Accueil | Par Cyril Lecerf Maulpoix | 12 février 2018

Notre-Dame-des-Landes : et maintenant, on va où ?

Après un week-end de festivités et de mobilisation à Notre-Dame-des-Landes, certaines questions restent entières car les alternatives mises en place dépassent souvent largement la simple opposition au projet initial d’aéroport dont l’abandon ne constitue donc pas une fin en soi...

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Venus de toute la France et de l’étranger, ils étaient aux alentours de 30 000 à converger vers Notre-Dame-des-Landes ce week-end pour fêter l’expiration de la déclaration d’utilité publique du projet d’aéroport et in extenso l’abandon définitif de ce dernier. Victoire donc mais également signal du maintien de la lutte puisque la résilience de la ZAD sera rapidement confrontée aux ambitions du gouvernement et d’un modèle politique en décalage avec le monde que la ZAD symbolise.

Un carnaval victorieux

L’historien et théoricien russe Mikhaïl Bakhtine définissait le carnaval comme un moment de renversement. Renversement des hiérarchies et du pouvoir établi, renversement également des registres, faisant prévaloir satire et grotesque comme outil politique et critique des institutions et du système en place. Sans doute, ce week-end de célébration sur la ZAD, à quelques jours du carnaval officiel, n’aura jamais été aussi près de cette analyse.

Habitants, paysans, sympathisants, militants, collectifs issus de luttes-soeurs, ils étaient très nombreux à avoir bravé l’humidité et la pluie pour se rendre à Notre-Dame-des-Landes ce samedi matin. Sur la route des chicanes dont la préfète de Loire-Atlantique, Nicole Klein, avait exigé le nettoyage symbolique, non sans tensions entre les différents habitantEs, voitures, vélos et camionnettes se rangent sur le bas-côté.

On est venu de partout, certains pour la journée ou pour le week-end puisque les célébrations sont prévues toutes la nuit. Dans l’important bocage landais de 1650 hectares, les multiples chemins et routes se peuplent de marcheurs et marcheuses.

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Avions, bidons radioactifs, marionnette de Gérard Collomb sont assaillis, brûlés, attaqués par dragons, salamandres et tritons, symboles d’une biodiversité en résistance. Les figures allégoriques se côtoient au-dessus des têtes et occultent les présences plutôt discrètes d’élus ou de politiques. Certaines de ses gigantesques effigies dont plusieurs seront effectivement vouées à être brûlées lors du grand feu d’un gigantesque avion de bois dans l’après-midi.

Pour cette grande catharsis collective, beaucoup sont venus déguisés de costumes bigarrés et avancent en dansant au rythme des chants militants, des batucadas ou des orchestres en mouvements. Tous les chemins mènent à la ferme de Bellevue, lieu du grand rassemblement et de la convergence finale où sont installées différents chapiteaux et cinq scènes qui donnent aux champs l’allure d’un grand festival musical.

Converger, rayonner, préserver

L’atmosphère est évidemment à la fête et à la célébration, celle d’une « victoire politique de toute une génération ». «  On avait défilé contre le projet d’aéroport à Chambéry » explique Didier, militant anti-projet inutile, notamment opposé au projet du tunnel transalpin Lyon-Turin. Ce dernier est venu de Savoie avec plusieurs autres membres de son collectif pour célébrer cette victoire. Une victoire dont la symbolique est essentielle « dans une époque où tout nous porte à croire qu’il est vain de se battre » explique le dépliant distribué allègrement par les habitants.

« Aujourd’hui, la ZAD est un espoir pour nous. Elle a d’ailleurs été suivie en Ile-de-France par l’abandon de l’exposition universelle » ajoute, non loin dans le cortège, Bernard Loup, président du collectif pour le triangle de Gonesse, opposé au projet de centre de commerces et de loisirs d’Europa City, à côté de Roissy. « On sent que l’abandon de l’aéroport est un espoir pour les autres mouvements. La mobilisation progresse. »

Si l’enthousiasme de la victoire constitue effectivement un encouragement non-négligeable pour les autres mouvements et collectifs opposés aux grands projets comme celui d’enfouissement de déchets radioactifs Cigéo à Bure, celui du Center Parks des collines de Roybons, nombre d’entre ceux qui étaient présents cet après midi sont venus pour manifester leur joie mais également leur appartenance au « monde de la ZAD ». Un monde en opposition à un paradigme, celui d’un capitalisme vert prônant à coups de com’ la nécessité d’une transition écologique et perpétuant de l’autre, le modèle productiviste libéral habituel.

Pour Nicolas Haeringer de l’organisation 350.org, « Défendre la ZAD malgré l’abandon du projet d’aéroport reste une priorité parce que la portée de sens de la ZAD dépasse largement le projet. Tout ce qui se construit ici doit être défendu et ce sont ceux qui portent ces expérimentations qui doivent décider si oui ou non ils souhaitent continuer et sous quelles formes ».

Comment faire survivre la ZAD ?

En effet si le caractère unique et inédit de la Zad a joui d’un rayonnement international dans les mouvements militants depuis plusieurs années, le maintien de son écosystème naturel, agricole mais aussi politique est essentiel dans les années à venir. Il nécessite de porter une écoute attentive aux divers mouvements qui le traverse et l’anime. Expulsions des « éléments radicaux libres », pacification, légalisation, développement « d’une zone agricole alternative  », les processus proposés par les politiques et allègrement retransmis à l’opinion publique sont parfois loin de saisir l’importance de maintenir la pluralité des dynamiques qui animent la ZAD au-delà du maintien des activités de fermage, de maraichage et d’élevage etc.

La question des terres est en cela l’un des enjeux déterminants puisqu’elle cristallise les questions de propriété autour desquelles le gouvernement a commencé à discriminer les différents habitants de la ZAD. « Le gouvernement cherche à jouer la division entre les différentes franges de la lutte, entre les occupants historiques et le fait qu’ils disposent de terres et les occupantes et occupants arrivés après l’opération César [opération policière de l’automne 2012] » analyse Nicolas Haeringer.

Comme souvent, l’établissement de distinction entre des occupants légitimes et des occupants dits « radicaux » entretient évidemment les tensions entre légalistes et des courants plus autonomes fermement attachés à des modes de vies auto-gérés, l’action directe et opposés coûte que coûte au cortège oppressif et la politique capitaliste.

Face aux propositions officielles, les risques d’isolement ou d’éclatement entre différents espaces ou groupes d’habitantes pourraient menacer l’intégrité de l’espace. « Il n’existe nulle part ailleurs dans le pays un espace tel que celui de la ZAD, regroupant autant de capacités matérielles pour la lutte » expliquent différents habitants comme dans leur dépliant.

Echapper aux cadres économiques et agricoles soutenus par le gouvernement et les syndicats agricoles majoritaires constitue en cela un enjeu essentiel à la préservation non seulement du bocage, de la biodiversité maintes fois mise en avant lors des prises de paroles par les Naturalistes en lutte, mais également à cette force commune et collective capable de nourrir en profondeur l’imaginaire de multiples autres luttes en cours et à venir.

Au petit matin, alors que résonne encore au loin les enceintes de la scène trance et qu’à la pluie cède quelques rayons de soleil, cette réalité est présente sur les lèvres de beaucoup.

Alors que le gouvernement annonce l’expulsion des occupants dits illégaux après la trêve hivernale et que la préfète doit encore rencontrer divers collectifs paysans et instances politiques pour statuer sur le futur de la ZAD, la constitution pérenne d’une entité collective « légale » et riche de cette diversité est donc essentielle. « Faire entrer les terres de la ZAD dans une entité issue du mouvement de lutte » ne se fera sans doute qu’à cette condition.

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Vos réactions

  • Il faut savoir jusqu’où ne pas aller trop loin. Toujours veiller à ne pas être "deux pas en avant des masses".....

    Dominique FILIPPI Le 12 février à 23:52
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  • Galimatias incompréhensible de la part de KEYMLIPPI.

    Ceux qui ont de réels projets resteront comme sont restés ceux du Larzac ,il y a très longtemps .

    Les autres repartiront vers d’autres luttes , c’est aussi simple que cela.

    Les zadistes ont fait la preuve de leur capacité et maturité pour gérer le conflit et le gagner , laissons les continuer, sans se référer a de fumeux et oubliés théoriciens révolutionnaires du 19 Ieme siècle.

    buenaventura Le 14 février à 09:43
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