CC Clément Costa
Accueil | Tribune par Danielle Simonnet | 28 mai 2019

La pollution Lafarge, on n’en veut pas !

Le géant du béton Lafarge peut se frotter les mains : Port de Paris, la mairie de Paris et la préfecture lui ont accordé un renouvellement de concession de 20 ans pour sa centrale de Javel. Une super-bétonnière en pleine ville, exempt de toute contrainte environnementale.

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Mars 2019, je reçois comme nombre de conseillères et conseillers de Paris un courrier de l’association des Riverains du Port de Javel, située dans le 15ème arrondissement. Ils sont vent debout contre la concession d’occupation du domaine public renouvelée pour 20 ans à la centrale à bétons Lafarge-Holcim par Port de Paris. Je découvre le sujet. Je les rencontre et je fais une première vidéo d’alerte. La question de Lafarge et du béton est centrale à Paris à plus d’un titre !

 

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Tout le monde se souvient du scandale Lafarge : une enquête du journal Le Monde avait révélé en juin 2016 que pour poursuivre l’exploitation de l’une de ses usines, située en Syrie en territoire occupé par Daech, le géant du ciment et du sable Lafarge n’avait pas hésité à exposer ses salariés aux risques des enlèvements et à verser plusieurs millions de dollars à l’organisation terroriste. La Ville de Paris avait néanmoins poursuivi une année supplémentaire son partenariat avec entreprise pour bénéficier du sable pour Paris plages, avant finalement que j’arrache son renoncement. J’avais été la seule élue du Conseil de Paris à m’y être opposée et à voter contre.

La justice suit son cours et des dirigeants de Lafarge-Holcim sont poursuivis pour « financement d’une entreprise terroriste », « mise en danger de la vie d’autrui » et « complicité de crimes contre l’humanité ». Ce scandale remonte jusqu’au sommet de l’Etat, car l’évolution du procès nous a appris que le Quai d’Orsay ne pouvait ignorer les pratiques de Lafarge puisque la cimenterie servait de source d’informations pour les services de renseignement français...

Pas de soucis pour l’institutionnel parisien

Port de Paris, la mairie de Paris et la préfecture ont accordé à la centrale à béton Lafarge de Javel un renouvellement de concession pour 20 ans, un permis de construire pour doubler sa production et toutes les dérogations environnementales et de sécurité qui l’empêchaient. Y a t-il eu le moindre débat au sein du Conseil de Paris ? Non. Aucun. Cette centrale est pourtant située à 100m du Pont Mirabeau, classé monument historique, au pied du Parc André Citroën et dans le prolongement visuel de la Tour Eiffel. Si cette installation venait à être réalisée, elle générerait en plein Paris un trafic de 180 camions toupie par jour, roulant au diesel, pesant chacun 26 tonnes et circulant au-dessus d’une canalisation de gaz à haute pression !

Quelle décision en contradiction avec les engagements de la Ville de Paris de protéger les bords de Seine, inondables, et de n’y installer que des aménagements respectueux de l’environnement, du bien-être et de la santé de ses habitants... Lafarge a bénéficié d’une dérogation lui permettant de se soustraire au périmètre de sécurité imposé pour ce type d’installations industrielles. L’installation se trouve en plein cœur d’un corridor écologique clairement identifié par le Schéma régional de cohérence écologique d’Ile de France (SRCE). Elle est située dans une zone urbaine très dense, où plus de 6000 personnes résident ou travaillent dans un rayon de moins de 300m : riverains, salariés, familles se rendant au Parc André Citroën ou à l’hôpital Georges Pompidou, promeneurs des bords de Seine, voyageurs sortant de la Gare RER de Javel… À moins de 100m, se trouvent un immeuble de grande hauteur, une résidence de sept étages et un immeuble de bureaux abritant 860 salariés. Quel va être l’impact des pollutions en continu ? Et après le scandale de l’écocide provoqué par la centrale à béton de Vinci qui a rejeté du ciment à même la Seine pendant des mois du côté de Nanterre, il y a lieu de s’inquiéter. Aucun poisson n’a survécu à cet endroit.

Mais voilà, non loin se trouve aussi le site de la future Tour triangle, dont l’accélération des permis a été accordée du fait de la loi Olympique, JO 2024 oblige. Alors il faut permettre aux promoteurs de bétonner, bétonner. La Ville de Paris devrait pourtant plutôt valoriser la filière bois/terre/paille, vu l’enjeu écologique de sortir de la logique du tout béton, en raison notamment de l’empreinte carbone très élevée du ciment et de la ressource finie du sable. L’APUR, dans son document intitulé « Logistique urbaine : vers un schéma d’orientation logistique parisien », a par ailleurs confirmé le caractère polluant majeur du trafic de camions toupie généré par les centrales de production de béton prêt à l’emploi et recommande le recours alternatif aux centrales de chantier ou à d’autres matériaux de construction.

Le béton, c’est pas fantastique

Le béton est anti-écologique. Il est fabriqué à partir du sable, une ressource naturelle finie. Son extraction intensive pose de terribles problèmes environnementaux pour le littoral français comme partout dans le monde. Le béton représente 5% de nos émissions de GES. Dans le cadre du marché carbone européen, comme Lafarge utilise le recyclage de farine animales, de pneus et de produits toxiques divers dans la fabrication du ciment nécessaire au béton, elle engrange des droits à polluer et s’enrichit sur le dos de la crise climatique ! L’union européenne et son marché carbone qui enrichit Lafarge, c’est le système du pollueur-payé ! Il faut le marteler, il existe pourtant une alternative, les matériaux bois, terre crue et paille sont tout à fait à même de se substituer au béton.

La bataille ne fait que commencer. Certains diront qu’elle est perdue d’avance. Mais, face à l’urgence écologique, prenons conscience qu’on peut et qu’on doit tout changer !

 

Danielle Simonnet

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