Sofyaine C.
Accueil | Par Sofyaine C. | 5 septembre 2018

Mort de Clément Méric : première journée du procès

La première journée du procès faisant suite au décès de Clément Méric s’est achevée mardi 4 septembre aux alentours de 22h. Elle a été le théâtre de nombreux moments marquants, tant dans la salle d’audience que dans la rue.

Vos réactions (3)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Hier soir, la rue de Caumartin est devenue la rue Clément Méric. Près de 200 personnes se sont rassemblées en hommage au jeune militant dans le 9ème arrondissement, où une plaque en sa mémoire fut apposée alors que résonnaient des chants et des slogans antifascistes.

Dans cette même rue, alors âgé de 18 ans, Clément Méric décédait à la suite de coups reçus au visage lors d’une bagarre avec des skinheads d’extrême droite le 5 juin 2013. Trois de ces derniers se retrouvaient plus tôt dans la journée devant la Cour d’Assises de Paris : Esteban Morillo et Samuel Dufour comparaissaient pour violences en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner avec usage ou menace d’une arme, ainsi qu’Alexandre Eyraud, jugé pour violences volontaires.

Plusieurs manquent à l’appel

Le procès s’est ouvert dans l’incertitude. À 10h30, soit une heure après l’horaire prévu, l’audience n’a toujours pas débuté. Et pour cause : la chaise où doit siéger Samuel Dufour est vide. « La Cour est forcée de constater l’absence de Samuel Dufour », déclare la Présidente, qui ajoute que le prévenu est « introuvable et injoignable ». Le procès ne pouvant débuter sans lui, une suspension d’audience est annoncée.

À la reprise, en début d’après-midi, l’ancien skinhead est bien présent. Face à la Cour, il invoque un contrôle de police aux abords du tribunal qui se serait prolongé dans un commissariat de l’arrondissement, motif confirmé par l’avocat général.

À l’appel des témoins, une autre absence significative est remarquée : celle de Serge Ayoub, ancien leader des skinheads de Paris et fondateur de "Troisième Voie" et des "Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires" (groupuscules fascistes impliqués dans cette affaire). Son absence est motivée par un courrier accompagné d’un certificat médical, attestant un état de santé qui ne lui permettrait pas de se rendre à l’audience. Le surnommé Batskin poursuit en assurant ne pas vouloir se soustraire à ses obligations, avant d’indiquer des risques de troubles et ajouter avec une teinte de provocation qu’il était « hors de question que le drame [la mort de Clément, NDLR] se reproduise […] et [qu’il soit] obligé de se défendre » s’il venait à être pris à parti.

Une troisième absence, celle d’un autre témoin, est signalée au début du procès. Un militant d’extrême droite, présent lors de la bagarre mais ayant bénéficié d’un non-lieu lors de l’instruction, prétexte quant à lui… des vacances en Corse. Un motif léger pour la présidente, qui suggère « d’écourter [ses] vacances ».

« Vous dites que vous avez changé, […] vous avez juste gommé »

E. Morillo demeure le centre des attentions de la journée. L’auteur du coup fatal donné au militant antifasciste a délaissé le look skinhead pour un bien plus sobre costume noir, et le crâne rasé a laissé place à une sage mèche coiffée. Lors de la lecture du rapport retraçant les faits, il fixe le sol d’un regard vide.

Appelé à la barre, ce dernier a présenté son engagement fasciste comme une attitude qu’il souhaitait laisser paraître, plus que de réelles convictions. Tout en minimisant son rôle au sein de "Troisième Voie" dont il assure n’avoir jamais été membre, il se définit comme un suiveur, ignorant bon nombre des pratiques et symboliques, tout en prenant le soin de ne jamais évoquer de liens directs avec S. Ayoub. Ainsi, lorsque la Présidente interroge le prévenu sur son tatouage "Travail Famille Patrie", il indique avoir appris seulement après sa signification :

« Je ne savais pas que c’était la devise de Vichy […] je trouvais juste la devise belle. »

Un deuxième tatouage, représentant le trident de "Troisième Voie", aurait été fait seulement pour « impressionner » les autres. Même réponse quand la présidente décrit son compte Facebook, où il affichait Mein Kampf. Il affirme ne jamais l’avoir lu ni eu entre les mains, et l’avait publié pour « être bien vu ». Quant aux « propos violents » dont fait état la présidente sur ce même compte, il assure ne pas s’en souvenir.

L’ignorance affichée par E. Morillo prend parfois des allures d’amnésie. Lorsque Maître Ouhioun, avocate de la partie civile, évoque une photo le montrant aux côtés de S. Ayoub, brandissant un drapeau des JNR (avec lesquelles il avait assuré quelques minutes plus tôt n’avoir jamais été en lien), il indique d’une voix pâle : « je ne me souviens plus ».

Le ton monte lorsque l’avocat général prend la parole suite aux déclarations du prévenu, qu’il estime se dérober devant son passé. « Étiez-vous un nazi ? », lance-t-il, avant d’ajouter, devant la réponse négative de l’intéressé : « Êtes vous courageux ? ». Le constat est le même pour Maître St-Palais, avocat de la famille Méric, qui déclare : « Vous dites que vous avez changé monsieur, moi j’ai l’impression que vous avez juste gommé ».

Des zones d’ombre à éclaircir

Tout au long de ce procès, la Cour s’efforcera de faire la lumière sur des zones d’ombre présentes dans la défense de E.Morillo. Des contradictions et des versions floues ont été évoquées lors de cette première journée, notamment par les avocats de la partie civile. Ainsi, lors de l’étude de personnalité, l’ancien skinhead déclare avoir quitté le CFA boulangerie dans lequel il étudiait, évoquant un redoublement imposé. Un des avocats de la partie civile fait part d’une autre version, issue du dossier d’instruction : E. Morillo aurait été exclu, après avoir porté des bijoux néonazis, dont une bague frappée d’une croix gammée. L’accusé nie en bloc. Ces bijoux, confisqués, auraient été pourtant remis à la Justice dans le cadre de l’enquête, selon la présidente. Au sujet des poings américains retrouvés chez lui, Morillo invoque la crainte de cambriolage, contredisant sa version lors de l’instruction où il avait indiqué être un collectionneur.

Ses tatouages fascistes, recouverts en juillet dernier (soit quatre ans après sa sortie de détention provisoire) par l’ancienne barmaid du bar tenu par Serge Ayoub, posent question. Il assure, malgré sa volonté de sortir de ce milieu, avoir été contraint de la contacter après avoir essuyé le refus de chaque salon où il s’était rendu. Un troisième tatouage est abordé : une toile d’araignée au coude, porté également par A. Eyraud. Quand Morillo évoque « un truc de marin, piller de bar », la présidente décrit pour sa part une signification liée aux skinheads, indiquée par Eyraud lors de l’instruction, devant des signes de protestation de la part de ce dernier.

Le procès des violences d’extrême droite

Rue de Caumartin, scandés au milieu des poings levés, des « On oublie pas, on pardonne pas » retentissent dans la rue piétonne. Un devoir de mémoire envers Clément, bien sûr, mais aussi également envers toutes les victimes des violences de l’extrême droite. Mettre en lumière les agissements violents des groupes fascistes est un enjeu majeur de ce procès, et négliger le caractère politique de ce drame est une erreur, bien trop souvent commise dans certaines analyses.

Le Comité pour Clément indique dans un communiqué attendre du procès « que la vérité soit dite publiquement sur les circonstances de la mort de Clément », ainsi que la « dimension politique de ce crime soit clairement mise en évidence ». Devant la salle d’audience, le père du jeune militant le rappelle également :

« Ce procès sera aussi celui des violences d’extrême droite. »

Tout au long des dix jours de procès, des événements sont organisés par le Comité. Ils seront, en parallèle des audiences, des lieux d’échanges et de mobilisation, à la mémoire de Clément et de ses combats.

@sofyaine_c

Vos réactions (3)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • Je ne peux pas et ne veux pas croire un seul instant que les mensonges éhontés de ce commando de tueurs néo-nazis (# néofascistes) soient accrédités par l’Etat de droit.

    justice44 Le 5 septembre à 13:09
  •  
  • il y a tellement de cas d’exactions de skin head contre des gens innocents (à Lyon, le tabassage et le viol d’un couple de Lycéens à la sortie d’un cinéma anar il y a quelques années par exemple).

    Pourquoi être tombé dans le panneau des grand médias et avoir choisi le cas de Clément Méric, qui a lui-même provoqué la rixe ?

    L’affaire ne mènera nul part : c’était prévisible depuis le début. Le skin était en état de légitime défense. C’est tout le mouvement anti-fa qui va être décrédibilisé publiquement.

    Soyez plus intelligents que les grands médias, merci.

    kheymrad Le 6 septembre à 13:13
  •  
  • Le témoignage d’un sans-abri est accablant sur ce qui s’est passé comme les intentions meurtrières de ces néonazis (en plus des SMS)

    intentionmeurtrière33 Le 7 septembre à 12:38
  •  
Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.