Accueil > Monde | Editorial par Pierre Jacquemain | 21 octobre 2019

ÉDITO. Le malaise est global

En France, Catalogne, Equateur, Hong-Kong, Haïti, Irak, Liban, Chili, la contestation sociale semble prendre une dimension exceptionnelle. Et partout, la même réponse. Police. Justice.

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« J’ai demandé à la SNCF d’examiner toutes les suites, y compris judiciaires, qui pouvaient être données. » La situation est explosive chez les cheminots qui dénoncent le danger imminent à la fois pour les salariés de l’entreprise ferroviaire mais aussi pour les usagers, et la seule réponse du gouvernement – une fois n’est pas coutume – c’est la réponse judiciaire. Ça n’est donc pas une première et, hélas, ça semble devenir une habitude. D’abord les gilets jaunes, dont on ne compte plus, malgré le travail indispensable de David Dufresne, le nombre d’interpellations et de condamnations. Avant eux, les militants associatifs étaient convoqués par la police et la justice pour avoir secouru et accompagné des migrants. Aujourd’hui, les activistes qui dénoncent l’inaction climatique du gouvernement se retrouvent au tribunal, à la barre des accusés. Et les condamnations tombent. Sale temps pour ces lanceurs d’alerte. Sale temps pour la démocratie.

 

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Et la France n’est pas seule à déployer l’arsenal policier et judiciaire contre ces rebelles des temps modernes. En Espagne, la répression contre les manifestants catalans est particulièrement violente. Alors que depuis 2017, le pays connait les manifestations les plus importantes depuis la fin du franquisme, les forces de l’ordre semblent avoir renoué avec les pratiques des sombres heures de l’histoire espagnole. Que dire aussi du sort des indépendantistes catalans : près de cent ans d’emprisonnement cumulés pour l’ensemble des responsables politiques qui ont œuvré en faveur d’un référendum pour exiger le droit démocratique à l’autodétermination du peuple catalan. Pire encore, la situation de Carles Puigdemont, ancien président de la généralité de Catalogne, eurodéputé espagnol, exilé en Belgique et qui n’est pas autorisé à mettre les pieds au Parlement européen. Sale temps pour la démocratie, disais-je… et ni la France, ni l’Union européenne ne semblent s’en émouvoir.

Contestation mondialisée

Après la France, la Catalogne, l’Equateur, Hong-Kong, Haïti, l’Irak, le Liban, le Chili, la contestation sociale semble prendre une dimension exceptionnelle aux quatre coins du monde. Et partout, la même réponse. Police. Justice. Alors que les peuples semblent se soulever pour dénoncer les effets catastrophiques des politiques libérales, et liberticides, les gouvernants ne gouvernent plus. La réponse politique est inexistante, la finance pour seul horizon. Et quand ça n’est pas la police nationale, c’est l’armée qu’on envoie contre les manifestants comme au Chili où trois personnes sont mortes. Des régions entières sont placées sous couvre-feu et près de 10.000 policiers et militaires ont été réquisitionnés pour faire face à la mobilisation. Du jamais vu depuis la fin de la dictature du Général Pinochet. La répression fut aussi terrible à Quito mais la détermination des mouvements indiens et populaires, malgré les nombreuses victimes, a vaincu. Comme un petit vent d’espoir…

La France des Lumières, la France des Droits de l’Homme, celle de l’avant-garde est aux abonnés absents. Une image, une réalité à reconquérir. Des droits nouveaux à regagner. Des acquis à préserver. Un an que les gilets jaunes se mobilisent, rejoints par les urgentistes et le personnel hospitalier, la communauté éducative, les précaires de l’auto-entreprenariat, les cheminots ou les pompiers. Bientôt quinze ans que les quartiers populaires, après les révoltes dans les banlieues de 2005, sont abandonnés. Sans réponse politique si ce n’est là aussi pour accuser, discriminer, pointer du doigt. Pire, pour conduire les victimes devant les tribunaux à l’instar de l’acharnement judiciaire que subit Assa Traoré qui se bat pour que justice soit rendue pour son frère Adama. Le malaise est global. Profond. L’automne sera chaud. Et comme le rappelait le réalisateur Gérard Mordillat, invité de La Midinale, lundi dernier : « Si nous voulons transformer le monde, la violence apparait désormais inévitable. »

 

Pierre Jacquemain

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