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Accueil > Politique | Par Roger Martelli | 28 octobre 2014

Partis politiques : la querelle des noms

Le FN, l’UMP et le PS vont-ils changer de nom, comme le proposent plusieurs de leurs tout premiers dirigeants ? Que cela advienne ou non, l’épisode en dit long, et sur la crise politique et sur les stratégies qui s’esquissent, à droite comme à gauche.

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Pourquoi changer ? Du côté de Marine Le Pen, on veut pousser la mue "bleu Marine", rompre avec l’image extrémiste du vieux fondateur et faire de la mouvance frontiste le fer de lance d’une droite conquérante et radicalisée. Du côté de Nicolas Sarkozy, on veut résoudre la quadrature du cercle : incarner la novation avec un homme qui, hier au pouvoir, a conduit en cinq ans la droite gouvernementale du triomphe à l’échec.

Pour sa part, Manuel Valls pense qu’il faut aller au bout d’une logique : s’il n’y a pas d’autre politique possible à gauche que celle de la gestion sociale-libérale, il faut construire le parti de cette politique ; or le PS ne parvient pas à passer définitivement le gué.

Le seul horizon de la présidentielle

Les uns et les autres ont bien sûr en ligne de mire la mère de toutes les batailles électorales : l’élection présidentielle. Les uns et les autres anticipent ce qui paraît désormais inéluctable : l’échec du quinquennat de François Hollande.

Mais derrière les desseins immédiats, se profilent des stratégies de plus long souffle. Marine Le Pen rêve d’un césarisme prolongeant la dimension monarchique de la Ve République, en rassemblant les élites sociales et les catégories populaires déstabilisées autour d’un projet centré sur le repli national et l’ordre sécuritaire. Nicolas Sarkozy veut regrouper la culture de droite traditionnelle – qu’il sait radicalisée mais encore circonspecte devant le Front national –, grignoter le centre et récupérer une partie d’un électorat d’extrême droite que l’inflexion voulue par sa figure de proue n’a pas encore stabilisé.

Quant à Manuel Valls, il intériorise la mise à l’écart des catégories populaires (l’abstention n’est-elle pas le « premier parti ouvrier »  ?), la fragilité et la dispersion de la gauche de gauche et la possibilité d’englober le centre dans une coalition plus ou moins "classes moyennes", autour d’une formule de type démocrate à l’américaine.

Le parti, pivot de communication pour gouvernants

L’arrière-plan de ces manœuvres n’est rien d’autre que la crise politique, si ce n’est la crise de "la" politique dans sa forme institutionnelle. Le recul général de la sphère publique et l’acceptation de la "mondialisation" ont brouillé les repères à gauche et à droite. Les partis politiques, de moins en moins différents les uns des autres, assumant le pouvoir sur des cycles courts (installation de l’alternance), paraissent également impuissants face aux turbulences économico-sociales. Souvent empêtrés dans des "affaires" mêlant inextricablement l’exercice du pouvoir et l’intérêt personnel, ils sont soumis à un discrédit massif (huit à neuf sondés sur dix affirment leur défiance).

L’abstention devenue structurelle fragilise les coalitions en place. Quand la moitié du corps électoral se détourne des urnes, un déplacement modeste des voix fait et défait les majorités, entre la droite et la gauche, mais aussi à l’intérieur de chaque camp. La conquête de l’hégémonie électorale se fait à moindre prix… Le parti de cadres "attrape-tout" devient l’horizon de la politique organisée. On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre : si les vieilles images ne fonctionnent plus, il faut en construire d’autres, valables pour un temps incertain, plus court en tout cas qu’il ne l’était au temps d’une démocratie encore expansive.

Le parti politique n’est plus un agent de politisation populaire : il est un pivot de communication pour les gouvernants présents ou à venir. Ce faisant, il est un instrument parmi d’autres de la "gouvernance" technocratique. Le "court-termisme" est ainsi passé de l’économie à la politique : l’horizon de l’action n’est plus l’histoire, mais la prochaine élection tenue pour stratégique.

Vers une recomposition sérieuse

Les projets de recomposition iront-ils jusqu’à leur terme ? Difficile de le dire, tant les opinions s’avèrent incertaines et les militants politiques désarçonnés. Nul doute pourtant que les péripéties actuelles annoncent une recomposition sérieuse de l’échiquier politique. Ses contours se détermineront autour de quelques enjeux fondamentaux. Peut-on penser une autre logique gouvernementale que celle de la réduction de la dépense publique et des « coûts » présumés du travail ? Le clivage de la droite et de la gauche autour de la question de l’égalité garde-t-il tout son sens ? Les catégories populaires, vouées au ressentiment, n’auront-elles pas d’autres choix que l’abstention ou le vote pour une droite extrême ? Le mariage de la concurrence et de la gouvernance est-il l’horizon de toute société ?

Sur toutes ces questions, la gauche de gauche a forgé des réponses globalement convergentes au cours des dernières années. Mais elle n’a pas encore trouvé la dynamique politique qui leur offrira un débouché, du bas jusqu’en haut de la sphère sociale. L’ampleur des changements qui se dessinent devrait ainsi la mettre en garde : si les dynamiques politiques convergentes ne voient pas le jour de son côté, son avenir pourrait se chercher du côté de l’Italie. Au-delà des Alpes, pour l’instant en tout cas, la gauche de gauche est au tapis. En France, les moyens existent pour que la catastrophe soit conjurée. Mais le temps presse…

Illustration réalisée avec le générateur de noms de partis de Slate.

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Vos réactions

  • En Italie, toute la gauche de la gauche est au tapis.... oui, c’est sûr, du point de vue des "organisations". Mais le mouvement social, syndical, en particulier, se mobilise beaucoup plus fortement qu’en France. Cette mobilisation pousse à l’accélération de la réorganisation de la gauche de la gauche italienne. A lire, pour celles et ceux qui lisent l’italien, le texte de Marco Revelli, un des initiateurs de la liste L’Altra Europa, : http://sinistranews.wordpress.com/2014/10/28/dalla-lista-elettorale-al-soggetto-politico-europeo-della-sinistra-e-dei-democratici-italiani.
    Ceux qui semblaient au fond du trou relèvent la tête après la manif de samedi à Rome (plusieurs centaines de milliers de personnes).

    antoine malamoud Le 28 octobre 2014 à 15:45
       
    • @ Flutiot
      Fils et petit- fils de communiste, j’ai moi-même ramé plus de vingt ans dans ton parti et n’ai aucune envie de jouer au plus c—avec toi, j’ai déjà perdu beaucoup trop de temps dans cette impasse où vous êtes de moins en moins nombreux (700 000 à mon époque, moins de 100 000 aujourd’hui) à vous tenir chaud en vous racontant vos sornettes pour fuir vos responsabilités et oublier vos innombrables fiascos. Salue bien tes fossoyeurs socialistes quand ils te balanceront la dernière pelletée de terre ce qui ne saurait tarder.

      Fulgence Le 3 novembre 2014 à 22:34
  •  
  • Ils s’accommodent fort bien du désintérêt croissant de la population envers les élections et ne cherchent qu’à capter juste un peu plus de clients que le concurrent, rien d’autres ne les motivent, surtout pas l’intérêt général (quel gros mot)
    tant que le peuple ne se réveillera pas, ils pourront parader et se pavaner sous un nom ou un autre
    ce n’est que du marketing

    tchoo Le 29 octobre 2014 à 18:16
  •  
  • Je relève deux phrases :

    « Les partis politiques, de moins en moins différents les uns des autres, assumant le pouvoir sur des cycles courts (installation de l’alternance), paraissent également impuissants face aux turbulences économico-sociales. »

    Et : « Le "court-termisme" est ainsi passé de l’économie à la politique : l’horizon de l’action n’est plus l’histoire, mais la prochaine élection tenue pour stratégique. »

    Même le « recours » à l’extrême-droite ne représente qu’un comble du comble, dans les figures de l’impuissance !... Le camp de « la vraie gauche » serait logiquement le seul à pouvoir relever le défi de l’impuissance !... Reste la question : comment se fait-il qu’il ne fasse pas encore tellement la différence ?

    Des réponses peuvent être apportées à différents niveaux de profondeur de champ. L’on pourra se demander, par exemple, ce que sera le résultat d’une séquence allant du « traumatisme » du 21 avril 2002, à la perspective de l’élection présidentielle de 2017... Quel inventaire pourra-t-il être fait d’une nécessité patente et urgente de sortir d’un piège et de « changer la politique », en en faisant effectivement du peuple lui-même l’auteur et l’acteur, à l’heure où l’usure d’un certain type de Pouvoir est définitivement passé en phase terminale ?...

    Mais on ne peut pas se contenter des limites de cette séquence... La disparition de l’horizon historique lui-même, que Roger Martelli met en évidence, nous oblige à nous interroger avec beaucoup plus de recul sur une ambiance de changement de millénaire, sous le signe d’une « fin de l’histoire », du moins d’un certain concept de l’Histoire, auquel les supposés révolutionnaires eux-mêmes ont contribué, en s’étant constitués de longue date comme « champions du Progrès », les plus cohérents du monde (car n’opposant pas le social, l’économique, le culturel !...)

    L’image de « la roue de l’Histoire » qui pouvait être utilisée dialectiquement, à savoir comme porteuse d’irréversibilité comme de réversibilité (comme lorsque l’on dit que « la roue a tourné » au profit de mesures de Justice, offrant une « revanche » aux opprimés...) a de fait été utilisée unilatéralement par une idéologie avant-gardiste qui s’est emparé du mouvement populaire, proposant une « marche d’étapes » à la Société Rêvée, et faisant de « la classe ouvrière » le nouveau peuple élu, menant la part de l’humanité qui voudrait bien s’y rallier en terre promise : ...une idéologie qui démentait en réalité le matérialisme historique bien compris, et n’a plus fait entendre de la roue en question qu’un cliquetis sanglant, pour un « changement » porté sur le factice et le semblant...

    Et de fait, l’introduction en cours de route de l’idée d’Alternance, qui privilégiait l’idée d’un retournement de situation au niveau du Pouvoir d’Etat ne pouvait être suffisante pour compenser cette idéologie...

    Et c’est désormais dans l’urgence et l’alarme que nous devons faire face aux nécessités de l’organisation d’une Alternative, digne de ce nom, qui réponde aux exigences complètes de réversibilité = ...de « ralentir », et même quelque part d’inverser le mouvement, ressortant de la crise écologique, comme de la crise anthropologique !...

    C’est dans l’urgence que nous devons (contre toute tyrannie de la « nécessité » historique, qui privilégiait le « POURQUOI », et n’a pas empêché l’histoire de continuer d’avancer « par son mauvais côté ») nous demander COMMENT l’on rend les choses possibles ou impossibles, vivables ou invivables...

    Aubert Sikirdji Le 30 octobre 2014 à 20:14
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  • Les élections ne peuvent rien changer dans un système constitutionnel et européen totalement verrouillé. Ce qui peut changer c’est une révolte populaire, c’est que ça pète. Où, quand, comment, seule l’histoire le dira mais il faut y préparer les citoyens, s’y préparer en adaptant notre stratégie, en soutenant les luttes syndicales et écologiques et en se démarquant le plus possible des" tous pourris " de la fausse gauche y compris du PCF, de façon à être partie prenante (et pas avant-garde manipulatrice !) du mouvement le jour de son déclenchement, lorsque l’abstention, la souffrance et l’humiliation se convertiront brutalement en colère citoyenne généralisée.

    Fulgence Le 3 novembre 2014 à 14:58
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  • Je cherchais juste à démystifier quelque peu la notion de peuple.
    Il semble que pour certains cela relève de la corruption.
    J’attends donc mon procès...

    Flutiot Le 5 novembre 2014 à 15:46
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  • Je me demande ce que signifie l’expression "échec du quinquennat de François Hollande"... Comme je ne comprendrais d’ailleure pas mieux "réussite du quinquennat"...
    S’exprimer comme cela c’est s’inscrire dans la rhétorique de la 5° république, qui réduit la vie du pays au mandat du monarque.Alors que celui-ci n’est plus pour grand-chose dans ce qui nous arrive, simple employé qu’il est de l’oligarchie capitaliste.
    Notre vie, notre pays sont représentés comme l’entreprise, l’aventure de l’autocrate que a su abuser d’institutions anti-démocratique pour conquérir son trône et son palais...
    Mais ce quinquennat n’est qu’une illusion, dans un système institutionnel où ce sont les marchés, les entreprises supranationales, l’oligarchie européenne et atlantiste, la finance internationale et les grands impérialismes concurrents qui déterminent le cadre.
    Le quinquennat de l’ex de mesdames Trierweiler et Royal est à peu près aussi déterminant pour "l’échec" ou la "réussite" du peuple français qu’une cuite de la Grande Duchesse de Gerolstein où l’inauguration de la fête des andouilles à Cornecul-les-Marguerites...
    Tant que nous ne serons pas sortis de l’Europe capitaliste, libérés de l’Euro et que l’élection du Président au suffrage universel n’aura pas été supprimée par la mise en place d’une sixième république souveraine, les mandats de Président sont juste des épisodes de série télévisée...

    OLChantraine Le 5 novembre 2014 à 17:05
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