CC Robert Anders
Accueil | Par Marion Rousset | 4 juillet 2018

En Allemagne, des policiers tentent de désamorcer la violence

En France, le style agressif de la police alimente les tensions. On l’a encore vu mardi soir à Nantes, où un jeune homme a été abattu par un policier. Outre-Rhin, on a vu se développer un contre-modèle qui tente au contraire de désamorcer les conflits.

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Des émeutes en banlieue à la présence des Black Blocs dans les manifestations, le rapport à la police est souvent en France l’objet de frictions. Sans cesse resurgissent des violences presque unanimement condamnées qui répondent au style agressif des forces de l’ordre. Ce cercle vicieux, les Länders, en Allemagne, ont voulu le rompre en prenant le contre-pied du modèle français.

C’est ce que montrent deux sociologues, Jérémie Gauthier et Fabien Jobard, dans un ouvrage collectif qu’ils ont codirigé : Police : questions sensibles (éd. Puf, 2018). « Les cadres policiers berlinois ont scruté les émeutes en France [à la suite de la mort de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois], pour éviter que de tels événements se produisent du côté allemand. Et parmi les causes, ils en ont identifié une : l’approche très coercitive de la police française », relève Jérémie Gauthier, chercheur au Centre Marc Bloch à Berlin.

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Contre-modèle allemand

Outre-Rhin, l’usage de la force n’est pas considéré comme une valeur cardinale du métier de policier. Ce n’est pas le profil du chasseur qui est valorisé mais l’ancrage dans le quartier. La médiation prime sur la recherche du flagrant délit et le contrôle d’identité est rare. Là-bas, pas de manifestants injuriés, menottés, frappés. Pas de matraquage dans le dos des passants. Pas de gaz lacrymogène envoyé sur une foule compacte. Mais des équipes "anti-conflit" formées au dialogue qui se glissent dans les rassemblements pour en extraire les individus réputés violents. Des hauts-parleurs et des écrans LED pour informer les foules, notamment au moment de la dispersion.

Cette stratégie a un nom : la "désescalade". La philosophie sur laquelle elle repose a été impulsée en 1985 par une décision du Tribunal constitutionnel qui a fixé aux forces de l’ordre une « obligation de communication et de coopération » avec les manifestants. Une décision "Brokdorf" qui porte le nom d’une centrale nucléaire dont la construction avait donné lieu à des mobilisations. Ses modalités, elles, ont commencé à se dessiner après les manifestations violentes survenues à la fin des années 1990 à Berlin et en Hesse. Son but : « Empêcher les plus radicaux de nuire, tout en effectuant une interpellation rapide et propre », expliquent les auteurs de Police : questions sensibles.

Des policiers mieux formés

La formation professionnelle des policiers allemands prend en compte cette logique pacificatrice. D’abord, elle dure deux ans et demi, contre seulement un an pour les gardiens de la paix en France. Et puis, sur les bancs de l’école, les apprentis apprennent à désamorcer les conflits aussi bien verbalement que physiquement. Enfin, l’enseignement dont ils bénéficient traite d’éducation civique et de libertés publiques. Et pour parfaire le tableau, le profil des étudiants répond à une volonté de diversification : des politiques de recrutement ciblé auprès des communautés issues de l’immigration ont ainsi été mises en place. « En 2017, l’Académie de police de Berlin comportait 45% d’élèves policiers issus de l’immigration », affirme Jérémie Gauthier.

Médiation et prévention sont les mots-clés d’un modèle qui est appliqué à la gestion des grands rassemblements comme dans des actions plus quotidiennes. Il existe par exemple des conseils de prévention chargés de mettre au point des programmes contre la délinquance, dans lesquels siègent des policiers, des acteurs associatifs, des commerçants, etc. Et à Berlin, une unité baptisée "intégration et migration" se charge depuis le milieu des années 2000 d’identifier les représentants communautaires et religieux d’un territoire, d’entrer en contact avec eux et de travailler ensemble à l’encadrement des jeunes. Un savant cocktail qui allie des efforts de médiation à une surveillance resserrée des populations.

A REVOIR SUR REGARDS.FR >> Karl Ghazi : « On banalise l’idée selon laquelle les violences policières seraient normales »

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