Accueil > Politique | Par Roger Martelli | 25 août 2015

La nation contre l’Europe, ou la tentation du grand contournement

La Grèce étranglée, l’UE en panne, le libéralisme à la manoeuvre et le mouvement social inerte : l’été a été merveilleux. Alors la tentation est grande de tout remettre à plat. Mais si le surplace est impossible, la fuite en avant est un leurre meurtrier.

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Pour commencer, il ne sert à rien de découvrir la lune. L’Union européenne est dominée par le libéralisme, "ultra" ou "social" ? On le sait depuis longtemps. Elle n’est pas un espace démocratique, mais le terrain par excellence de la gouvernance ? Belle découverte. Elle est par fondation structurée par le capital, elle est un enfant de la guerre froide et de l’hégémonie américaine ? Tiens donc ! Ses promoteurs ont toujours voulu en faire un instrument contre la transformation radicale des sociétés ? Il est temps de s’en rendre compte. Les leaders actuels de l’Union, c’est-à-dire les responsables des États nationaux, ont décidé d’aller au bout de leur logique concurrentielle, dérégulatrice, technocratique et sécuritaire ? Nous n’avions pas besoin de cet été pour le savoir, nous qui avons connu le référendum de 2005 et ses conséquences.

Que l’on cesse donc de répéter à satiété que ceux qui, depuis des années, se battent pour une autre Europe se bercent de l’illusion que le cadre européen actuel est réformable sans toucher à ses mécanismes fondamentaux. Ou alors il faut ajouter que tous ceux qui se battent à l’intérieur de toute institution, quelle qu’elle soit, partagent la conviction naïve que les sociétés d’exploitation et de domination dans lesquelles elles fonctionnent peuvent se transformer sans mettre en cause les logiques fondamentales qui les régissent. Or vouloir agir à l’intérieur d’un système n’est pas plier devant ses "contraintes".

Se sortir de la logique, pas de l’Europe

Quand on agit dans un espace, contre une logique sociale qui le corsète et qui le déstructure, on doit le faire à la fois pour obtenir toutes les améliorations partielles possibles et pour subvertir le mécanisme général qui structure le cadre de part en part. L’engagement pour une autre Europe, du côté en tout cas de la gauche d’alternative ou "radicale", n’a pas été pensé pour "améliorer" l’Union telle qu’elle est. Tout au contraire : dire que l’on veut une autre Europe implique, au sens propre, que celle qui est en place n’est pas acceptable sur le fond et qu’il faut donc sortir de la logique qui l’étouffe. Se sortir de la logique, pas de l’Europe…

Or l’action contre des structures lourdes n’est pas l’affaire d’un jour. Une défaite n’est pas subie parce que son environnement structurel est mauvais, mais parce que les forces suffisantes ne se sont pas mobilisées. Nous savons depuis longtemps que l’action des peuples est la clé. Par exemple, il eût fallu que les peuples d’Europe se regroupent en masse autour des Grecs. Pour l’essentiel, ils ne l’ont pas fait. Parce que le cadre européen n’est pas le bon ? Mais dans le cadre national, la mobilisation sociale est-elle plus forte aujourd’hui ? Et la bataille sur la question des retraites ou contre la désindustrialisation, ou pour la défense des services publics, y a-t-elle été gagnée naguère ?

S’il est aujourd’hui difficile d’engranger des succès et a fortiori des victoires durables, c’est par ce que l’enjeu est redoutable. Dans les temps du capitalisme "régulé", à l’époque de l’État-providence et de sa croissance, il était plus facile de rassembler pour réorienter les fruits de ladite croissance. On le pouvait d’autant plus que le mouvement ouvrier était en expansion, que l’espoir de la "Sociale" était massif, que capitalisme et socialisme s’affrontaient, même si le soviétisme n’était pas une figure bien entraînante dudit socialisme. Aujourd’hui, la crise est notre horizon, l’élan du mouvement ouvrier n’est plus là et il n’y a plus de "grand arrière" pour la Sociale. Désormais, toute conquête durable est conditionnée par l’avancée vers une rupture de système. Telle est la source de nos difficultés, partout, quelle que soit l’échelle de territoire considérée, du local au planétaire.

Le piège du repliement national

Je sens monter, autour de nous, ce que je crois être le piège du repliement national. Pourquoi un piège ? Tout d’abord parce qu’il n’est pas vrai que le cadre national de la lutte – par ailleurs décisif – est plus favorable que le cadre supranational. Les batailles que nous avons perdues l’ont été chez nous. L’esprit libéral a gagné les consciences en France. La difficulté à se sortir de l’étau du libéralisme et du social-libéralisme est la nôtre. Que l’Europe ait été si souvent utilisée pour légitimer un peu plus la destruction systématique des protections sociales n’empêche pas que les politiques suivies ont été élaborées par les États, par leurs forces dominantes et que le mouvement visant à les contrer a été défait sur un terrain avant tout national.

Il y a plus que cela encore. Nous sommes dans un temps où l’on nous serine, de jour en jour, que la lutte des classes n’a plus cours, que la question désormais est celle des identités et que, de fait, nous sommes en état de guerre. Il faut choisir, nous dit-on : c’est "eux" ou "nous". Eux : l’immigré, le musulman, l’étranger, l’autre. Et pourquoi pas l’Arabe, le Chinois, le Russe, l’Allemand ?

J’ai lu, il n’y a pas si longtemps, Frédéric Lordon expliquer que le mondialisme est très sympathique, mais naïvement utopique. Le réalisme, nous dit-il, est dans la puissance des États. Autant dire qu’il n’y a pas d’autre solution que d’opposer à la puissance une contre-puissance. Or qu’est-ce qui a produit, par exemple, la possibilité économique d’une Europe allemande ? La méchanceté intrinsèque de l’Allemand dominateur ? N’est-ce pas plutôt la logique d’un système mondialisé qui, en polarisant de plus en plus les avoirs, les savoirs et les pouvoirs, déchire la planète, l’Europe et chaque territoire en particulier et pousse inéluctablement à l’hégémonie du plus fort ? Pour enrayer la course à la puissance allemande, qu’est-ce qu’on fait ? On lutte partout contre le système qui produit de l’hégémonie ? Ou on choisit d’opposer à la puissance en place une autre puissance, et pourquoi pas celle de la France ? Quand on choisit le second terme, à l’arrivée on peut avoir la conviction désastreuse de Jacques Sapir : la seule voie est celle de l’union de la nation française, sans exception, droite et gauche confondues, jusqu’à Marine Le Pen.

La lutte se mène partout

Contrairement à ce que dit Lordon, l’interdépendance n’est pas une nasse, la mondialité n’est pas une impasse. Ce qui nous enfonce, c’est la gestion marchande et technocratique des interdépendances, c’est le fait que la mondialité est tout entière recouverte aujourd’hui par la mondialisation du capital. La lutte contre la concurrence et la gouvernance se mène donc partout. C’est même à condition qu’elle se mène partout, qu’elle a des chances de l’emporter. Or pour ce faire, il n’y a pas de raccourci pensable. Retourner aux monnaies nationales ? Mais c’est dans le cadre du système national des monnaies qu’a été amorcé le grand recul des années 1980-1990 et que s’est installé le dynamisme du mark.

Que l’on envisage, du fait de l’irresponsabilité de ses dirigeants, l’impossibilité de sortir la zone euro de son impasse actuelle est une chose. Que l’on ne s’en tienne pas à l’existence d’une monnaie commune, que l’on réfléchisse à des formes de monnaie complémentaires, à base nationale ou locale (à l’image des SEL locaux), pourquoi pas ? Mais s’imaginer que la fin de l’euro est en elle-même le début de l’émancipation, exclure qu’elle soit l’amorce de la guerre des puissances monétaires, voilà qui ne me paraît pas si évident…

Contourner l’enjeu fondamental du devenir de l’Union revient à laisser la main aux forces les plus inquiétantes. Toute construction politique qui ferait de l’Europe la cause de tous les maux, indépendamment des logiques fondamentales qui la structurent et qui déterminent le choix de ses "élites", est proprement irréaliste. Dès l’instant, bien sûr, où l’objectif est celui de l’émancipation des individus et de la souveraineté populaire. Qu’elle soit ardue ou non, la perspective d’une autre Europe reste stratégique. S’il est un "plan B", il est là et pas dans quelque solution particulière que ce soit.

La mise en commun, pas l’exclusion

Il est aujourd’hui un phénomène qui est en train de submerger notre continent : celui d’un nationalisme d’exclusion et de ressentiment, arcbouté sur les identités menacées, qui fait de l’élévation des murs la condition pour enfin "être chez soi". Penser que l’on peut disputer ce terrain-là au Front national n’a pas de sens. Vis-à-vis d’un tel nationalisme, une seule voie est raisonnable : le combattre. Persévérer dans l’action pour une autre Europe est une façon d’y contribuer. Si la nation politique a un avenir, il est dans la mise en commun, pas dans la nécrose de l’identité.

Pour l’instant, la mobilisation populaire est insuffisante pour peser dans le sens d’une réorientation radicale de l’Union, des États et de tous les territoires existants, sans exception. Précisons le constat : il ne manque pas de forces, de luttes partielles, de propositions et même d’expérimentations alternatives. Mais pour l’instant, ces forces sont dispersées et donc inefficaces, quelle que soit l’échelle territoriale concernée. Dispersées, elles ne font pas force politique. Elles sont une multitude, mais elles ne sont pas peuple. Ce qui manque, c’est un projet, une méthode et la volonté de partage : là est la clé d’un rassemblement offensif. Partout.

Ou bien la mise en commun s’amorce, de façon coordonnée, à toutes les échelles spatiales, ou bien la dynamique historique restera aux forces dominantes d’aujourd’hui. Sur la base de cette conviction, il n’y a ni solution courte ni formule magique pour l’alternative.

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Vos réactions

  • Ce que je n’ai trouvé nulle part formulé aussi clairement et qui correspond tout à fait à mes interrogations.
    Merci

    Annie BREYTON Le 25 août 2015 à 15:44
  •  
  • Merci Roger pour ce texte clair.
    Il est une bonne base pour engager le débat sur la mobilisation pour une autre Europe et balayer les idées fausses sur la sortie de l’euro.
    A diffuser largement donc ;

    Michel Boulet Le 25 août 2015 à 17:27
  •  
  • Un texte riche qui invite au rassemblement ("Ce qui manque, c’est un projet, une méthode et la volonté de partage : là est la clé d’un rassemblement offensif. Partout.")
    Un texte qui ne fuit pas le débat franc à GAUCHE entre celles et ceux qui divergent sur les analyses.
    Une belle contribution à la réflexion et à l’action

    Edouard SCHOENE Le 25 août 2015 à 18:32
  •  
  • « Or vouloir agir à l’intérieur d’un système n’est pas plier devant ses "contraintes". »

    Allez donc dire ça à Tsipras !

    Jean-Marie Le 25 août 2015 à 20:53
       
    • ...ou encore aux frondeurs du PS.

      C’est la prédominance de sa foi sur la raison qui entraîne le FdG à sa perte : sa croyance quasi religieuse en un euro de fabrication pourtant capitaliste le rend sourd à toute analyse divergente.

      Ses appels à la discussion ouverte n’en sont que plus désarmants.

      Jean-Marie Le 26 août 2015 à 13:12
  •  
  • Cher Roger, j’apprécie cette intervention qui devrait permettre une réflexion quant à l’Europe et à toutes les formes de nationalisme même les moins visibles.
    Quant à la Grece, je pense que l’Histoire n’est pas close et que Tsipras et les forces progressistes Grecques ont plus encore besoin de soutiens solidaires.
    J’ai découvert ce joli mot d’ordre cet été auprès de jeunes activistes : "il faut construire des ponts et pas des murs ..." Plein d’espoir, non ?
    Amities

    Ty Py Le 25 août 2015 à 21:39
  •  
  • Article très intéressant, en effet, et puis il y a cette incise discrète :

    « Si la nation politique a un avenir »

    Est-elle purement réthorique ? Ou plutôt l’aveu de la possibilité d’un échec ? Certains antigestionnaires, face au problème financier, proposent très sérieusement de supprimer la monnaie. Quid de cette notion de nation ?

    Gracchus Le 26 août 2015 à 06:41
  •  
  • L argumentaire politique de Jacques Sapir est certes dangereux , mais son analyse économique et ses propositions de sortie de la zone euro sont à examiner en toute honnêteté intellectuelle. Laurent Joffrin et Barbier s ’appuient sur la dérive politique de Sapir pour rendre la gauche "radicale " responsable de la progression du FN. Nous ne pouvons à notre tour reprendre le même argumentaire.

    J ajoute que les dernières conquêtes encore existantes du mouvement ouvrier sont aussi préservés dans les cadres nationaux et quelles n ’ont jamais été transposées au niveau européen ( sécu, statut du fonctionnaire etc..) L’ échelle nationale reste un cadre de luttes possibles. A contrario expliquer aux chomeurs dans nos quartiers que leur situation s’améliorera quand " l europe" aura interdit le dumping social me semble être le meilleur moyen de les précipiter dans les bras du FN .
    Nous ne pouvons pas nous ( la gauche de transformation sociale) éviter de débattre , à l’aune de l ’expérience tragique de nos amis Grecs, d ’une possible nécessité de sortir de cette Europe des marchandises, capitaliste et mortifère.

    ledru Le 26 août 2015 à 07:24
  •  
  • Une lecture plus attentive des multiples contributions de Frédéric Lordon (pour ne citer que lui) aurait pu dispenser l’auteur de cette analyse de le caricaturer en le citant de façon plus que tronquée. Confondre souveraineté nationale, c’est-à-dire souveraineté populaire et nationalisme revient à pratiquer un amalgame regrettable. L’Histoire nous montre que toutes les luttes de classe revêtent toujours, au départ, un aspect local ou parcellaire quand il s’agit de simples "revendications". Allez expliquer l’internationalisme en ce moment, auprès de milliers et de milliers de citoyens français qui n’arrivent même plus à se soigner ! Ce texte rebat les oreilles de l’antienne du Grand Moment Social Synchronisé. A ce compte-là, on peut attendre encore longtemps...Qu’il faille que le champ des luttes prenne une dimension internationale et qu’il faille s’en donner les moyens, qui, dans le camp de la transformation sociale, le contesterait ? Dans le cas grec, la question doit se poser : le projet de Tsipras et de Syriza pouvait-il se concrétiser dans le cadre de cette Europe-là, tellement cadenassée par les traités constitutionnalisés, coulés dans un airain inflexible dont l’Euro est le bras armé et voulu comme tel ? L’Euro a été pensé dans le cadre d’une Europe qui ne laisse aucune possibilité d’instaurer une politique progressiste, ce qu’à sa façon, cynique mais au moins franche, a rappelé un Jean-Claude Juncker. Le résultat issu de cet épisode grec, dramatique, est déjà une réponse. Ne pas avoir voulu penser, préparer un programme, un processus de transition, paraît inouï. Penser et agir localement n’exclut absolument pas d’avoir une visée qualitativement plus large, bien au contraire.

    Babeuf

    Babeuf Le 26 août 2015 à 07:33
       
    • Bravo, je suis tout à fait d’accord avec vous.

      L’indépendant Le 29 août 2015 à 11:48
  •  
  • Le dégrisement n’est pas d’actualité ... c’est bien dommage.

    Yassine Le 26 août 2015 à 11:31
  •  
  • « Ou bien la mise en commun s’amorce, de façon coordonnée, à toutes les échelles spatiales, ou bien le dynamique historique restera aux forces dominantes d’aujourd’hui. Sur la base de cette conviction, il n’y a ni solution courte ni formule magique pour l’alternative ». Si l’on peut partager cette conclusion, on peut ne pas partager l’analyse globale de l’auteur qui comme un certain nombre de membres de la gauche « dite radicale » considèrent l’arme de la sortie de l’euro comme un crime de lèse-majesté. Point de salut en dehors de l’euro comme si l’Europe des nations et des peuples n’étaient qu’une vue de l’esprit. Cette Europe, d’ailleurs, se réduisant à sa simple expression, celle de l’euro faisant fi l’Union européenne si ce n’est de l’Europe géographique, celle de l’Atlantique à l’Oural.

    Beaucoup admettent que les luttes ne sont pas à la hauteur des enjeux. À partir de là, soit l’on croit à la chimère des lendemains qui chantent ou soit l’on met la main à la pâte pour commencer à faire bouger les lignes. Le piège dans lequel nous risquons d’être enfermé est de laisser croire à la pertinence du slogan social-libéral l’euro = l’Europe et serait une fin en soi. Par manque de crédibilité, de forces engagées ou de résultats électoraux, nous avons perdu en partie la bataille des idées. Nous ne sommes plus en capacité de résoudre cette équation. Il serait erroné de croire tout simplement que les forces existent, mais pas leur capacité à se rassembler. Cette affirmation, si elle peut satisfaire notre analyse est très loin de se traduire dans la réalité : il suffirait que... Sinon le FDG ne serait pas dans cet état de délabrement, tout juste bon à jouer les rabatteurs pour le compte du PS aux seconds tours.

    La Grèce vient de nous de fournir un excellent exemple de ce qui ne fallait pas faire si l’on ne veut pas se faire avaler tout cru par l’ogre de la finance. Les dissensions parmi les membres d Syriza ne sont pas de pure forme, mais bien des questions de fond. Face à ce dilemme, soit on reste l’arme au pied en attendant des jours meilleurs en espérant, qu’un jour, demain ou près demain, il y aura une prise de conscience, un déclic ou bien, on essaie de mettre un coin dans le bon ordonnancement de la machine euro. Cela se passe, à notre niveau d’abord par des actes dans notre sphère de compétences et là ou ce n’est le peut être pas le plus facile, mais le plus proche, c’est-à-dire sur notre territoire.

    Un des enseignements de la défaite de Syriza et de Stipras, d’aucuns pensent trahison, ce qui me paraît un peu fort à ce stade, est d’avoir pensé qu’il pouvait pendre la forteresse Euro avec seulement quelques arbalètes alors que les défenseurs de cette forteresse avaient eux-autres des canons et des fusils. La bataille était perdue d’avance. Preuve en est que ce n’était pas la meilleure méthode. Quel que soit l’élu de demain, il ne fera qu’appliquer, avec zèle ou pas, les directives de la troïka.

    « Or, vouloir agir à l’intérieur d’un système n’est pas plier devant ses "contraintes ». La bataille de l’intérieur est certainement nécessaire, si ce n’est indispensable, mais elle est très loin d’être suffisante, car elle contribue soit à épuiser les combattants ou à les retourner. On pourrait citer l’ineffable R Hue... C’est ce qui risque malheureusement de se produire en Grèce. On le voit aussi souvent dans les territoires géré avec la sociale-démocratie. 

    Penser et agir localement n’exclut absolument pas d’avoir une visée qualitativement plus large , bien au contraire. Nous avons aussi le devoir de produire du rêve et de l’espoir. C’est tout le contraire qui se produit. La radicalité est vécue comme une résignation aux forces de l’argent.

    JC Rodriguez Le 26 août 2015 à 14:34
  •  
  • Je ne vous le cache pas, l’article me met très en colère.
    C’est très exactement le genre d’article, bien fait pour entretenir la situation actuelle. Ainsi, pendant que les bonnes âmes des lecteurs se perdent en considération et conjoncture sur l’avenir de l’union. Le peuple grecque continue d’être martyrisé et l’europe du sud, de se désindustrialisé.

    Tout d’abord, vous savez pertinemment que le citoyen Français et européen n’a pas prise sur les décisions prétendument prises en son nom. Vous savez également, que les mouvements sociaux ont été gangréné jusqu’à la moelle et que rien n’en sortira jamais, aussi bien en France que partout ailleurs. Cette assertion mériterait d’être développé. Mais enfin ! Il n’y a qu’à se baisser pour en ramasser les exemples !

    Quand à votre proposition d’initier un vaste mouvement populaire trans-nationale afin de changer d’europe : laisser moi dire ce qu’en j’en pense en un mot : "bullshit" ou "connerie" pour les francophiles. Cela fait des décennies qu’on nous sert cette soupe sans qu’il y ait le moindre début d’un soupçon de commencement conséquent. Et ce pour une raison indépassable sur lequel vous passés rapidement et avec malhonnêteté. Il n’y a pas de nation européenne constituée.

    Et que dire du fait de brandir le menace du FN et d’un retour aux frontières avec mirradors et barbelés ... Cet amalgame pour débile-léger est honteux.

    Val Le 27 août 2015 à 09:37
       
    • Total accord avec votre agacement. Dormez tranquilles braves gens, et surtout TINA !

      Mac Cullers Le 27 août 2015 à 17:21
  •  
  • Comme toujours, réflexion ample et solide, qui retient l’attention.
    Néanmoins, je préférerais nettement coopération, terme pro actif d’adhésion autour d’un projet partagé, en lieu et place d’une simple "mise en commun" ou d’une "interdépendance", par nature subie.
    Par ailleurs, la mondialisation me semble demeurer la nouvelle frontière du libéralisme (comme précédemment et successivement les sinistres commerce triangulaire, colonialisme et néocolonialisme contre les Indépendances) pour briser toutes les formes d’initiatives inter-nationales, par nature plus politiques, donc plus démocratiques pour ce qui nous concerne, visant à réguler, sans parler d’encadrer de nouveau, un marché sans foi ni loi, naturellement porté à l’exploitation maximum (sociale et écologique) pour des profits privés maximums.
    Assurément, les délires sapiriens blanchissant (si j’ose dire) le FN pour en faire le carburant ou le moteur d’une sortie de l’UE sont à l’inverse de tout projet de coopération internationale et contraire aux valeurs internationalistes et de progrès de la Gauche Radicale en France et en Europe.
    Bien sûr, ce qui précède pourrait aussi être qualifié de redite, mais quand les vents mauvais de l’Histoire décoiffent par trop, pouvoir s’arrimer à quelques invariants solides peut être salvateur.

    Jacky RIHOUEY Le 27 août 2015 à 11:27
       
    • Cher Monsieur, en quoi une solution de type "sortie" serait-elle contraire aux valeurs de la gauche radicale ?
      Vraiment j’aimerai que l’on me l’explique très concrètement et très basiquement. C’est pour moi un mystère ...

      Val Le 28 août 2015 à 11:36
  •  
  • Vous pouvez hésiter encore longtemps : sortir ou ne pas sortir de l’EUROpe ? Vous pouvez considérer qu’il est normal que les luttes sociales soient initiées dans les états en attendant une hypothétique européanisation et une improbable mondialisation. Vous pouvez estimer qu’il faut initier la lutte par un mouvement international qui sera ensuite décliné dans chaque état. Vous pouvez appeler de vos vœux et de vos cris « un projet, une méthode » et vous efforcer de les partager. Vous pouvez crier au loup quand les gens se « précipitent dans les bras du FN ».
    L’important n’est pas là.
    Il faut d’abord proposer une analyse digne de ce nom (de la situation économique et politique autant que de toutes les forces en présence), en définir une véritable vision politique, décliner un programme d’actions, définir les moyens pour appliquer ce programme et s’organiser pour obtenir ces moyens.
    Qu’on le veuille ou non, cela s’appelle idéologie, manifeste et parti. C’est ça qu’il faut remettre à plat.
    Il faut recommencer, encore et toujours, car nous avons perdu 150 ans !
    Le reste est vain, rien n’en sortira.

    Alain Le 27 août 2015 à 11:46
  •  
  • Le poète a écrit, « il n’y a pas de modèle pour qui cherche ce qu’il n’a jamais vu ». Nous ne partons pas du néant, fussent-elles perfectibles, les analyses des avancées et des échecs internationaux, les expériences sociales, les connaissances scientifiques des évolutions du monde sont disponibles. La complexité de la tâche réside dans leur structuration et leur mise en cohérence. Dialectique et coopération, la prise en compte de tous les phénomènes est l’art de la solidarité internationale. Hyper-brutal, le capitalisme détruit l’humain. Les jeunes générations cherchent à s’en dégager. L’alternative au « néo-libéralisme européiste otanisée » se crédibilise dans les actes. La Grèce le confirme, la route du changement est bordée de « bien plus d’épines que de roses ». D’ailleurs, l’inédite « transformation sociale, démocratique et écologique » suscite un engouement mesuré. En effet, « ne s’agit-il pas de créer le rapport de forces susceptible d’ouvrir le proccessus de la Révolution libératrice ? » Cet objectif suppose beaucoup d’humilité, d’effort et de pugnacité.

    Louis Aminot Le 27 août 2015 à 12:13
  •  
  • Un article que ne renierait pas le MEDEF sous certains aspects. Ce dénigrement de la nation est particulièrement irréaliste. Si l’on croit que l’on pourra efficacement combattre l’ultra-libéralisme au niveau européen, on se fiche le doigt dans l’oeil. Il suffit de se rendre compte que les frontières commerciales de l’UE sont de véritables passoires et que la technocratie bruxelloise négocie actuellement le sinistre Tafta avec les USA. Alors, hors de l’Europe, point de salut ? Si ! Le salut résidera dans le retour à l’indépendance nationale, car l’indépendance c’est la liberté et le refus de la mise sous tutelle. Quant à l’argument mélangeant doctrine souverainiste et nationalisme d’extrême-droite, c’est réducteur et... affligeant.

    L’indépendant Le 29 août 2015 à 11:56
  •  
  • Pour répondre à M. Filippi, je voudrais dire que je n’ai pas vraiment trouvé que cet article soit une "fête de l’intelligence" comme il en a fait la remarque dans une réponse qui semble avoir été effacée (ce que je regrette grandement).
    Je ne crois pas non plus qu’il y ait tant d’"intello fumeux" ou de "donneurs de leçons". Je pense que les gens répondent avec leur cœur en fonction de leur réflexion.
    Pour ma part, dans tous ces échanges, je ne vois qu’une répétition incessante de l’histoire. Nous en sommes toujours à pinailler sur des détails. Et finalement ça n’avance jamais. Nous recommençons éternellement les mêmes divisions. Celles qui existent depuis la Première internationale (au 19ème siècle !).
    De plus, Internet n’est pas l’endroit idéal pour une discussion sereine.
    Mais de manière générale, la gauche a un vrai problème : au lieu de laisser les gens réfléchir et partir dans des directions différentes puis d’en faire la synthèse, il faut toujours qu’elle laisse les gens s’invectiver, s’insulter, se renier pour défendre leurs idées sans objectif d’unité .
    Dans ce blog, quelqu’un a dit "Hyper-brutal, le capitalisme détruit l’humain. Les jeunes générations cherchent à s’en dégager. " oui mais de comment ? La réponse est claire :
    1) je creuse mon sillon en écrasant ce qui se trouve sur mon chemin.
    2) je cultive mon jardin en croyant "appliquer" Voltaire alors que c’est tout l’inverse.
    Synthèse : individualisme !
    Vous aurez deviné, je suis très pessimiste et - n’ayant pas le bagage intellectuel suffisant - je me contente d’attendre, comme disait le poète : "pourvu que nous vienne un homme"...
    En disant cela j’ai honte, cela renie la vie militante de mes parents qui ont lutté contre le fascisme italien et espagnol puis contre le nazisme.
    Et pour finir en apothéose qui fera rire ou consternera, je me conterai de me répéter : "idéologie, manifeste et parti, sans cela tout sera vain !". Cela ne veut pas dire que l’on oublie le travail fabuleux de toutes les associations locales, Amap et autres qui luttent jour après jour.
    Et n’oubliez pas que que pour réussir il suffit de résoudre l’équation suivante :
    Marx + désir - travail = Humain
    Marx parce que vous pouvez jeter les autres, ils sont inutiles
    Désir parce sans lui, l’Homme n’est rien (et qu’il est absent de Marx)
    Travail parce que NOUS NE SOMMES PAS FAIT POUR LE TRAVAIL !
    Je ne suis pas un intello fumeux donneur de leçon et, pour vous éviter de trouvez 10 000 qualificatifs inappropriés, voilà ce que je pense être : un Homme.

    Alain Le 29 août 2015 à 13:57
       
    • En fait si, nous sommes fait pour le travail, le travail c’est ce qui produit du lien social. Par contre nous ne sommes pas fait pour l’exploitation de notre travail. Et puis par ailleurs, "L’émancipation des travailleurs sera l’oeuvre des travailleurs eux-même."
      Et pour cela, nous n’avons besoin ni de syndicats réformistes, ni de parti politique englué dans des considérations politiciennes, seulement de soviets ( comités ) de quartiers ou d’usine. Il y a déjà suffisamment de structure ( Amap, collectif de sans-papiers, DAL, collectif contre les expulsions ... ) où on peut avoir une action concrète et réelle loin des pinaillages sur des détails.

      karl Le 1er septembre 2015 à 23:25
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  • J ai lu le lien"conviction désastreuse de jacques Sapir",et je ne l ai pas trouvé désastreuse du tout,car elle ne correspond pas à ce qu en pense Roger Martelli."la gauche et la droite confondues"
    La gauche et la droite confondues,c est ce qui se passe actuellement,un peu partout en Europe.En France,c est la fausse gauche qui mène une politique qui,malgré une apparente opposition de la droite parlementaire(que voulez vous,il faut bien faire semblant et tenter d exister)reçoit son aval en sous main.
    En Allemagne,c est l inverse,mais plus clair,avec une cogestion SPD/CDU dominée par cette dernière.
    La vision de Sapir,sur les rapprochements possibles Chevènement/Dupont Aignan,n a rien à voir avec ça.Il s agit,en fait,d unir les opposants à l hégémonie libérale ,en Europe et au delà,sur des objectifs PRÉCIS de riposte à cette hégémonie.
    Qui osera affirmer que,face aux ravages causés par le libéralisme,une telle union serait désastreuse ?

    HLB Le 30 août 2015 à 22:16
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  • Il est clair que cette aventure grecque va permettre de clarifier la situation. Il y a deux gauches : non pas les "radicaux" contre les "modérés" ; mais les internationalistes révolutionnaires auxquels la nation fait horreur, et les républicains de gauche qui pensent que toute révolution est une lutte d’indépendance.
    Les premiers ont une communauté de pensée avec la sociale démocratie fédéraliste, les autres sont prêts à des alliances avec la droite souverainiste gaulliste.
    Bref, le temps est venu du divorce au sein de la gauche "radicale".

    Coma81 Le 1er septembre 2015 à 00:25
       
    • Il y a surtout une gauche qui a peur du peuple et se pose en avant-garde éclairée, et une autre qui fait confiance à la souveraineté populaire.

      karl Le 1er septembre 2015 à 23:38
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  • dixit Martelli : "Or vouloir agir à l’intérieur d’un système n’est pas plier devant ses "contraintes".

    L’analyse fait précisément l’impasse pour justifier la poursuite d’une politique fumeuse d’une "autre Europe", de l’"Europe sociale" alors que la récente crise grecque est la preuve précisément que de l’intérieur c’est impossible : soit vous restez dedans et alors vous capitulez OU BIEN il faut sortir (condition nécessaire mais non suffisante) pour commencer à jeter les bases d’une autre politique au service du peuple.

    Car il n’y a pas eu le début d’une négociation entre le gouvernement grec et les instances européennes mais la mise en œuvre d’une entreprise visant à la capitulation pure et simple.
    Ce qui est advenu faute du courage politique de rompre avec l’UE et l’euro.
    Ce qu’exprime d’une autre manière un Juncker en affirmant qu "il n’y a pas de démocratie contre les traités".

    Et l’argument sur le danger du repli national est un argument pipé contre ceux qui veulent sortir de l’euro "par la gauche" en masquant le fait fondamental que la souveraineté populaire se confond d’une certaine manière avec la souveraineté nationale.
    Rompre avec le carcan de l’UE et ses principes fondamentaux de mise en concurrence des travailleurs et des états pour fonder l’activité économique, la diplomatie ... sur des principes de coopération et d’avantages mutuels dans le respect de l’indépendance de décision des partenaires européens ... et dans le monde.
    Le repli c’est dans l’intégration du giron occidental et dans les stratégies de domination et de confrontations armées pour préserver cette domination qu’il se trouve.
    Un occident inquiet de perdre son hégémonie et prêt à semer le chaos comme on a pu le constater en Libye, en Irak, en Syrie, en Ukraine.
    Avec le soutien appuyé et honteux de l’Union européenne.
    Rompre résolument pour retrouver une liberté d’intervention en Europe et dans le monde voilà un objectif autrement exaltant et réaliste que la poursuite du mirage trompeur et démobilisateur d’une "autre Europe".
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    Mais j’ai déjà été assez long .

    Gilbert Rodriguez

    Gilbert Rodriguez Le 1er septembre 2015 à 22:05
       
    • J’approuve.
      Non seulement sortir de l’euro, mais aussi de l’Europe et de l’OTAN. Et dénoncer tout les accords et traités qui pourraient encore nous lier à l’hégémonie capitaliste.

      karl Le 1er septembre 2015 à 23:44
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  • La thèse est irréaliste en effet et de principe plus que de réalité. Il n’y a pas d’état européen, mais il y a des états-nations, donc des leviers nationaux atteignables pour détruire comme pour construire (chacun a sa sécurité sociale par exemple avec son histoire spécifique et du coup sa structure nationale, issue du CNR pour la France, inventée par Bismark pour l’autre). Ce sont ces différences qui rendent la construction d’une révolte unique impossible .

    Sans amoindrissement de la démocratie (Chine), je ne vois pas comment l’Europe, ce grand ensemble, pourrait dépasser le plus petit dénominateur commun : les relations commerciales comme dans la fondation des USA . L’euro ne peut-être qu’une monnaie des échanges capitalistes, une monnaie de classe.

    Par ailleurs les élites parlent la même langue du profit : l’anglais commercial, pas les peuples qui devraient dépasser les barrières de la langue, des cultures...

    Pourquoi les français ne peuvent -ils imaginer une confédération de chaque nation avec son propre temps des luttes nationales sans aussitôt la ramener au repli identitaire qui d’ailleurs touche l’Europe forteresse pourtant pas nationale

    lasbleiz Le 2 septembre 2015 à 00:58
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  • Grèce : pourquoi Syriza risque la défaite - Romaric Godin dans La Tribune. Extrait :

    (...) Après six mois de discussions avec les créanciers, le gouvernement Tsipras n’est pas parvenu à tenir son pari d’en finir avec l’austérité dans la zone euro. L’économie grecque a été mise à rude épreuve à partir de fin juin lorsqu’a été établi le contrôle des capitaux. Le pays est épuisé et tente de retrouver une certaine normalité. Même si ce mémorandum va entretenir la récession, il est logique que les Grecs ne soient guère tentés par un nouveau bras de fer. Le moment historique est passé et beaucoup seront sans doute tentés par l’abstention ou le vote blanc plus que par le vote protestataire.

    Du reste, en signant le troisième mémorandum, Alexis Tsipras a désarmé le vote anti-austéritaire qui avait été majoritaire trois fois depuis 2012. Les deux partis de sa coalition gouvernementale, Syriza et les Grecs Indépendants (ANEL), sont passés dans le camp d’en face. Dès lors, pour la première fois depuis 2012, les créanciers sont sereins avant les élections du 20 septembre, ils savent que le mémorandum sera, pour la première fois majoritaire. Aussi n’ont-ils pas, cette fois, à donner de consignes de vote. La démocratie grecque a été « neutralisée. » (...)

    Coma81 Le 3 septembre 2015 à 22:07
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  • Lordon défend l’idée qu’il n’y a pas de démocratie sans souveraineté, ni de souveraineté sans périmètre sur lequel s’exerce les décisions démocratiques. Il développe en disant que c’est ce périmètre qui s’appelle Nation. Qu’il n’existe aujourd’hui pas de nation européenne est une évidence ; le seul cadre démocratique existant est donc bien celui de la nation française.
    On peut souhaiter l’avènement d’une nation européenne a plus ou moins long terme ; c’est à dire d’un espace de décision démocratique à l’échelle européenne mais le chemin pour y parvenir ne passe pas - c’est certain - par la disparition aujourd,hui de la nation française. Lordon rappelle au passage que le prix à payer pour la constitution des nations actuelles a été faramineux et qu’il n’y a pas de raison de penser que la constitution d’une nation européenne se fasse sans grands et cruels conflits. La seule Europe possible aujourd’hui est une Europe des nations, une Europe des projets inter-nationaux ; une Europe inter-nationaliste (!) . Voilà ce que me semble dire Lordon et je ne comprend pas qu’on puisse débattre des heures sur ces questions. Et si on en vient à parler de la maîtrise monétaire la question devient encore plus claire. Il faut nous battre pour une Europe des nations, éventuellement pour une monnaie commune - pourquoi pas - mais qui permette le flottement des monnaies nationales en fonctions des décisions de leurs gouvernements démocratiquement élus.

    Mickey cruel Le 8 septembre 2015 à 09:27
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