Accueil | Par Loïc Le Clerc | 30 octobre 2018

Inch’Allah : quoi de plus vendeur que l’islam et le 93 ?

Gérard Davet et Fabrice Lhomme viennent de publier Inch’Allah, l’islamisation à visage découvert, écrit avec cinq étudiants en journalisme. Un livre sans révélation, qui reprend point après point tous les clichés sur la Seine-Saint-Denis.

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Imaginez, demain, sort dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre ce livre : Mazel Tov, le sionisme à visage découvert, suivi de ce sous-titre : "Une enquête spotlight dans le Marais". On entend déjà la Licra écrire un communiqué pour dénoncer un antisémitisme primaire, ordinaire, dangereux.

Mais ce livre ne sera jamais écrit. Et heureusement !

C’est un autre qui attire notre attention, dont voilà le véritable titre : Inch’Allah, l’islamisation à visage découvert, et le sous-titre : « Une enquête spotlight en Seine-Saint-Denis ».

L’islam, cette religion différente des autres dans notre République laïque.

 

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Passons sur le qualificatif de "spotlight", tiré de la cellule d’enquête du Boston Globe qui révéla en 2002 un des plus gros scandales de pédophilie dans l’Église catholique. Modestie, quand tu nous tiens.

Cet ouvrage, c’est le nouveau "pari" de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, les deux enquêteurs du journal Le Monde à qui l’on doit de nombreuses révélations comme l’affaire Bettencourt. Plus récemment, ils se sont illustrés avec Un président ne devrait pas dire ça..., livre-confession avec François Hollande. Un best-seller.

Mais si l’ancien Président socialiste fait vendre, il est un terreau encore plus fertile : l’islam. Et, en bon journaliste, rien de tel que de passer le périph’ pour se rendre en Seine-Saint-Denis, alias le "territoire perdu de la République".

Vous êtes prêts à ne rien apprendre de plus que les habituels clichés sur ce département ?

Le "9-3", comme d’hab

Ce livre de Davet et Lhomme a été coécrit avec cinq étudiants en journalisme du CFJ. On imagine leur excitation, près d’un an d’enquête avec deux rockstars du métier, ça claque ! Au point qu’ils ne toucheront pas un kopeck des ventes du livre. Sûrement pour mieux les préparer à la précarité du métier de journaliste.

Notons que, dans la préface, Davet et Lhomme précisent qu’ils ont « mis un point d’honneur à ne jamais les accompagner à un seul rendez-vous ». Comprenez "le 93, on y est jamais allé". Ce sont donc ces jeunes journalistes-en-devenir qui ont arpenté les rues de la Seine-Saint-Denis, seuls.

Résultat : 21 portraits. Et déjà un premier problème, que soulèvent Nassira El Moaddem du Bondy Blog et Faïza Zerouala de Mediapart :

« Les jeunes reporters […] ont privilégié le terrain, multiplié les entretiens, près de 200 selon leur comptage ; mais la difficulté de la requête – ne serait-ce que du fait de leur manque d’expérience et de carnet d’adresses – les a menés à interroger toutes les figures habituelles sur le sujet. Ce principe gouverne l’ensemble de cet essai, où la quasi-totalité des informations publiées sont déjà connues. »

Seule "révélation" de l’ouvrage : « Les dysfonctionnements des services de renseignements, qui ont privé la Seine-Saint-Denis de surveillance de l’islamisme radical entre 2010 et 2013 », ce qui est fort intéressant mais qui à plus à voir avec le fonctionnement de l’Etat qu’avec l’islamisation du 93.

Mais rien sur le social, l’économique. Pas plus sur les richesses de ce département. Rien non plus sur le fait que la République a bel et bien déserté ce territoire (et n’en a pas été chassée, n’en déplaise au ministre de l’Intérieur qui veut le « reconquérir »). L’école, les transports en commun, la santé, la sécurité, etc. Tout est à l’abandon. En France, les citoyens naissent libres et égaux en droit, mais pas dans le "9-3".

D’aucuns justifieront cet abandon par la violence des quartiers : les pompiers se font caillasser, normal qu’ils ne viennent plus. Comme ça normal ? La Seine-Saint-Denis, c’est plus de 1,5 millions d’habitants sur 236km². Depuis quand l’Etat abandonne-t-il autant de monde, sur un si grand territoire, à cause de faits divers ?

Il faut être un bien piètre républicain pour penser ainsi.

L’école de l’objectivité

Depuis la parution du livre, Davet et Lhomme, mais aussi les cinq jeunes journalistes, font une promotion intense sur tous les plateaux de radios et de télévisions. Et ça paye. Une quinzaine de jours plus tard, le livre est en top des ventes. Juste devant Eric Zemmour (mais n’y voyez aucune coïncidence, c’est "juste" l’air du temps).

 

 

Sur le plateau de l’émission Quotidien, il n’aura pas fallu cinq minutes à Gérard Davet pour évoquer les citoyens « d’origine musulmane ». Vous savez, ces gens qui viennent de "Musulmanie", ce pays situé non loin du "Catholistan".

Il n’aura pas fallu beaucoup plus de temps pour qu’une source du livre, à savoir Véronique Decker, directrice de l’école élémentaire Marie-Curie à Bobigny, fasse savoir qu’elle conteste l’utilisation de ses propos :

« Le projet du livre, qui ne m’a jamais été présenté, est assez ouvertement islamophobe, et les anecdotes que je raconte sont compressées et donnent l’impression que je passe ma vie à combattre des militants religieux, ce qui n’est pas le cas. »

Le réel problème de ce Inch’Allah, l’islamisation à visage découvert, c’est qu’il est au journalisme ce que Lorant Deutch est à l’Histoire. Accusés de toute part d’"islamophobie", les auteurs se défendent à coups de "faits objectifs".

Sauf que tout bon journaliste sait (ou devrait savoir) que l’objectivité, ça n’existe pas. C’est comme le Père Noël et le racisme anti-blancs. Un journaliste peut se targuer d’avoir une méthode objective – croisement des faits, multiplicité des sources, etc. – mais en aucun cas un article ne peut être, lui, objectif. Les livres d’Histoire ne le sont pas non plus !

### Interlude technique ###

Votre serviteur étant lui-même journaliste, il peut vous assurer que la carte "objectivité" est une sorte de joker que la profession aime à dégainer quand elle est acculée. Mais la base du journalisme repose sur l’"angle", soit le choix d’attaque d’un sujet. Ainsi, on peut choisir de traiter la Seine-Saint-Denis comme Le Parisien – du fait divers et rien que du fait divers –, comme Le Figaro – où Saint-Denis devient « Molenbeek-sur-Seine » – ou comme le Bondy Blog – en faisant parler les habitants de leur département, le tout, figurez-vous, sans devenir une officine des Frères musulmans ! Les trois médias sont objectifs, pour sûr.

### Fin de l’interlude technique ###

Davet et Lhomme, sous-couvert de vendre du papier, se servent ainsi de cinq jeunes journalistes pour avancer leurs billes. Préjugés, lieux-communs voire islamophobie, les jeunes, c’est ça le journalisme. On gage qu’ils auront tous le Prix Albert Londres après ça.

Ils sont partout

« 700.000 musulmans sont répertoriés en Seine-Saint-Denis sur une population d’1,6 million d’habitants », peut-on lire dans cet ouvrage. Un chiffre auquel personne ne croit, pas même Fabrice Lhomme qui parlait d’une estimation « au doigt mouillé », au micro de France Inter le 15 octobre dernier. Au doigt mouillé, sachant qu’il y a environ 130 nationalités qui cohabitent dans le 93, on pourrait dire n’importe quoi. En tout cas, Valeurs actuelles a bien saisi la perche. Voici comment commence sa "critique" du livre :

« Révélations. Le rapport des deux journalistes du Monde décrit un islam en rupture avec la société française et ses valeurs, dans un département dont la moitié de la population est musulmane. »

Autre exemple d’approximation "objective", Le Bondy Blog et Mediapart soulignent un aspect assez édifiant du livre. L’Université Paris 8, située à Saint-Denis, serait elle aussi en proie à l’"islamisation". Étudiantes voilées, halal à la cafétéria, salle de prière clandestine. Autant d’éléments avancés par une « secrétaire », qui se contredit elle-même. Après enquête, les auteurs concluent qu’il n’y a rien de tel à Paris 8. Un faux témoignage + une vérification infructueuse = on publie quand même. Et quand le Bondy Blog parvient à retrouver cette secrétaire, qui dénonce une « manipulation » et un « abus de confiance », un des jeunes aspirant-journalistes balance sur Twitter les « dérush d’interviews » qui n’ont pas été publiés.

On continue de discuter déontologie ou on s’arrête-là ?

Allez, une dernière citation pour la route :

« De fait, consommer halal est devenu une évidence à Saint Denis. De fait, quasiment une obligation. »

À croire qu’il n’y a pas que Davet et Lhomme qui ont « mis un point d’honneur » à ne pas se rendre sur place.

Bref, si vous aviez aimé le reportage de France 2 dans ce fameux bar de Sevran "interdit aux femmes" – reportage réalisé à partir de vidéos de militantes mais validé par David Pujadas –, vous allez adorer ce livre, dont le documentaire, que dis-je le making-of, est diffusé par LCP (et produit par David Pujadas).

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  • La gauche tunisienne se bat à mort contre l’Islam. Mais en France, la gauche sympathise avec les forces réactionnaires au nom des valeurs chrétiennes....

    kheyou Le 2 novembre à 14:07
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  • Alors moi je suis enseignant, j’ai fait mes cinq années d’humanitaire dans un collège de Seine-Saint-Denis, et je dois dire que je ne suis pas vraiment choqué par le constat tiré par Davet, Lhomme et leurs padawans. La certification halal de la mosquée d’Evry-Courcouronnes bien visible à l’entrée du self, les 3e qui font la police des plateaux pour vérifier qu’il n’y a rien d’illicite dans le repas des 6e, les élèves qui refusent de regarder La liberté guidant le peuple ou La naissance de Vénus parce que wallah msieu, ça se fait pas, les manuels d’histoire vandalisés à chaque page évoquant d’une façon ou d’une autre le judaïsme, la mère de famille qui t’insulte en arabe au conseil de discipline de son fils, le voyou de 13 ans que tu menaces de déposer une main courante et qui te répond qu’il s’en bat les couilles car il ne craint qu’Allah, les filles de 15 ans qui disparaissent de la circulation parce qu’on leur a choisi une autre vie au pays, les collègues femmes venues en jupe qui te demandent de les escorter jusqu’au métro sinon elles seront suivies sur tout le trajet par une sympathique bande de gardiens de la morale qui les traitera non-stop de karba et autres joyeusetés... tout ça je l’ai vu et vécu, et c’était il y a dix ans. Alors évidemment un ressenti individuel ne fait pas une réalité sociologique ou politique, mais curieusement les collègues que j’interrogeais à l’époque faisaient déjà tous à peu près le même constat -même s’ils se seraient fait hacher menu plutôt que de le répéter en public : il ne fallait surtout pas faire le jeu de l’extrême-droite, la seule, la vraie menace ! Et ils ne comprenaient pas quand je leur disais que l’extrême-droite, elle était sous leurs yeux, dans leurs salles de classe. Mais je pense que maintenant, ils ont compris. On est d’ailleurs de plus en plus nombreux à comprendre.

    Ali Devine Le 4 novembre à 01:10
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