Accueil | Par Loïc Le Clerc | 19 novembre 2019

Il faut sauver l’Observatoire international des prisons

L’OIP va mal, très mal même. Une crise financière dont l’origine est avant toute chose politique.

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« La raison pour laquelle nous tirons la sonnette d’alarme aujourd’hui, c’est qu’on a eu un désengagement récent de partenaires historiques, comme le Commissariat général à l’égalité des territoires, qui était un de nos bailleurs principaux au niveau de l’État, et dans une moindre mesure le ministère des Outre mer », nous explique Cécile Marcel, directrice de la section française. Le résultat est terrible : l’OIP n’a plus de quoi vivre.

 

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Ces dernières années, l’OIP a perdu une grosse partie de ses subventions publiques – une baisse de 66% pour être exact – ce qui représentait plus de la moitié de ses ressources. L’explication est politique. En 2015, après les élections régionales, les régions passées à droite coupe l’alimentation. Puis arrivent Emmanuel Macron et le « Nouveau Monde ». Il faut moraliser la vie publique et cela passe tout d’abord par la suppression de la réserve parlementaire, sans que rien ne vienne en remplacement, et quelques 60.000 euros disparaissent des caisses de l’OIP.

Le coup de grâce est venu avec la suppression de l’ISF. Cécile Marcel s’en désole : « C’est une catastrophe pour le monde du mécénat en général ». En effet, les contribuables assujettis à l’ISF donnaient énormément aux associations, dans le but de défiscaliser. Désormais, plus besoin de ça. Le manque à gagner est estimé à 40-60% de dons en moins. Et le ruissellement se fait toujours attendre. « L’horizon est bouché de toute part », lâche Cécile Marcel.

Tout est politique

« Politiquement, ces décisions de ne plus soutenir l’OIP sont le reflet du sort qui est fait au monde associatif, à l’univers des prisons et aux potentiels contre-pouvoirs », analyse Cécile Marcel. Et le fondateur de l’OIP Bernard Bolze ajoute : « On essaye de dépolitiser notre question or c’est difficile de dépolitiser la prison ».

Comme le tweetait Mathilde Panot, l’OIP n’est pas le seul organisme à être menacé voire à être déjà HS. La députée LFI listait ainsi : « Observatoire de la pauvreté, Observatoire de la délinquance, Mission contre les sectes, Institut d’études sur la sécurité et la justice, Conseil national de la protection de l’enfance, Conseil national de protection de la nature ». Cécile Marcel s’en désole, tout en insistant sur le fait que l’OIP n’est pas un organe public, mais une association militante. « Ça interroge sur la volonté du gouvernement de prendre en compte toutes ces problématiques », assène-t-elle

Analyses juridiques, réseau international, interlocuteur privilégié de tous les acteurs du monde carcéral… Aucun autre organisme ne fait le boulot de l’OIP. Pour l’heure, les pouvoirs publics demeurent sourds à ses appels à l’aide. Pas un mot, officiellement ni officieusement, de la part de l’exécutif. « Pour refaire les bordures de trottoirs, on trouve de l’argent tous les jours, mais pour des organisations de droits humains fondamentales, au moment où tout se délite… », constate, amer, Bernard Bolze. L’OIP ne compte plus que sur les dons, rien que pour boucler son budget 2019.

 

Loïc Le Clerc

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