Accueil > Politique | Par Roger Martelli | 29 septembre 2016

Mélenchon et le "récit national"

Jean-Luc Mélenchon veut relever le gant de l’identité nationale. Ce débat est l’apanage d’une droite radicalisée. Il faut en prendre acte, non pour débattre avec elle, mais pour récuser son parti pris. Sous peine de perdre, dans l’engrenage, plus que le doigt.

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En 2007, le président de la République élu depuis peu, Nicolas Sarkozy, a décidé qu’il y avait urgence à débattre de "l’identité française". Il ne l’a pas voulu par hasard. Officiellement, il le faisait pour faire pièce au Front national. « Je ne veux pas, disait-il dès mars 2007, avant même son élection, laisser le monopole de la nation à l’extrême droite. Je veux parler de la nation française, parce que je n’accepte pas l’image qu’en donne Jean-Marie Le Pen. »

Un débat frelaté

En fait, le débat sur l’identité française n’a été rien d’autre qu’un pivot de recoupement pour la droite parlementaire et l’extrême droite, autour de la peur du chaos culturel et de l’identité menacée. Elle était une manière de dire qu’il fallait choisir entre l’intégration vertueuse par l’ordre et la tradition d’un côté et, de l’autre côté, l’éparpillement culturel, source de faiblesse et de déclin national. Parler de l’identité française, c’était introduire et imposer une vision plus présentable et plus populaire de la thématique générale de l’identité et de la peur de ne plus être chez soi qui, depuis près de trente ans, sont le terreau symbolique du Front national.

À l’époque, la tentative officielle a fait fiasco. Elle ne manquait pourtant pas de soutiens dans le monde intellectuel. Par exemple, Dominique Schnapper, qui est connue pour ses travaux sur la "nation citoyenne", a jugé très sain le regain d’intérêt pour le fait national. Elle y voyait une réponse naturelle aux incertitudes provoquées tout à la fois par les déboires de la construction européenne, les désordres de la mondialisation et ce qu’elle appelait « les excès de la démocratie extrême ». L’identification nationale était ainsi, pour elle, un remède au mal-être de citoyens déboussolés dans une démocratie sans autorité. Quand on ne sait plus très bien où va le monde, il reste les ressources rassurantes de l’ancrage national et la certitude que le collectif des nationaux s’appuie bien sur une identité multiséculaire.

En 2007-2008, une grande part de l’intelligentsia française n’est pas tombée dans le piège. Parce que la plupart des chercheurs savent que le discours sur l’identité est un piège. Il est vrai que la droite n’a pas toujours eu le monopole absolu de cette thématique. La IIIe République, modérée ou radicale, a été tentée par la production d’un "récit national" vantant les mérites de la belle terre de France. En ces temps-là, la France était un empire colonial et rêvait passionnément à la "Revanche" contre le Prussien détesté et spoliateur. Or la base de cet "esprit national" était redoutable par ses ambiguïtés.

"L’identité française" n’existe pas

Bien loin de la matrice "citoyenne", le discours officiel sur l’identité s’appuyait avant tout sur la naturalisation proposée par le grand géographe de l’époque, Paul Vidal de la Blache. L’enracinement dans le sol, expliquait-il, fonde l’identité du pays, lui assure son « caractère original d’ancienneté et de continuité » et l’ancre dans « des habitudes transmises et entretenues sur les lieux où elles avaient pris naissance ». En sommes-nous si loin ? Aujourd’hui, Alain Finkielkraut cite avec délectation Maurice Barrès, « l’homme de la terre et des morts », Christophe Guilluy prône le retour au « village » et Jean-Claude Michéa supplie le peuple de revenir aux valeurs traditionnelles d’appartenance en abandonnant le « cosmopolitisme bourgeois ».

Voilà bien longtemps que la recherche libre éloigne le regard de ces simplifications. Quand, voici quelques décennies, Fernand Braudel consacrait trois volumes à traiter de L’Identité de la France, il confessait lui-même que le mot d’identité « n’a cessé des années durant de le tourmenter ». Quelque temps plus tard, Claude Lévi-Strauss préfaçait la publication d’un séminaire sur L’Identité en expliquant sereinement que celle-ci n’était pour lui qu’une « sorte de foyer virtuel, auquel on doit se réfère pour expliquer certaines choses, mais qui n’a pas d’existence réelle ». En bref, pour reprendre l’expression d’un sociologue américain, Roger Brubaker, « si l’identité est partout, elle n’est nulle part ».

L’histoire connaît des "communautés imaginées" que l’on a pris l’habitude d’appeler des nations. Ces imaginaires nationaux – un imaginaire n’est pas une illusion – produisent de la mémoire, des mythes et des récits. Ils suscitent de l’identification, des sentiments d’appartenance, de la passion souvent. Ils nourrissent des patriotismes ouverts ou des nationalismes d’exclusion. Ils ne débouchent jamais sur "une" identité, ni sur "un" récit national. Il fut un temps où l’on s’attachait à énoncer la définition parfaite de la nation, ou bien l’on recherchait les "caractères" ou les "composantes" de tel ou tel cadre national.

Effort inutile… Il n’y a pas une conception de la nation mais plusieurs, non pas un modèle de construction nationale mais une pluralité. Même la "nation citoyenne", dont on fait parfois l’essence d’une identification nationale "à la française", est un imaginaire conflictuel. Où va-t-on la situer, de fait ? Dans la conception de l’abbé Sieyès, qui ne veut surtout pas que la souveraineté nationale soit directement une souveraineté populaire ? Dans la démocratie mandataire des sans-culottes, qui se défie de la représentation ? Dans la centralité de la Convention jacobine, fondée d’abord sur la vertu des représentants ? Dans la culture républicaine des "opportunistes" et des "radicaux", qui fait du canon républicain et de l’exaltation des classes moyennes l’antidote à la lutte des classes ? Dans une logique bonapartiste, qui veut concilier l’héritage de 1789, la rigoureuse centralisation monarchique et une incarnation du pouvoir supposée plus efficace que la médiation traditionnelle des notables ?

L’histoire est continuité et transmission. Elle est aussi rupture et réinterprétation. Ce n’est pas le patrimoine frileux des rentiers, mais la création volontaire des hommes. Les individus et les groupes s’y inscrivent, mais ils ne s’y soumettent pas. C’est en cela que le débat sur l’identité est un piège et que rien n’est plus urgent que de s’en sortir.

Il y a nation et nation…

Encore faut-il d’abord ne pas se tromper de débat. Toute référence à la nation ne relève pas du nationalisme. Toute référence à la souveraineté ne recèle pas du souverainisme. Toute référence à l’identité ne débouche pas sur le délire identitaire.

En France, il n’y a pas deux, mais au moins trois conceptions de la nation. La "nation-race" ou la "nation-ethnie" font de la filiation biologique (le droit du sang) le socle de la continuité nationale, qui établit une barrière simple entre le national et l’étranger, entre eux et nous. La "nation État" fait de l’État et de ceux qui l’incarnent les vecteurs principaux de la continuité nationale. C’est la France éternelle, celle des rois et des exécutifs ; pour elle, l’intérêt, la puissance et la raison d’État importent plus que tout et, partant, l’ordre et l’autorité monarchiques ou républicains. La "nation peuple", enfin, met l’esprit de la nation dans la mise en commun politique de ceux qui la composent. Sa légitimité est moins dans son histoire que dans la participation de chacun à la décision et dans le libre déploiement des droits. Entre la nation-race et la nation-peuple, il y a une muraille infranchissable. Il n’y en a pas toujours eu historiquement entre la nation-État et la nation-peuple. Mais si la nation État a pu et peut séduire des gens de gauche (le Chevènement de la grande époque…), elle est d’abord le propre des pensées de droite. Tout comme "l’ordre républicain" », dès l’instant où il est absolutisé, se trouve comme irréversiblement porté vers la conservation de "l’ordre établi".

Quand des points de vue se discutent, ils doivent l’être à partir de ce qui est dit et non de ce qui est supposé être dit. Les propos récents de Jean-Luc Mélenchon ont suscité la polémique, y compris à gauche. Le problème est que ladite polémique n’a pas toujours porté sur les termes exacts employés. Ils sont les suivants : « Moi, je ne veux pas d’une ethnicisation gauloise du débat. Mais oui, je dis que nous sommes les filles et les fils des Lumières et de la grande Révolution. À partir du moment où l’on est français, on adopte le récit national ». Les faux procès sont donc ici hors de propos. Jean-Luc Mélenchon n’est pas plus nationaliste ou souverainiste, en tenant ces propos, que ne l’était le Jaurès de L’Histoire socialiste de la Révolution française et de L’Armée nouvelle. Pas plus que le Maurice Thorez de 1934-1939 qui voulait réconcilier le drapeau rouge et le drapeau tricolore, la Marseillaise et L’Internationale.

Cela ne signifie pas que son discours emporte l’adhésion sans réserve. On peut ainsi discuter sereinement de sa référence à un "récit national". Le territoire français a une histoire longue et plurielle, qui l’a doté d’une mosaïque culturelle impressionnante décourageant tout simplisme de l’identité. L’histoire révolutionnaire, elle, a installé les bases d’un consensus majoritaire possible autour de la trilogie républicaine. Mais ce consensus est toujours partiel, évolutif, objets de lutte de long souffle où se décident, de fait, les bases structurelles, économiques, sociales, politiques et culturelles d’existence d’une nation. Tout "récit national" est ainsi voué à l’instabilité, à l’obsolescence, à la pente doctrinaire, au "catéchisme national" que suggère par exemple un François Fillon.

Échapper au "roman national" de la droite pour tomber dans le catéchisme, même républicain : en quoi la démocratie y serait-elle gagnante ? De nos jours la citoyenneté n’a pas besoin de vulgate plus ou moins historienne, mais de visions critiques et plurielles de l’histoire, attentives tout autant aux ruptures qu’aux continuités, aux discordes qu’aux consensus possibles, aux possibles refoulés de l’émancipation tout autant qu’aux contraintes de l’ordre social préservé. Quelle que soit l’origine qui est la nôtre, nous ne "sommes" pas français : nous le "devenons", en assimilant de façon critique l’histoire d’un territoire qui est spécifique, mais en aucun cas exceptionnel et à part. Et, plus encore que dans un rapport au passé, nous le devenons en forgeant ensemble un avenir commun. Nous devrions alors nous atteler à donner chair à un grand récit émancipateur, davantage que dans un récit formaté, tourné vers le passé et qui nous serait imposé.

Une question stratégique

Là n’est pourtant pas l’essentiel du débat nécessaire à gauche. Il est d’ordre stratégique. Le point de départ est dans un constat : l’extrême droite est au cœur du débat contemporain. Elle a imposé sa thématique de l’identité et l’a cristallisée dans la formule redoutable du « nous ne sommes plus chez nous ». Elle a fait du "populisme" le vecteur de mobilisations larges et ouvertement rétrogrades. Une hypothèse est énoncée dès lors : pour battre l’extrême droite, il n’y a désormais pas d’autre solution que de prendre à bras-le-corps la question de l’identité et de lui disputer le terrain de la nation et de la souveraineté. En bref, pour reprendre l’expression de Chantal Mouffe, discutée ici-même, il faut objecter un "populisme de gauche" au "populisme de droite".

[Lire aussi : "Penser le populisme"]

Cette hypothèse me paraît inopérante et même dangereuse à terme. La droite l’a expérimentée à sa manière, autour de 2007. Elle a durci son discours pour contrer l’expansion du Front national ; en fin de compte, elle l’a légitimée. Nicolas Sarkozy a pensé non sans raisons que son "libéral-populisme" installerait durablement son hégémonie à droite. En fait, il a servi de tremplin à la banalisation du socle identitaire prôné par l’extrême droite. Or les mésaventures sarkozyennes pourraient bien advenir à d’autres courants, à d’autres options stratégiques, fussent-elles aux antipodes des siennes. Si le problème principal de la France tient à ce que « nous ne sommes plus chez nous », si la conflictualité se condense dans l’opposition du "eux" et "nous", comment éviter la possibilité obsédante d’un engrenage identitaire ? On peut certes s’arc-bouter sur une définition du "eux" qui renvoie à "l’élite" ou à la société du "haut". Mais quand le haut est peu visible – les circuits financiers – et quand l’élite est incertaine – qui est "privilégié" ? – il est quasiment impossible d’éviter que le eux se fixe sur l’autre, aujourd’hui comme hier l’étranger et plus encore aujourd’hui le musulman ?

Le problème de l’identité est que sa complexité même pousse aux simplifications abusives. Nul individu, nul groupe ne peut s’identifier sans se référer à des réalités collectives et à des symboles préexistants. Mais les identifications qui en résultent sont nécessairement multiples. Chacun se construit dans la combinaison, a priori illimitée, de plusieurs appartenances possibles. Si l’on veut passer des identifications au pluriel à l’identité au singulier, comment éviter la tentation éradicatrice de "l’Un" ? Quand on a du mal à répondre à la question « Qui suis-je ? », n’est-il pas plus tentant de se demander ce que « l’on n’est pas » ? La différence avec autrui l’emporte alors sur ce que l’on a de commun avec lui. L’identité appelle la différence, attise l’esprit d’exclusion et nourrit le fantasme de la frontière.

Vouloir charger l’identité des valeurs de la gauche n’a en soit rien de choquant ni même d’absurde. En pratique, cela relève pourtant de la mission impossible. Pour une raison toute simple : le triomphe culturel de l’identité n’est que le miroir inversé de la défaite de l’égalité. Dès l’instant où l’on admet que le problème cardinal de nos sociétés n’est pas dans l’inégalité qui les ronge, dès l’instant où l’on admet que notre angoisse tient à ce que « nous ne sommes plus chez nous », alors s’impose la conviction que la protection et la frontière sont l’alpha et l’oméga de tout avenir commun.

Nier la prégnance de l’identité, se contenter de l’incantation dénonciatrice, voilà certes qui relève de l’enfantillage. Mais il n’y a pas d’autre voie propulsive, à court et à long terme, que dans le démontage pratique des "évidences" construites par la droite, et d’abord par sa variante extrême. Le cœur du marasme social n’est pas dans la supposée "perte d’identité", mais dans la spirale des inégalités et des discriminations, dans la déliquescence de la démocratie et dans le recul des solidarités que l’on disait naguère de classe. Si les catégories populaires souffrent, c’est parce que le "peuple" est désagrégé, divisé, dépossédé de ses droits, ignoré par la loi, ballotté par la concurrence et dessaisi par la gouvernance.

Il ne s’agit plus alors de disputer à qui que ce soit la nation, mais de refonder la souveraineté populaire, dans le cadre national bien sûr, mais pas seulement ni même avant tout dans un cadre national. C’est à toutes les échelles de territoire que la mise en commun doit prendre le cas sur la concurrence et la souveraineté populaire sur la gouvernance. Il ne s’agit plus alors d’infléchir le sens commun de l’identité, mais de valoriser ouvertement le triptyque indûment passé dans l’ombre, celui de l’égalité, de la citoyenneté et de la solidarité.

C’est, au fond, remettre au cœur du débat public ce qui, au fil des siècles, a poussé la nation française en avant. De 1789 à nos jours, en passant par 1848, 1871, 1936 ou 1968, ce qui a rendu possible l’impulsion populaire, ce ne fut pas l’exaltation de la différence, mais la capacité du peuple à proposer des projets de société qui, en le libérant, pouvaient libérer la société tout entière. Une partie de la gauche critique, alors, n’ignora ni la nation ni la République. Mais elle eut l’intelligence de faire comprendre qu’elles n’avaient de sens et de portée que dans une logique d’émancipation populaire et non dans les recours infructueux à la crispation identitaire et chauvine.

La nation, fût-elle imaginée, est une réalité. Le sentiment national, la culture et l’histoire nationales ont leur épaisseur. Le récit national, lui, est une illusion. Le désir d’identification est consubstantiel de l’existence humaine. Le respect des appartenances est d’autant plus vital que la montée des discriminations le remet en cause de façon massive. Mais dès l’instant où la nation se fige dans un nationalisme de la peur et de l’exclusion, dès l’instant où la quête de l’appartenance se cristallise dans l’obsession de l’identité menacée, dès l’instant où le nous ne trouve plus de ressort que dans la peur de l’autre, le propulsif d’hier devient l’enlisement d’aujourd’hui.

Ce fut la "Sainte Égalité" qui nourrit la dynamique des sans-culottes de la Révolution française, ce fut l’espérance de « la Sociale » qui porta le mouvement ouvrier, ce furent les « lendemains qui chantent » qui imposèrent à partir de 1936 les avancées de l’État providence. L’horizon n’était pas alors du côté de la même société, en un peu mieux ; il était dans celui d’une autre société. Celle que la trilogie républicaine appelait et qui reste à construire.

La logique de "L’humain d’abord" en 2012, celle qui ressort du projet des "Insoumis" aujourd’hui, nous portent vers cette globalité propulsive du projet. La greffer sur les disputes de l’identité et du récit national risque d’en écarter. Et, ainsi, de ne pas rassembler suffisamment…

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  • Lu rapidement cette analyse, que je reprendrai à tête reposée pour mieux encore l’apprécier, la digérer. Mais, oui. En effet :
    « Ce fut la "Sainte Égalité" qui nourrit la dynamique des sans-culottes de la Révolution française, ce fut l’espérance de « la Sociale » qui porta le mouvement ouvrier, ce furent les « lendemains qui chantent » qui imposèrent à partir de 1936 les avancées de l’État providence. L’horizon n’était pas alors du côté de la même société, en un peu mieux ; il était dans celui d’une autre société. Celle que la trilogie républicaine appelait et qui reste à construire.
    La logique de "L’humain d’abord" en 2012, celle qui ressort du projet des "Insoumis" aujourd’hui, nous portent vers cette globalité propulsive du projet. La greffer sur les disputes de l’identité et du récit national risque d’en écarter. Et, ainsi, de ne pas rassembler suffisamment… ».
    Merci Roger !

    Luc QUINTON Le 29 septembre à 16:18
       
    • Il me semble comprendre que c’est précisément ce qui est articulé dans ce passage que Mélenchon appelle (et revendique comme) "récit" national. Son récit est un exposé, pas une récitation, ni une fiction fondatrice.

      Wild ar-Rachid Le 30 septembre à 20:05
  •  
  • Ne pas s’exprimer dans le débat sur l’identité c’est laisser le terrain idéologique aux tenants de la "blanchitude"
    Certains pensent qu’il ne faut mener la lutte idéologique sur cette question essentielle. A mon avis ils se trompent lourdement car il y a une réelle volonté de rejet de tous ceux qui ne sont pas "Gaulois" de la part de la droite et de l’extrême droite. Comment constituer un peuple uni si l’on permet que cette thèse l’emporte ? Débattre avec Sarkozy ? Ceux qui n’ont pas compris la malice de Mélenchon dans cette proposition n’ont peut-être pas saisi le reste de sa déclaration qui mérite tout de même mieux que des sarcasmes.
    Il apparait évident que ce n’est pas qu’avec Sarkozy que le débat est nécessaire sur cette question.

    Francis Le 29 septembre à 17:02
       
    • c’est laisser le terrain idéologique aux tenants de la "blanchitude"

      Si c’est cela qui vous fait peur, il me semble plus utile de partir de la lutte contre le racisme que de vouloir gagner sur le terrain de l’identité. Car, il me semble que Roger Martelli ne dit pas qu’il faille s’abstenir de "s’exprimer dans le débat sur l’identité", mais qu’il faut démonter sa validité dans le débat et les orientations politiques, c’est à dire de s’en servir pour prendre le pouvoir et/ou structurer notre société de citoyen.
      Sur le racisme, il y a, par exemple, cet article : http://revueperiode.net/marxisme-et-theorie-de-la-race-etat-des-lieux/

      Cazueladepolo Le 29 septembre à 17:20
    •  
    • @ Cazueladepolo
      « partir de la lutte contre le racisme que de vouloir gagner sur le terrain de l’identité. »
      La lutte contre le racisme ? Et que croyez-vous que soit cette tentative d’imposer le thème de l’identité lors de présidentielle si ce n’est d’entretenir le climat raciste dans notre pays ?
      Faut-il une nouvelle fois laisser les racistes se déchaîner sans que notre vision de la nation et du peuple soient clairement exposée ? J’aurais tendance à dire : peu importe la forme pourvu que nos thèses soient entendues. Tant pis pour les puristes, ceux que nous voulons toucher ne s’intéressent pas à nos querelles sémantiques.

      Francis Le 29 septembre à 17:39
    •  
    • @Francis

      Votre réponse est parfaitement contradictoire, si « ceux que nous voulons toucher ne s’intéressent pas à nos querelles sémantiques. », alors ils ne chercheront pas à savoir ce que vous mettez derrière les concepts de "nation" ou de "peuple" . En revanche, l’expression "lutte contre le racisme" s’explique d’elle-même.

      De la même manière, si la notion de "nation" connait des interprétations contradictoires (cf l’article), celles d’"égalité", de "citoyenneté" ou de "solidarité" connaissent surtout des divergences de degrès, mais ne peuvent se retourner contre elle-même (ou très difficilement). Et pour me critiquer moi-même, je dirais que la notion de liberté peut se retourner contre elle-même, la preuve aujourd’hui où la liberté des uns dépend de l’exploitation des autres.

      Par ailleurs, je crois, au contraire de vous, que l’ensemble du peuple est capable de faire de la sémantique, c’est à dire simplement de comprendre ce qu’il dit et comment il le dit. C’est le sens de l’éducation populaire, mais aussi de la démocratie. Je crois, en effet, que celle-ci est fondée sur la capacité de chacun de comprendre son monde, pour prendre des décisions.

      Enfin, je réitère qu’il n’est pas question ici de ne pas s’impliquer dans le débat sur l’"identité", mais de montrer qu’il n’est pas, et ne doit pas être, structurant dans notre pays.

      Cazueladepolo Le 29 septembre à 18:39
  •  
  • Tout dabord merci pour vos réponses à la stratégie du "Populisme nationaliste de gauche" qui me semble une impasse, notamment parce que nous sommes un pays impérialiste et non un pays colonisé comme le sont les pays latino-américains d’où est inspirée cette stratégie (et on oublie souvent que ces nationalismes populaires sont aussi possibles grâce au catholicisme version théologie de la libération). Quant au ni droite ni gauche, le sondage 1er tour présidentielle 2012
    Comprendre le vote des Français
    semble invalider cette stratégie (https://www.google.cl/url?sa=t&source=web&rct=j&url=http://www.ipsos.fr/sites/default/files/attachments/rapport_svv_2012_-_23_avril_2012_-_10h.pdf&ved=0ahUKEwjF8ufk6LTPAhUJGZAKHUkxB8cQFggZMAA&usg=AFQjCNFMtTpPVjWrRCz2iklAP580suYAQA&sig2=kMiM9B1s52jKRWqQlyQkeA), il faudrait, au contraire, mobiliser plus largement l’électorat de gauche.

    Cela dit, vous nous dites avec justesse

    Il ne s’agit plus alors d’infléchir le sens commun de l’identité, mais de valoriser ouvertement le triptyque indûment passé dans l’ombre, celui de l’égalité, de la citoyenneté et de la solidarité.

    mais vous oubliez, il me semble, la "valeur" qui a permis (permet ?) aux libéraux de prendre le pouvoir : la liberté. Et pourtant, l’émancipation c’est la conquête de la liberté individuelle et collective. Mais il me semble que cette liberté n’est possible qu’à travers l’égalité, et cette égalité ne peut advenir qu’à travers la liberté (ces termes sont en symbiose et non en contradiction comme le disent les libéraux et, si je me souviens bien, Chantal Mouffe). Nous pourrions peut-être gagner cette bataille en démontrant que les libéraux défendent non pas la liberté, mais la concurrence.

    Cazueladepolo Le 29 septembre à 17:04
  •  
  • Analyse très fouillée et documentée (comme toujours Mr), elle nourrit un débat, qui, bien que complexe, ne doit pas être évité.
    J’apprécie autant la profondeur des arguments que leurs finesses.

    Je m’interroge, moi aussi, sur la démarche de JL Mélenchon de se saisir de la question de l’identité, avancée encore une fois par la droite, pour parler d’un récit national appuyé sur les lumières et la révolution. J’y vois cependant un moyen, pour la gauche, d’imposer ses thèmes et montrer ainsi une vision dynamique ou "propulsive" (comme vous dites)de ce vers quoi nous pouvons aller au lieu de se laisser aller à la régression identitaire.

    Il me semble que votre analyse permet, sans invective, d’aller au fond et de débattre sur ces sujets que nous devons maitriser.

    Michel 65 Le 29 septembre à 17:52
  •  
  • Là, Martelli en fait trop ! Mélenchon entend tout simplement, par les rappels historiques, ressouder le peuple politique, le peuple des luttes , et cela dans tous les domaines des luttes, de la loi Travail à NDDL et à la souveraineté populaire ( 6e république ), face à toutes les tentatives identitaires ethnicistes et racistes, qui ne peuvent qu’engendrer parmi le grand nombre la haine de l’autre et la division.

    Autrement Le 29 septembre à 18:56
  •  
  • Je lis :
    "Il ne s’agit plus alors de disputer à qui que ce soit la nation, mais de refonder la souveraineté populaire, dans le cadre national bien sûr, mais pas seulement ni même avant tout dans un cadre national. C’est à toutes les échelles de territoire que la mise en commun doit prendre le cas sur la concurrence et la souveraineté populaire sur la gouvernance. Il ne s’agit plus alors d’infléchir le sens commun de l’identité, mais de valoriser ouvertement le triptyque indûment passé dans l’ombre, celui de l’égalité, de la citoyenneté et de la solidarité."....
    Mais dites-moi en quoi l’invitation de Jean-Luc Mélenchon à débattre de ce qu’est l’identité contredit cela ?
    Il ne pense pas, lui, que les gens du peuple ne sont pas capable de comprendre les motivations du détournement Sarkosystique (et autres valets de Mon Saigneur Pognon) des valeurs humaines universelles qui fondent notre identité collective, si bien décrite ici !
    Il me semble qu’un débat contradictoire argumenté emporte les consciences plus loin.... et solidifie donc le combat collectif...
    Je suis complètement de l’avis d’Autrement, ci-dessus !

    Delyelle Le 29 septembre à 20:10
  •  
  • Qu’ils se rassurent, ceux qui réfutent l’idée d’un débat avec Sarkozy. Lui non plus n’en veut pas. Il procède comme Trump par slogans et ses affirmations ethnicistes ne tiendraient pas 5 minutes. La question est donc soldée. Peut-on passer aux choses importantes ? Le combat contre la pauvreté par exemple ?

    Francis Le 30 septembre à 08:25
  •  
  • Roger ta choisi le mauvais cheval, cet homme (jl melenchon) fonctionne sur des coups transgressif c’ est sa marque de fabrique il aime les medias et la lumiere. Il est temps qu’ il lache l’affaire

    pagnoux Le 30 septembre à 15:36
       
    • "Et, lentement vainqueur
      tu dompteras les choses
      Et monteras sur tout
      Comme sur un cheval."

      Allez triez, pas gnou.
      et quittez vos tristes oeillères

      leo solo Le 30 septembre à 18:57
  •  
  • Ce qui m’accable c’est le manque total d’écoute et d’ouverture des prétendus et institués intellectuels de gauche et de droite. Raccourcis et œillères. Mr Martelli considère que J Cl Michéa "supplie le peuple de revenir aux valeurs traditionnelles d’appartenance" . C’est vraiment rabaisser sa pensée ou ne pas l’avoir li mais il est vrai que Michéa explique très bien très bien comment cette gauche intellectuelle de salon et d’amphis a perdu tout contact avec les gens. En a-t-elle jamais eus d’ailleurs ?

    nicolas Le 30 septembre à 23:10
  •  
  • La notion d’appartenance est une notion fondamentale et fondatrice de l’homme. Certain s’attachent à une pensée, une idée , un parti, un groupe , une religion, un roman national...
    C’est absolument fondamental.

    Thomas Le 1er octobre à 01:03
  •  
  • Il vaut la peine de lire aussi dans Politis les interventions d’Étienne Balibar ICI , et d’Alain Badiou ICI.
    (J’espère que ces tribunes sont en accès libre...)

    Autrement Le 1er octobre à 10:15
       
    • Non, elles ne le sont pas.

      Cazueladepolo Le 1er octobre à 14:12
  •  
  • je vous remercie pour cet article qui pose bien le problème de l’identité et montre bien la nécessité du récit émancipateur
    l’avenir en commun et non le passé en commun
    moi aussi je trouve que la stratégie de Mélenchon est risquée et cela me fait peur.
    Je mets un bémol cependant car l’adversaire qu’il légitime et réciproquement, c’est Sarkozy et non Marine Le pen comme à Hénin Beaumont. Celui qui comme vous le dites a voulu disputé la question de l’identité au FN et qui est le modèle avoué ou non de tous : où ailleurs que sur l’espace public l’opposition identité-récit émancipateur peut-elle s’exprimer et se régler -en partie_ ?
    bref quelle autre alternative, surtout qu’il est tout seul ?

    laure jabrane Le 2 octobre à 11:20
  •  
  • dartigole et le blabla du bocal
    vs
    mélenchon et le récit national

    leo solo Le 2 octobre à 18:41
  •  
  • Je préfère, et de loin, Johnny Cash à Michel Sardou.
    Je préfère, et de loin, la chanteuse marocaine OUM à Jenifer.
    Ma culture, c’est Jimi Hendrix, Nina Simone, Tinariwen, Cesaria Evora, Peter Tosh, Ondatropica (Colombie) et quelques milliers d’autres qui n’ont pas de passeport français en poche.
    Dans ma bibliothèque, Primo Levi et Vassili Grossman (Vie et destin, le chef d’oeuvre du 20e siècle, ce n’est pas un français qui l’a écrit) occupent une place prépondérante. J’ai tous les bouquins de l’historien britannique Antony Beevor, spécialiste de Seconde guerre mondiale. Henning Mankell, Jo Nesbo, Deon Meyer et d’autres sont des grands écrivains de polars. Je suis raide dingue amoureux de l’actrice qui joue la flic de service dans la série danoise The killing.
    Je me sens proche des américains du mouvement Black matter live, des polonais qui ont défilé contre l’interdiction de l’avortement dans leur pays, des hongrois qui ont manifesté contre leur gouvernement au fort relent fascisant. Je me sens plus proche de ces gens-là que de mon voisin qui vote FN.
    Je n’aime pas la France, je ne vois pas au nom de quoi je devrais l’aimer, je ne la déteste pas non plus. J’exècre et je combats une certaine France, celle qui va de la Milice de Darnand à Robert Ménard en passant par l’OAS.
    Tout ça pour dire que ce débat sur l’identité pue. Qu’est ce que notre courant de pensée vient foutre là-dedans ? Que va faire Mélenchon sur ce terrain miné ? Il faut refuser ce débat, point barre. Ce n’est pas nous, tout simplement. Mélenchon nous balance de la patrie, du drapeau bleu blanc rouge, de la marseillaise et autre belle France, certes insoumise. Ca ne me plait pas, raison pour laquelle je ne ferai pas campagne ni ne voterai pour lui.
    Parmi les français, j’aime beaucoup François Béranger et la chanteuse Barbara Carlotti. Les polars de Karyl Ferey sont à lire également...

    kashmir4 Le 3 octobre à 08:21
       
    • Merci de nous faire l’inventaire de votre bibliothèque. Victor Hugo, Zola, Aragon ? Non ? Peut-être trop frenchies pour vous intéresser.
      Que vient faire Mélenchon dans ce débat sur l’identité. Simplement le détourner pour remettre les montres à l’heure et l’histoire à sa juste place.
      Il est tout de même assez risible de voir que certains qui se décrètent "cultivés" ne sachent ni lire ni entendre la cohérence d’un discours. Trop long sans doute d’aller jusqu’au bout d’un texte ou d’une réflexion.

      Francis Le 3 octobre à 22:37
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    • Magnifique commentaire kashmir4 !
      Et tant pis pour ceux qui ergotent sur la présence ou non de telle référence. Je n’ai pas la même liste que vous mais elle tout aussi diverse. Car la question est de sortir de son étroitesse d’horizon et de comprendre que nous sommes faits de multiples "éclats" d’identités qui font notre identité individuelle et notre identité collective !

      antonio Le 19 octobre à 22:35
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  • Réponse à Francis
    Zola, j’ai lu dans mon adolescence. Victor Hugo, jamais lu. Aragon, jamais lu. Un stal, en plus, ce qui ne retire rien à son éventuel talent s’il en a un, c’est entendu.
    Au bac, j’ai eu 15/20 en français sur un texte de Steinbeck tiré de "Des souris et des hommes". Le prof en avait sûrement marre de se taper Voltaire et Rousseau depuis des heures...
    Outre ma bibliothèque (lisez les romans du britannique Philip Kerr qui mettent en scène son personnage récurrent allemand Bernie Gunther, si vous me permettez la digression), j’ai aussi une DVDthèque avec les oeuvres complètes de Clint Eastwood, comme quoi la réaction n’interdit pas le génie.
    L’identité nationale, l’idée même me fait gerber. Vouloir investir un débat imposé par la France qui pue - parce qu’il ya une partie de la France qui pue sérieusement, qui pue le Pétain et la Milice de Darnand qui va avec, qui est notre ennemie et qui ne devrait pas tarder à nous le rappeler -, c’est mettre la main puis le bras dans un engrenage qui va nous broyer, détruire notre identité. La nôtre. Leur identité et la nôtre, pour paraphraser un juif russe. Celle qui fait de nous des internationalistes, anationalistes par voie de conséquence, des citoyens du monde comme on dit aujourd’hui.
    Sans patrie ni frontières, l’idée me plaît bien, elle a gardé toute sa pertinence. En faisant référence à la patrie, Mélenchon introduit un poison dans notre combat.

    kashmir4 Le 4 octobre à 07:48
       
    • « anationalistes par voie de conséquence »
      Je pense que vous parlez pour vous. Je ne suis pas anationaliste. Seul le grand capital l’est et on voit ce que ça donne.
      Fort heureusement il y a eu des patriotes qui se sont levés au nom de la nation (y compris ceux que vous taxer de stal)
      Quand à l’idée d’identité nationale, il me semble que JL Mélenchon a pris cette idée pour lui tordre le cou et parler du récit national. Mais ce n’est pas à un lettré comme vous que je vais expliquer la différence entre identité et récit national.

      Francis Le 4 octobre à 09:50
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  • Pour paraphraser Desproges, je dirai qu’on peut parler de tout, y compris d’identité, comme de la laïcité , mais pas avec n’importe qui. Je ne suis pas dupe des intentions de ceux qui taxent Mélenchon de " national-populiste ", mais je n’apprécie pas "la malice " politicienne qui le conduit à donner crédit à Sarkozy (et donc à Le Pen ) d’une volonté autre que l’exploitation raciste de la misère intellectuelle . Le courage, c’est de défendre la France multiculturelle. Je préfère de très loin le Melenchon du discours de Marseille.

    Georges Rey Le 5 octobre à 08:01
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