Accueil | Par Rokhaya Diallo | 27 septembre 2018

Pourquoi le racisme anti-Blancs n’existe pas

Après la polémique suscitée par les propos du rappeur Nick Conrad, à lire ou écouter certains commentaires, il apparaît utile de revenir aux fondamentaux et d’expliquer ce qu’est le racisme (pour les nuls). Démonstration efficace, par Rokhaya Diallo.

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Les propos tenus dans le clip de ce rappeur dont vraisemblablement personne ne connaissait l’existence avant hier sont d’une violence difficilement soutenable. Si l’auteur invoque la fiction, le renversement du stigmate, j’ai du mal à y voir autre chose que la glaçante mise en scène d’une abominable escalade criminelle. Dans tous les cas, et indépendamment de ce clip, une chose est certaine : des personnes noires peuvent nourrir des sentiments de haine à l’égard des Blancs.

Pour autant, on ne peut qualifier ce phénomène de racisme. Pourquoi ? Le racisme est un système fruit de l’histoire de dominations multiséculaires. Le racisme actuel est la conséquence de siècles d’oppression, d’esclavage, de colonisation, de théories raciales qui ont placé les Blancs au sommet de l’échelle humaine. Notre pays est allé jusqu’à codifier le statut des esclaves noirs réduits au rang de bien meubles et celui des indigènes des colonies (dont mes propres parents faisaient partie) à celui de sujets de la République, des sous-citoyens. C’est de cette histoire, pas si lointaine, que le racisme que vivent les descendants d’esclaves et de colonisés, découle.

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Jamais les Blancs n’ont été visés en tant que groupe blanc par des politiques oppressives au profit de minorités non blanches et ce du seul fait de leur couleur. Jamais ils n’ont fait l’objet de théories raciales faisant d’eux des êtres inférieurs et se traduisant dans des pratiques institutionnelles. Certes des Blancs étrangers peuvent être exposés à la xénophobie, des Blancs ont été réduits à l’esclavage par le passé, des Blancs juifs ont vécu la tragédie du génocide et du racisme. Personne ne peut nier ces horreurs. Toutefois, elles n’ont jamais été justifiées du fait de leur couleur de peau blanche, les Juifs n’étant d’ailleurs pas considérés comme des Blancs dans l’idéologie nazie.

Le fait d’être Blanc n’est un désavantage ni en France, ni dans la plupart des pays (y compris en Afrique où les Blancs dominent les Noirs sur le plan économique et social). Les préjugés contre les Blancs, se caractérisent par le fait qu’ils sont un vécu individuel : chez les personnes blanches, il n’existe pas de sentiment collectif d’oppression. Elles sont rarement hantées par l’idée qu’elles peuvent subir une injustice à cause de leur couleur de peau dont elles n’ont d’ailleurs que peu conscience.

Les Blancs, présumés dominants

Lorsque ces préjugés s’expriment à leur encontre, ils sont généralement le fait de propos ou d’actes isolés. Contrairement à ceux visant les minorités, cela ne s’inscrit pas dans un processus de répétition ni dans un système national. Le fait d’être blanc, n’empêche pas l’accès à des biens ou à des services. Les Blancs qui recherchent un appartement ou un emploi ne le font pas avec la crainte d’être rejetés du simple fait de leur couleur de peau. Il est rare que l’on soit privé d’une opportunité parce que l’on est blanc. Enfin, dans un pays comme la France, être blanc n’induit jamais de remise en cause de l’appartenance nationale.

Quel que soit leur degré de stigmatisation, les individus blancs ne sont jamais présumés étrangers et leur citoyenneté n’est ainsi pas remise en cause par le racisme. De manière générale, le fait d’être blanc n’est pas associé dans l’imaginaire collectif français à des caractéristiques dégradantes. Les brimades racistes instaurent chez certains non-Blancs des complexes d’infériorité ou des sentiments d’illégitimité et un désir de ressembler à la majorité dont je doute qu’ils soient vécus dans les mêmes proportions par des Blancs.

Lorsque l’on est une minorité en France, il est impossible d’échapper au racisme. Celui-ci ne se traduit pas toujours de la même manière : il peut s’exprimer dans le cadre désagréable d’un contrôle policier injustifié, de façon violente lors d’une agression ou prendre la forme plus légère d’une plaisanterie. Il est impossible de ne pas avoir été à un moment ou à un autre de sa vie renvoyé au fait que l’on n’est pas blanc. Si l’on ne connaît pas la proportion de Blancs qui sont exposés à des préjugés liés à leur couleur, il est certain que la plupart des Blancs de France n’en font jamais l’expérience. Nombre d’entre eux n’ont d’ailleurs jamais côtoyé de minorités.

Des actes isolés ne créent pas le racisme

Des discriminations et des préjugés peuvent émaner de n’importe qui mais le racisme, produit d’une histoire de domination, est nécessairement la combinaison de la détention d’un pouvoir et des privilèges. Il n’y a pas d’équivalent entre le racisme historique et systémique perpétué en partie par des institutions contre des populations collectivement minorées et les discriminations contre des personnes blanches qui, bien que condamnables, sont commises à des niveaux individuels. Le racisme revêt non seulement une dimension interpersonnelle mais aussi, et ce contrairement aux discriminations et aux préjugés, structurelle (conséquences parfois indirectes de pratiques passées) et institutionnelle ou systémique. A cela s’ajoutent des manifestations liées au genre, à la classe sociale, à l’orientation sexuelle, au handicap, à l’âge ou à d’autres facteurs.

Même exposée à des brimades raciales, les personnes blanches en dehors d’éventuelles interactions violentes ponctuelles – et intolérables je le répète - ne sont pas réduites à leur couleur de peau. Alors que des minorités ethno-raciales sont visées par racisme protéiforme, diffus, permanent et sans échappatoire puisque la société dans son ensemble les minore. A-t-on déjà vu une seule fois une figure publique tenir des propos anti-Blancs dans les médias ? Non.

En revanche les minorités sont en permanence exposées à des propos racistes émanant d’intellectuels ou de personnalités politiques. Je me joins donc volontiers aux voix qui dénoncent les invectives anti-Blancs, et me place en solidarité avec toute personne victimes de violences du fait de sa couleur de peau, quelle qu’elle soit. En aucun cas je ne nierai la détresse qui est la leur. Toutefois, je n’entretiendrai pas cette confusion bien commode pour nos politiques : le racisme n’est pas la somme d’actes isolés aussi ignobles fussent-ils, c’est une idéologie qui opère de manière systémique et qui tue encore de nos jours sans que cela ne suscite la même controverse.

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  • Propos et raisonnements complètement absurdes.

    Le racisme institutionnel est une chose. Oui en France, le racisme institutionnel anti-blanc n’existe pas. Mais il existe bien plusieurs racismes, et le racisme institutionnel n’est pas le seul.

    Je ne vois absolument pas l’intérêt de vouloir démonter que le "racisme anti-blanc" n’existe pas. Pourquoi ? Quel est votre but ? De très nombreux prolétaires blancs sont victimes d’agression racistes violentes. Pourquoi refuser de nommer ce racisme ? Quel est l’intérêt du point de vue du progrès social ?

    Il faut lutter contre le racisme, tous les racismes. Bien entendu, le racisme institutionnel est à la fois le plus grave et le plus simple à résoudre. Il est inutile et dangereux de renier pour autant la réalité du racisme anti-blanc

    MonKheymrad Le 27 septembre à 17:47
  •  
  • En sociologie, le racisme anti-blanc n’existe effectivement pas. La vision du racisme donnée dans cet article est basée sur la définition du racisme dans le champ étudié par la sociologie. Ce n’est donc, par déduction triviale, une vision qui n’est valable que dans le domaine de définition de la sociologie. Domaine qui est d’étudier les phénoménes sociaux Au niveau macroscopique, au niveau des masses. Ainsi, la sociologie étudie la racisme en tant que phénomène social, c’est à dire étudie les dominations qui sont à l’oeuvre dans les discriminations systémiques et les effets macroscopiques qui en découlent sur les individus, considérés en tant que masse. Et dans ce cadre, il est clair, que le racisme anti-blanc n’existe pas.

    La sociologie est une discipline très intéressante, et donne des résultats pertinants et très intéressants, mais appliquer des notions sociologiques aux comportements individuels c’est un peu comme appliquer la mécanique quantique aux corps céleste. C’est appliquer des notions précises à des cas pour lesquelles elles ne sont strictement pas adaptées !

    Répétons-le encore une fois : la sociologie est une étude macroscopique de la société. Elle n’a donc strictement rien à dire au niveau microscopique de la société, c’est a dire au niveau de l’individu. La définition du racisme étudié en sociologie ne s’applique pas aux individus. C’est d’autres disciplines qui sont pertinentes pour le définir.

    Tiens, prenons le champ juridique. Sont condamnés pénalement tout acte ou tout propos "raciste" dans la loi. Il faut donc bien pour cela définir le racisme au niveau microscopique, c’est à dire au niveau de l’individu. Et juridiquement, le racisme se traduit par des propos, des comportements ou des violences à l’égard d’une personne en raison de son origine ou de sa religion (vraie ou supposée, c’est-à-dire imaginée à partir de l’apparence physique, de la couleur de peau, du nom de famille ou de l’accent d’une personne, sans que celle-ci ne soit nécessairement de cette origine, ou pratiquante de cette religion). Voila. La définition est claire. La motivation a commettre l’acte qualifié comme étant raciste est hors-sujet.

    En résumé, la sociologie est pertinente pour affirmer que le racisme systémique anti-blanc n’existe pas en France. Mais la sociologie n’est pas pertinente pour décréter si un individu, un acte, ou un propos est raciste anti-blanc ou non..

    Coalize Le 28 septembre à 12:03
       
    • Ne renversons pas la problématique et levons une ambiguïté : Que le domaine de compétence de la sociologie ne soit pas de qualifier des actes individuels ne signifie rien quand a la pertinence de qualifier un acte individuel de raciste.

      Quand le ministre Valls a fait à la télé l’apologie du racisme contre "les Roms" j’appelle ça apologie du racisme, et c’est effectivement du racisme institutionnel du fait de sa position de ministre, et qui se traduit dans les faits par de la ségrégation et de la maltraitance "légale", sous prétexte d’appartenance a une "race" supposée, avec non reconnaissance des droits, négation de leur citoyenneté Européenne ou Française, destruction des biens, expulsion du territoire et persécutions arbitraires. Peu importe que le tout soit fondé sur une ignorance crasse et des mensonges éhonté sur ce qu’est un "Rom". La "race juive" nord européenne repose sur autant de mensonges (la création d’Israël aussi au passage) comme si leur religion était "génétique" et non le fruit du prosélytisme .

      Quand mon gamin dans un collège a proximité d’une citée se fait harceler et taper dessus par des "arabes musulmans" parce qu’il est "le petit blanc chrétien" , j’appelle ça du racisme aussi ; car c’est comme ça que cette bande de petit cons le ressent, ils se sont très clairement exprimés là dessus : peu importe la réalité de "race", de sociologie ou de quoique ce soit. Le racisme est fondé sur la haine et l’ignorance de l’autre, pas sur la science et la rationalité.

      D’ailleurs la notion de "race" a beaucoup évolué avec le temps. Comme exemple facile, il n’y a qu’a lire la presse du début 20e avec la "race Française" et la "race allemande" qui étaient présupposée avoir respectivement des caractères "génétiques" différenciés. La "race juive" doit plus a la "race allemande" qu’à une appartenance génétique sémitique... dont les "arabes" font partie : le mot "antisémitisme" DOIT être retiré de la loi qui a pour principe d’être générique et subit toutes les dérives dès qu’elle ne l’est plus, d’autant que ce mot est employé d’une manière fausse.

      Bref, on peut être raciste sans être dans le camps dominant tout autant qu’on peut être raciste tout en étant victime du racisme, et le fait que le racisme ait une base collective, in fine il concerne aussi des individus.

      Le fait que les "blancs" (définition ?) soient très peu victimes du racisme, par leur position dominante, ne signifie pas l’absence de racisme chez les dominés. Le racisme est pour moi une posture psychologique tout autant qu’une interaction sociale.

      jdautz Le 28 septembre à 14:17
    •  
    • "En résumé, la sociologie est pertinente pour affirmer que le racisme systémique anti-blanc n’existe pas en France. Mais la sociologie n’est pas pertinente pour décréter si un individu, un acte, ou un propos est raciste anti-blanc ou non.."

      tout à fait. Et affirmer que le racisme anti-blanc n’existe pas est complètement contre-productif

      MonKheymrad Le 28 septembre à 17:42
  •  
  • La sociologie n’a donc rien à voir avec la vie réelle,où le racisme anti-blanc agit massivement ?

    Maurice Le 30 septembre à 22:41
  •  
  • Oser comparer le racisme envers les blanc, qu’il existe ou non au racisme contre les noirs est une sornette.

    Je vous invite à visionner un de mes premiers vidéos engagés il y a environ 2 ans.

    Y’en a d’autres... lol

     ;)

    JF
    Scrap Webing
    https://youtu.be/inQk7cOA7pg

    Jean-François Grenier Le 22 octobre à 17:52
  •  
  • Quelque soit son importance (nombre des faits constatés ) même si celle-ci est bien moindre que le racisme institutionnel, le racisme exercé contre les blancs existe.
    Même si personnellement j’ai horreur de l’appeler racisme
    anti-blanc, il s’agit d’une sorte de racisme noyé dans la masse du racisme en général. Quand on l’analyse en détails on s’aperçoit que bien qu’il soit pratiqué par des groupes différents les causes et les raisons qui le génèrent sont étonnamment similaires.

    zimbolaktus Le 28 octobre à 15:24
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