Crédit photo : Laurent Hazgui
Accueil | Entretien par Loïc Le Clerc | 25 septembre 2019

Brice Ivanovic, 83h derrière les barreaux pour avoir fait son métier de journaliste

Le journaliste Brice Ivanovic sort tout juste la tête de l’eau. Interpellé en avril alors qu’il couvre une manif’ des gilets jaunes, il a subi 83 heures de privation de liberté et un contrôle judiciaire, avant d’être relaxé.

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Brice Ivanovic est journaliste en alternance à l’école de journalisme de Lille.

 

Regards. Le 20 avril 2019, lors de l’acte 23 des gilets jaunes à Paris, alors que vous filmez la manifestation, vous êtes interpellé – de même que Gaspard Glanz et Alexis Kraland. S’en suivent 83h de privation de liberté (48h en garde à vue et 35h dans une cellule du tribunal de Paris). Vous êtes ensuite poursuivi pour « violences volontaires envers personne dépositaire de l’autorité publique ». Que s’est-il passé ?

Brice Ivanovic. J’étais en train de filmer la manif’, de Bercy à République. C’était le chaos sur la place de la République. Il y avait un gros dispositif sécuritaire. De nombreux affrontements. Contrairement à ce qui a été dit, j’ai vu plus de violences policières que venant de manifestants. Il n’y avait pas une minute de répit. Je pense que c’était une des manifestations des gilets jaunes les plus violentes. Vers 16h30, j’ai fait une pause avec un ami. On fume une clope, on boit un peu d’eau et on se dit « on va faire un dernier tour et on s’en va ». Sauf qu’au moment où je me lève, il me crie « Brice attention ! ». Je n’ai même pas eu le temps de me retourner que j’avais trois mecs sur le dos. Ils me disent : « Tu nous jettes des projectiles, fils de pute ». Alors que pas du tout. L’arrestation est assez violente, clé de bras, la gueule écrasée contre le goudron. Je leur explique cent fois que j’ai rien fait. Je n’avais pas encore ma carte de presse. Ils trouvent ma carte d’alternant et dès qu’ils ont vu m’ont nom, ils me disent : « C’est un putain de Yougo ! On va te renvoyer chez toi tu vas voir ! ». Une arrestation classique, comme ont dû en vivre des centaines de personnes. On était dix dans la cellule à avoir passé 83h.

 

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Racontez-nous les suites judiciaires de cette histoire…

J’ai refusé la comparution immédiate. Le procès a été renvoyé au 21 mai. J’ai été placé sous contrôle judiciaire, avec obligation de pointage. Le procureur demandait trois mois ferme. J’ai finalement été relaxé, sur le fond. J’ai ensuite appris que la procédure de garde à vue a été annulée – mais ils ont bien conservé mes empreintes et pa photo.

« On s’élève quand les partis politiques refusent d’accréditer tel ou tel média, mais défendre des confrères quand ils ont un nom qu’on ne connaît pas, c’est pas très grave. »

Sur Twitter, vous dites ceci : « Je m’offusque du silence des sociétés de journalistes, du silence des médias mainstream et d’un organe comme RSF [...] le soutien de la profession est resté inexistant ». Comment interprétez-vous cette absence de solidarité de la part de vos confrères ?

Je l’ai très mal vécu. Mon avocate m’avait dit de ne pas communiquer car les magistrats n’aiment pas trop ça. Donc je n’ai pas voulu prendre de risques. Une fois la comparution passée, j’ai envoyé mon témoignage à toutes les rédactions possibles. Toujours sans réponse. Quand Taha Bouhafs a été interpellé, quelques jours après moi, là les SDJ ont toutes publié une tribune… J’ai rien contre Taha, c’est bien qu’ils aient fait ça, mais je nai pas compris pourquoi moi je n’avais pas eu droit à ça. Je dénonce des indignations à géométrie variable. On s’élève quand les partis politiques refusent d’accréditer tel ou tel média, mais défendre des confrères quand ils ont un nom qu’on ne connaît pas, c’est pas très grave. On est corporate quand on le veut bien.

 

Propos recueillis par Loïc Le Clerc

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