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Accueil | Entretien par Loïc Le Clerc | 25 septembre 2018

Affaire Benalla : « Avec les données de DisinfoLab, vous pouvez facilement ficher la population »

Peu de temps après l’affaire Benalla, EU DisinfoLab sortait une base de données visant à monter que la "russosphère" avait gonflé l’affaire sur les réseaux sociaux. Olivier Berruyer, animateur du site les-crises.fr, répond à nos questions.

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Regards. Rappelez-nous en quoi consiste cette étude de DisinfoLab sur la désinformation par rapport à l’affaire Benalla ?

Olivier Berruyer. Dans cette histoire, on trouve plusieurs choses, qui sont toutes des scandales. Au début, comme tout le monde, j’ai vu sortir par BFM le 1er août le contre-feu sur le gonflage numérique sur Twitter de l’affaire Benalla. Un gonflage d’une info qui vient du Monde, reprise par tous les médias, c’est un peu ridicule. Rapidement, c’est repris politiquement par Frédéric Lefebvre. L’Opinion puis l’AFP embrayent, sur le côté "tiens, c’est la russosphère". Plus je regardais l’étude, plus je voyais, avec d’autres, qu’elle ne tenait pas la route deux secondes.

Ce qui est rare, c’est que DisinfoLab semble avoir un accès illimité à la base de données de Twitter. Ce qui est très rare dans de telles conditions. Je regarde le profil de Nicolas Vanderbiest (auteur de l’étude, NDLR) qui n’est pas du tout un scientifique. Je m’attendais à trouver un spécialiste du big data, mais non, il est prof de media training à Louvain. Ce qu’il sort, c’est qu’il y a 1% des comptes qui ont sorti 44% des tweets. Conclusion : il y a un gonflage numérique. Sauf que c’est une caractéristique d’Internet. Si vous regardez Wikipédia, 1% des contributeurs ont fait 60 voire 70% des contenus. Sur Twitter, la plupart des gens ne publient pas et d’autres publient énormément. Le plus gros compte de son étude a fait 12.000 retweets sur l’affaire Benalla en dix jours. Mais, ça ne sert à rien ! Qui va regarder 12.000 tweets ?

DisinfoLab affirme que la "russosphère" a influencé l’affaire Benalla, qu’en dites-vous ?

Ce qui est ridicule, c’est sa définition de la russosphère : les gens qui ont retweeté du Russia Today pendant trois semaines en mai 2017. Donc il y a tout le parti Les Républicains et le Front national ! Ce n’est qu’une immense corrélation avec la droite. En tout cas, Nicolas Vanderbiest ne semble pas avoir utilisé de méthodes statistiques puissantes pour analyser l’impact de la russosphère. Il a pris ce biais-là par défaut. Il a commencé par définir la russosphère pour se dire "ça alors, il y a une corrélation avec la désinformation". Si vous faites exactement la même chose avec les amateurs de Michel Sardou, vous allez avoir le même résultat.

« Prenez un Pinochet et donnez-lui la base Twitter, il va vite trouver qui il faut aller faire balader en hélicoptère. »

En quoi la publication de cette base de données pose problème ?

Là, c’est le problème du big data et de l’utilisation des données. L’état du droit actuel n’est pas évident. DisinfoLab se justifie par le fait que ce sont des données publiques. Certes, mais quand on est un petit anonyme sur Twitter avec vingt followers et qu’on a mis dans sa bio qu’on était juif ou gay, ce n’est pas la même chose que de se retrouver dans un fichier global. Il y a un problème de propriété de la donnée. Si je vous dis "trouvez-moi tous les gays", vous faites comment ? Il n’y a pas de liste des comptes Twitter. Avoir cette base de données-là, ça vous permet de sortir tout et n’importe quoi. En termes de fichage de la population, c’est colossal. Twitter, ce n’est pas très éloigné d’un enregistrement de vos conversations téléphoniques. Que Nicolas Vanderbiest n’ait pas voulu ficher les gens, peut-être, mais si vous voulez le faire, vous le pouvez assez facilement. Comme il va sûrement y avoir quelques procès sur cette affaire, on connaîtra l’état du droit. Mais la vraie question, c’est est-ce qu’on considère qu’il est normal de faire ça ? On peut se dire que l’Etat a déjà accès à toutes ces données. Mais je suis tombé de ma chaise quand j’ai vu que n’importe qui pouvait payer pour avoir accès à tout ça !

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De nombreux utilisateurs de Twitter ont, à la suite de la publication de cette base de données, ajouté leur "matricule" à leur nom. N’est-ce pas exagéré de parler de matricule ?

Pourquoi ? La définition du matricule, c’est un numéro d’ordre dans un registre. Après, qu’il y ait eu une opération de contre-com’ d’En marche pour nous sortir Auschwitz, je veux bien, mais tous les prisonniers de France ont des matricules, non ? Personnellement, je trouve ça très bien, c’est une vraie réaction démocratique sur un vrai problème. Et quand Le Monde dit que c’est ridicule parce que ce ne sont que des numéros de lignes Excel… Sauf que non, il y a un vrai numéro de matricule, c’est l’ID Twitter. Prenez un Pinochet et donnez-lui la base Twitter, il va vite trouver qui il faut aller faire balader en hélicoptère.

« DisinfoLab est gangréné par des macronistes. »

D’aucuns vous accuseraient d’être complotiste…

Eh bien il va falloir qu’ils m’expliquent en quoi c’est censé être complotiste. J’ai fait l’une des plus grosses enquêtes sur le web sur le 11-Septembre pour montrer qu’il n’y a pas de complot, j’ai écrit 22 fois qu’il n’y a pas de complot en Ukraine, pas de complot en Syrie. Comme ils ne peuvent pas dire que je suis d’extrême droite, que je suis antisémite, ils sortent "complotiste". C’est un moyen de tenter de me décrédibiliser pour ne pas débattre du fond. Mais quand j’ai sorti un papier sur le patrimoine de Macron, où je ne faisais que poser des questions, notamment comment a-t-il claqué deux millions d’euros en deux-trois ans ? Je n’ai jamais eu de réponses.

Dans un article, vous affirmez que la Macronie est très influente autour de DisinfoLab…

Oui, c’est assez gangréné par des macronistes. Je ne sais pas ce qu’ils ont fait, je dis juste qu’ils sont en relation, contrairement à ce qu’ils affirment. Tout ça est rattaché à une structure commerciale belge, Saper Vedere, une société de conseil en gestion de crise. Et puis quand on regarde les partenaires de DisinfoLab, on trouve Atlantic Council, le gros think-tank américain, Twitter (de qui ils ont obtenu 125.000 dollars – sachant que l’ONG vient juste de naître…), le tout biberonné par l’Union européenne. On trouve aussi European values, dont un des directeurs appelle à « déporter » Marine Le Pen, Jeremy Corbyn ou Gerhard Schröder. Pour une officine qui explique que l’influence russe, c’est mal, ils semblent clairement influencés par les Etats-Unis et l’atlantisme.

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  • Oh, un complotiste ...

    Christian Aubrée Le 25 septembre à 13:54
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