ? C’est qui, "vous" ? (Personnellement, je n’ai pas lu ce livre, on ne peut pas tout lire...) Il n’empêche : ...c’est quoi des idées qui se prévalent de la gauche ? C’est quoi l’idée de la République ? A laquelle, hélas, ....qui ? ...N’entendrait rien ? Tandis que vous, heureusement...

      Aubert Sikirdji Le 8 février 2015 à 15:30
  •  
  • Le piège éternel tendu par les réactionnaires c’est de tenter de nous faire croire qu’ils sont des victimes ; victimes de ceux qui n’acceptent pas leurs intolérances ; ils justifient leurs intolérances par le fait qu’elles sont combattues , donc non respectées ; alors que selon eux leurs intolérances ne sont que du bon sens et de l’évidence que les nouveautés vont faire le malheur de tous.

    onréfléchit Le 7 mars 2015 à 11:11
  •  
  • Tortiller des fesses pour continuer à ignorer les angoisses du peuple qui, à son corps défendant, vote massivement Front National, c’est quasiment criminel. Je ne comprends pas l’aveuglement de toute une frange de la gauche qui ne sait que taper sur ceux qui voudraient le faire. Je ne vois dans cette position qu’un mépris profond pour les classes populaires.

    tintin Le 24 avril 2015 à 09:13
  •