Accueil | Editorial par Pierre Jacquemain | 9 décembre 2019

ÉDITO. Retraites : les syndicats veulent négocier, pas être consultés

Un peu de pédagogie à l’adresse du gouvernement : les syndicats veulent négocier, ils ne veulent pas être concertés, parce que leur rôle, c’est de né-go-cier.

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Plus d’une centaine de réunions de travail, des rencontres en bilatéral ou avec l’ensemble des organisations syndicales, des heures à discuter du projet de réforme des retraites, nous dit-on au sommet de l’État. Et l’on reproche aujourd’hui, à certains de ceux qu’on appelle les « partenaires sociaux » de vouloir faire le jeu de la chaise vide, alors que Jean-Paul Delevoye s’apprête aujourd’hui à recevoir les syndicats et ainsi découvrir les conclusions des « concertations ». SUD Rail a d’ores et déjà fait savoir qu’il ne serait pas présent à la réunion : « Nous n’avons pas reçu d’invitation, et nous n’y serions pas allés », a assuré sur Europe 1 Eric Meyer, secrétaire général de SUD Rail Eric Meyer – qui est le troisième syndicat de la SNCF. Et on les comprend…

 

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On les comprend parce que malgré les heures et les heures de réunions – auxquelles se sont rendus les syndicats –, le compte n’y est (visiblement) pas. Le projet de réforme, dans ses grandes lignes, semble faire l’unanimité contre lui. Plus d’un million de manifestants dans les rues de France, au premier jour d’une mobilisation : du jamais-vu depuis 1995. À l’exception de la CFDT, personne ne veut d’une retraite par point. À l’exception de la CFDT, personne ne semble justifier l’idée selon laquelle parce qu’on vivrait plus longtemps, il faudrait travailler plus longtemps. Enfin personne, à l’exception de la CFDT n’évoque l’idée d’un régime universel pour mieux enterrer lesdits « régimes spéciaux ». Alors, nous dit-on, les syndicats s’entêtent et s’enferrent dans la contestation. Et on les comprend…

On les comprend parce qu’ils veulent négocier. Ils ne veulent pas être concertés ou consultés, ils veulent né-go-cier. C’est leur rôle. Depuis trop longtemps maintenant, les grandes réformes qui structurent la vie des travailleurs se font sans les syndicats. Comme ce fut le cas pour les lois Travail. Tout est organisé et pensé pour réduire le rôle et la place des partenaires sociaux. De la même manière, rappelez-vous de la loi Travail du début du quinquennat Macron : c’est par ordonnance que la loi a été adoptée. C’est dire si en Macronie, on aime la démocratie : qu’elle soit parlementaire (avec les représentants du peuple, les sénateurs et les députés) ou sociale (avec les représentants des travailleurs, les syndicats). Parce qu’on passé de la « négociation » à la « concertation » pour aboutir à la « consultation ». Les syndicats ne veulent plus faire de la figuration. Et on les comprend…

Négociation ou grève générale ?

On les comprend parce que l’Etat reprend la main sur tout : hier sur l’assurance-chômage, aujourd’hui sur les retraites. Pour Macron, les syndicats sont un frein à l’une de ses promesses : libérer les entreprises des contraintes qui pèsent sur elles. À commencer par les syndicats qu’il tente de stigmatiser, voire de ringardiser en dénonçant leur côté « archaïque ». C’est pourtant ignorer les 42.200 accords entre les employeurs et les représentants du personnel dans l’entreprise et le millier d’accords de branche conclus au cours de l’année 2016 (selon les dernières données accessibles du ministère du Travail). Signe d’une certaine vitalité du dialogue social et du rôle des partenaires sociaux, près de 80% des accords sont d’ailleurs signés par les syndicats. Une politique du compromis largement plébiscitée et qui peut en étonner plus d’un.

Une réforme aussi structurante que celle des retraites ne peut pas se faire sans le soutien des syndicats. Ils doivent être (re)mis autour de la table des négociations. Non pas sur les bases annoncées du texte que présentera le Premier ministre ce mercredi, mais sur une base neutre à partir de laquelle une négociation est possible. Une négociation, vous avez bien lu. Ça ne semble pas l’option privilégiée par le gouvernement. À ses risques et périls. Parce que si les syndicats ont perdu de leur pouvoir de négocier, ils n’ont rien perdu de leur maîtrise du conflit social. Prochaine étape : demain, mardi 10 décembre, dans les rues de France pour renouveler, voire intensifier, le succès de la première mobilisation de jeudi dernier. Jusqu’où ? « Jusqu’au retrait » du texte, a lancé hier dans le JDD le patron de la CGT, Philippe Martinez. Se pourrait-il alors qu’une grève générale se dessine peu à peu ?

 

Pierre Jacquemain

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