Accueil | Editorial par Loïc Le Clerc | 16 juillet 2019

Les fachos n’aiment pas le foot, sauf quand l’Algérie gagne

A chaque match de football de l’Algérie, c’est la même histoire : de l’extrême droite à la place Beauvau, l’état de guerre est décrété !

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#OneTwoThree - 14 juillet 2019. Pendant que les Français rendent hommage à leurs ancêtres révolutionnaires en huant Emmanuel Macron sur les Champs-Elysées – on relèvera tout de même l’anticipation d’une telle humiliation via l’absence d’invités internationaux de premier plan – les Algériens jouaient une demi-finale de coupe d’Afrique des Nations.

En France, allez savoir pourquoi, il y a nombre d’Algériens, de Franco-Algériens, d’Algéro-Français ainsi que leurs enfants et petits-enfants, bref, nombre de Français depuis de plusieurs générations.

 

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Et, allez savoir pourquoi, quand l’équipe de football d’Algérie jouent, ces Français-là regardent le match, avec une passion certaine. Chose incongrue, quand cette équipe gagne, ils sont heureux. Un bonheur proportionnel à l’enjeu.

Rien de très extraordinaire jusqu’à présent. Pourtant, allez savoir pourquoi, quand l’Algérie joue, certains autres Français s’intéressent subitement au football. Ces « patriotes » sont alors saisis de sueurs froides.

Il y a tant de melons cet été, pour si peu de jambon

Car voyez-vous, après les matchs de l’Algérie, c’est le feu. On sort, en voiture bien souvent, on klaxonne, et parfois ça dégénère. Il y a de la casse, des accidents pouvant conduire au pire. La connerie est universelle.

Est-ce la chaleur du 14-Juillet ? Est-ce le fait de voir tant de drapeaux tricolores sur les Champs-Elysées ? La peur est devenue panique. « Non, la France n’est pas Algérienne. Et elle ne le sera jamais. » Ce tweet d’une quelconque élue d’extrême droite ne sort pas sans arrière-plan de pensée. Les fachos, pouvant difficilement continuer d’évoquer le « grand remplacement » après l’attentat de Christchurch, parlent plutôt de « colonisation », voire d’« occupation ». S’il est vrai qu’ils en connaissent un rayon, étant les descendants des deux idéologies totalitaires, il ne faut pas s’étonner de cette récupération historique : Robert Ménard rend régulièrement hommage à Jean Moulin...

Le mal est aussi profond que ça. C’est épidermique. Au point que nombreux sont ceux qui aimeraient tout bonnement faire interdire le drapeau algérien. Comme dit le sénateur RN Stéphane Ravier : « En France, on fait comme les Français ». Compris les Bretons ?

Patriotes du 14-Juillet

Florian Philippot, en sa qualité de président des Patriotes, opère un constat sévère à l’égard de ces scènes de liesse : « Ce qui me dérange, ce ne sont pas les supporters mais les violences. Et des gamins qui n’ont rien à voir avec l’Algérie, français depuis plusieurs générations, brandissent le drapeau algérien plutôt que français : c’est un échec de l’intégration. »

C’est vrai, brandir le drapeau de la France quand l’Algérie gagne un match de foot, ça aurait une certaine classe. Même un ancien ministre des Sports socialiste, Patrick Kanner, en arrive à se questionner sur les « manipulations des groupes salafistes »...

Le problème, dans le fond du fond, ça n’est pas le foot. Quand le Portugal – une des premières communautés d’immigrés en France, pour ne pas dire la première – gagne la coupe d’Europe en 2016, personne ne vient s’émouvoir des drapeaux, des heurts. Cela passe inaperçu parce que les politiques s’en moquent, et les médias aussi. La preuve, le député RN Sébastien Chenu « note qu’il n’y a pas de problème lorsque nos compatriotes qui sont d’origine italienne, portugaise, choisissent de fêter la victoire d’une équipe qui leur tient à cœur ». Il n’en sait rien, mais pour l’Algérie, il a de quoi dire que c’est mal.

Alors, ils feront chacun leur tour le coup du patriote « choquée et révoltée que ce 14 juillet se soit transformé en "fête nationale algérienne" ». Ils prétendront ne vouloir qu’une chose : l’intégration républicaine. Mais ils ne sont animés que par la haine. Le tout avec l’aval tacite du ministère de l’Intérieur qui n’a, semble-t-il, pas encore compris sa place dans l’histoire. N’est-ce pas Christophe Castaner qui louait il y a peu le rôle de la police française sous l’Occupation ? On lui dit pour la police sous la colonisation ?

 

Loïc Le Clerc

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