Accueil | Tribune par Rokhaya Diallo | 5 décembre 2018

Gilets jaunes : la colère populaire n’est jamais élégante

Près d’un mois après le début du mouvement des "gilets jaunes", intellectuels, artistes, politiques, syndicalistes et personnalités de la société civile donnent à Regards leur lecture de ce soulèvement populaire.

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« Le jour où le peuple se réveille vous allez prendre cher. Racailles ! On a le sentiment qu’aller voter. C’est choisir par lequel d’entre vous on veut se faire entuber. Racailles ! Républicains ou PS, rangez vos promesses dans vos sacs Hermès. Racailles ! Vous n’avez jamais connu la précarité. Vous vivez à l’écart de nos réalités. Racailles ! [...] On cotise pour des retraites qu’on ne verra peut-être jamais. Tout l’argent qu’on fait rentrer vous nous le reprenez. Racailles ! Chaque fin de mois à découvert. On a l’impression d’être esclave du système bancaire. Racailles ! »

Ce morceau du rappeur Kery James écrit en 2016 pourrait être l’hymne des gilets jaunes qui depuis près de trois semaines bousculent toutes les certitudes. Dès leurs premières apparitions les gilets jaunes ont choqué. Les images d’ignobles agressions homophobes et racistes ont circulé sur les réseaux sociaux présentant un visage repoussant d’un mouvement dont l’étendue était pourtant bien plus vaste que ces graves incidents. Mais comment peut-on être étonné de voir les gilets jaunes traversés par les tensions qui traversent la France ? Condamner ces expressions ne doit pas disqualifier un mouvement dont l’ampleur constitue probablement un tournant historique.

 

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par Clémentine Autain

 

La classe politique, tenue à l’écart d’un mouvement social d’une envergure remarquable ne peut que constater impuissante la formulation d’une colère trop longuement contenue face à des gouvernements successifs qui décennie après décennie ont démantelé les termes du pacte social. L’incapacité des gouvernants à assurer aux citoyennes et citoyens le minimum leur permettant de vivre dignement, alors que notre pays se présente arrogamment parmi les pays les plus riches du globe, n’est plus tolérable.

Les politiques néolibérales initiées dans les années 1980 ont frappé en premier lieu les anciennes colonies en y créant des poches de grande misère. Il y a dix ans, les prémices de cette colère populaires se sont exprimés en Guadeloupe et en Martinique, lors des grandes grèves contre la vie chère menées entre autres par le LKP du syndicaliste Eli Domota. A l’époque, c’est un regard condescendant qui s’est posé sur les manifestants, perçus comme des fainéants , des profiteurs de la République. Pourtant ils étaient des gilets jaunes avant l’heure.

La violence quotidienne, l’exclusion, la précarité, l’humiliation constituées par des conditions sociales dégradées peuvent difficilement se traduire dans une formulation paisible et polie.

L’an dernier, c’était au tour des Guyanaises et les Guyanais de révolter également contre le saccage des services publics. De la même manière, c’est une indifférence polie qui a accueilli ces lointaines manifestations. Au lieu de constituer une alerte nationale, ces mobilisations ont été placées à distance, comme d’exotiques fantaisies ne méritant pas d’attention particulière. Et finalement, le caractère insupportable de ces logiques économiques exploser inexorablement au visage de la France hexagonale. Il n’est désormais plus possible de les ignorer.

Quand un peuple privé du minimum lui permettant de vivre dignement s’insurge, il ne faut pas attendre de la protestation qu’elle prenne une forme élégante. La violence quotidienne, l’exclusion, la précarité, l’humiliation constituées par des conditions sociales dégradées peuvent difficilement se traduire dans une formulation paisible et polie.

 

Rokhaya Diallo,
journaliste, réalisatrice, écrivaine et chroniqueuse

 

Retrouvez l’ensemble
des tribunes
ci-dessous

 >Clémentine Autain
 >Bertrand Badie
 >Ludivine Bantigny
 >Esther Benbassa
 >Alain Bertho
 >Laurent Binet
 >Thomas Branthome
 >Paul Chemetov
 >Rokhaya Diallo
 >Bernard Friot
 >Pierre Khalfa
 >Philippe Panerai
 >Thomas Porcher et Farid Benlagha
 >Olivier Tonneau
 >Christophe Ventura
 >Dominique Vidal
 >Arnaud Viviant

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  • Et encore... on est loin des excès de violences auxquels certains tentent de réduire ce mouvement.

    carlos Le 5 décembre à 13:55
  •  
  • Quand je lis ces textes "d’intellectuels", en général pétris de bonnes fatuités, je crois lire un texte d’agence revendu au Monde et à La Tribune de Genève.
    Heureusement je peux isoler cette pépite ;
    « Quand un peuple privé du minimum lui permettant de vivre dignement s’insurge, il ne faut pas attendre de la protestation qu’elle prenne une forme élégante. La violence quotidienne, l’exclusion, la précarité, l’humiliation constituées par des conditions sociales dégradées peuvent difficilement se traduire dans une formulation paisible et polie. »
    Merci Mme Diallo

    DMc Le 6 décembre à 19:26
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