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Occupy rachète les dettes

Enquête, par Christelle Gérand| 19 novembre 2012
Occupy rachète les dettes Christopher et Vania, membres d'Occupy.
 
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Pour Occupy Wall Street, la dette des particuliers est un problème collectif. Depuis jeudi, ils rachètent les dettes médicales d’anonymes dans le besoin et les annulent.

On croyait les « Occupy » moribonds, mais ils renaissent plus forts que jamais. Depuis mai, leur cellule « dette » composée d’une centaine d’artistes, d’économistes et d’avocats de tous âges réfléchissaient au meilleur moyen de remettre à flot les personnes endettées, comme les Etats renflouent les banques en difficulté. Comment aider les 77% de foyers américains qui ont dû s’endetter suite à une maladie non-prise en charge ou à une perte d’emploi en l’absence de chômage ? Racheter et annuler leur dette. L’idée tournait dans les milieux activistes depuis quelques années. Il aura fallu la force de frappe d’Occupy Wall Street et l’aide de professionnels de l’industrie de la dette pour que le projet voie le jour.

Vendredi à 20 heures, une journée seulement après le lancement officiel de « Strike Debt », les 99% avaient récolté près de 300 000 dollars de dons. Mais voilà : sur le marché de la dette des particuliers, avec 300 000 dollars, on peut acheter pour près de 6 millions de dollars de dette. « On veut que les gens se demandent pourquoi la dette est si bon marché pour tout le monde à l’exception du débiteur, explique Christopher, humanitaire le jour, membre actif d’Occupy la nuit. Notre initiative est un geste d’entraide, mais aussi un moyen de mettre en pleine lumière les dysfonctionnements de cette industrie rapace qui s’enrichit sur la misère humaine. »

Dans un pays où la dette étudiante s’élève à elle seule à 1 trillion de dollars, le marché est florissant. Lorsque le créancier, que ce soit une banque, un hôpital ou un magasin, n’a pas recouvert son prêt au bout de 90 jours, le débiteur est alors en situation de défaut de paiement et l’entreprise est dédommagée. La personne qui a empruntée n’est quant à elle pas sortie du pétrin : sa dette considérée comme « pourrie » est alors généralement rachetée pennies for a dollar (quelques centimes – généralement 5 centimes- pour un dollar, ndlr) par des acheteurs de dette professionnels. « Leur but est de rentabiliser leur investissement en obtenant par tous les moyens possibles cet argent que les gens n’ont pas, bout Christopher. L’une de leur astuce est de contacter des personnes qui ont changé d’adresse. Ils leur envoient un courrier les intimant de se rendre au tribunal. N’ayant pas reçu la lettre, ils ne s’y montrent pas. L’acheteur de dette gagne alors le procès et obtient le droit de ponctionner à la source, en prélevant sur le salaire ou les droits sociaux du débiteur. »

Les membres de Strike Debt ont réussi à retourner des acheteurs de dettes dégoutés de leurs propres magouilles. « Certains ont décidé de nous aider en nous aidant à utiliser leurs algorithmes à nos fins », explique une autre membre, Vania. Les portefeuilles de dettes contiennent des dizaines d’entrées dressant le profil complet du type de dette et du débiteur : entreprise concernée, dernier paiement effectué, nom, code postal, date de naissance, etc. Comme les acheteurs de dettes et avec les mêmes armes – un tableau Excel et des algorithmes d’une infime complexité - Occupy traque le débiteur le plus vulnérable. Mais au lieu de chercher par tous les moyens à obtenir un juteux retour sur investissement d’un dollar pour 5 centimes dépensés, Occupy achète la dette dans le seul but de l’annuler. Le débiteur recevra alors une lettre certifiée lui apprenant qu’il est à jour de paiement. Une idée que même la presse économique de droite a salué comme « brillante » (Forbes) et « ingénieuse » (Business Insider).

« Nous allons commencer par acheter des dettes médicales, qui représentent 60% des faillites personnelles, parce que nous pensons tous qu’elles ne devraient pas exister, détaille Christopher. Puis on se tournera vers les prêts étudiants, voire les dettes de consommation et les prêts sur salaire. Avec toutes les informations fournies par les portefeuilles de dettes, nous pourrons aussi nous focaliser sur les villes qui mettent les débiteurs en prison pour défaut de paiement, ou sur certains groupes de personnes, toujours avec un but politique de mise en lumière des aberrations. »

Aux rabat-joie qui leur rétorquent qu’en augmentant la demande ils vont pousser le marché à la hausse, et donc faire le mal en voulant le bien, Vania rétorque : « on ne changera pas un marché de 11 trillions de dollars avec 3 millions de dollars. Ce n’est qu’une goutte d’eau dans la mer. Si à terme notre initiative est contre-productive, on changera notre façon de faire. »

« Ce que nous voulons surtout, enchaine Christopher, c’est changer le discours sur la dette, qui a été accaparé par les Républicains. Nous voulons réorienter le débat actuellement tourné vers la dette nationale qui ne nous pose pas de problème, puisqu’elle est un investissement collectif pour le futur, vers la dette personnelle, qui est un véritable fardeau. »

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