Accueil | Tribune par Danielle Simonnet | 21 septembre 2018

Elle ne nettoiera plus les bibliothèques de la Ville de Paris

Le flot continue de l’actualité médiatique obère souvent les réalités crues qui fondent notre société. Danielle Simonnet, conseillère de Paris et oratrice nationale de la France insoumise, nous le rappelle dans cette tribune.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Elle s’appelait Sabine. Elle avait la cinquantaine. Elle faisait le ménage de la bibliothèque municipale rue des Couronnes. Elle ne le fera plus. Elle a été retrouvée morte en fin de journée ce lundi. Elle travaillait le matin, tôt et seule. Ce n’est que vers 18h25, alors que la bibliothèque était fermée comme tous les lundis, qu’une étudiante passant dans la rue, alertée par de l’eau qui coulait sous la porte, est entrée et a découvert son corps inanimé.

On ne connait pas encore la cause de son décès, le Procureur a demandé une autopsie. Mais quelle qu’en soit la cause, n’est-ce pas irresponsable, alors qu’on multiplie à juste titre les formations aux gestes de premier secours de laisser, dans le même temps, des agents travailler seuls dans les établissements et bureaux ? A quoi bon communiquer sur le déploiement de mille défibrillateurs dans l’espace public de la capitale, si personne ne peut apporter les premiers secours auprès de celles et ceux qui se chargent de nettoyer nos locaux municipaux à l’aube ? Comment ne pas se dire, non sans colère, que cette vie aurait peut-être pu être sauvée ?

Des agents de plus en plus isolés

Cela fait longtemps que les organisations syndicales alertent contre l’isolement des agents de ménage, pour des raisons évidentes de sécurité. La course effrénée aux petites économies, en réduisant la masse salariale, par réduction et redéploiement des effectifs ou en ayant recours à de la sous-traitance privée pour le nettoyage doit cesser. Sabine n’aurait pas dû se retrouver seule sur son lieu de travail. Pendant ce temps, la communication à l’Hôtel de Ville se poursuit pour vanter les engagements du référentiel Quali Paris dont le confort et la propreté seraient des critères importants. Plus importants que la vie des agents ? Et indépendants du respect des conditions de travail des agents ?

En mai dernier, une grève des agents de ménage et des personnels de bibliothèque avait eu lieu contre la privatisation du nettoyage dans certains établissements. J’avais relayé cette mobilisation par une question d’actualité au Conseil de Paris. Les personnels et représentants syndicaux dénonçaient une décision prise sans concertation. Ils alertaient notamment sur la dégradation des conditions de travail quand le ménage était réalisé par une entreprise privée : généralement les salariés se retrouvaient bien moins nombreux pour des surfaces plus grandes, sans même tout le matériel nécessaire. Je me souviens très bien de leur revendication à minima (modeste en attendant la remunicipalisation revendiquée de tout le nettoyage des locaux municipaux parisiens que je partage) : que dans les établissements gérés par le privé, il n’y ait jamais un-e salarié-e laissé-e seul-e, comme c’est la règle pour les salariés de la ville… Je me souviens également d’avoir relayé la nécessité de poursuivre l’évolution des horaires pour garantir des journées décentes à ces agents et poursuivre leur déprécarisation. On m’avait rétorqué que cette grève n’avait pas de motif valable, que tout se passait bien entre le recours au privé dans certains établissements et ceux nettoyés par les fonctionnaires de la ville…

Incurie des services publics

Le nettoyage de la bibliothèque de la rue des Couronnes ne relevait (pas encore ?) d’un prestataire privé mais était bien assuré par les salariés de la maire de Paris. Mais voilà, l’autre collègue censé travailler avec Sabine n’y travaillait plus depuis un mois. Transféré dans un autre service selon les syndicats, parti en retraite selon le parisien, au final c’est le même résultat : son absence n’était pas remplacée. Comme l’écrasante majorité des agents catégories C, les “petites mains” sur qui repose pourtant de façon déterminante le bon fonctionnement de la ville ne vivent pas à Paris. Les loyers étant trop chers, ils n’y sont pas électeurs. Alors leur sort...

Il est plus qu’urgent que l’exécutif municipal prenne ses responsabilités : il lui revient de garantir d’autres conditions de travail pour celles, car il s’agit majoritairement de femmes, qui garantissent l’hygiène et la propreté des bâtiments de la ville. La ville doit instaurer immédiatement a minima des binômes pour que plus jamais un-e agent de ménage ne se retrouve seul-e sur son lieu de travail. L’administration a une responsabilité directe en matière de prévention des risques professionnels. Va-t-elle réunir un comité d’hygiène, sécurité et conditions de travail (CHSCT) exceptionnel comme le réclament les syndicats et prendre la mesure de la situation ? Va-t-elle cesser de réduire les effectifs pour satisfaire la contractualisation budgétaire imposée par Macron, elle-même dictée par les traités austéritaires de Bruxelles ? C’est aussi pour cela que j’avais voté contre, alors que tous les groupes de la majorité avaient approuvé, ou au mieux lâchement s’étaient abstenus. Des vies sont en jeu. Qu’elles comptent enfin plus que leurs coups de rabot.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.