Accueil | Editorial par Pierre Jacquemain | 14 octobre 2019

ÉDITO. Que c’est abominable d’avoir pour ennemis les rires de l’enfance

En France, en ce mois d’octobre 2019, un élu de la République peut sereinement humilier une femme en plein Conseil régional parce qu’elle porte un voile, sans que cela suscite plus de réactions que cela.

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Vendredi, lors d’une séance plénière du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, un élu du Rassemblement national – encouragé par ses amis de l’extrême droite – est intervenu pour exiger publiquement le retrait du port du voile d’une jeune maman – accompagnatrice scolaire – présente dans l’hémicycle régional. C’est au nom des « principes laïcs et républicains » que l’élu de Marine Le Pen est ainsi intervenu en pleine séance. Sauf que ni le règlement du conseil régional, ni la loi, n’interdisent le port du voile au sein de l’assemblée. Le coup de com’ politique aura eu raison des enfants présents, venus découvrir les coulisses d’une République qui vacille.

 

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Pour qui, comment, quand et pourquoi ? Contre qui ? Comment ? Contre quoi ? C’en est assez de vos violences. D’où venez-vous ? Où allez-vous ? Qui êtes-vous ? Qui priez-vous ? Je vous prie de faire silence. Que c’est abominable d’avoir pour ennemis les rires de l’enfance. Qui sont ces gens, qui sont ces hommes, ces femmes, ces élus – de la République –, qui sont-ils pour juger ? Qui sont-ils pour menacer ? Exclure ? Discriminer ? Humilier ? Leur comportement rappelle de sombres histoires. Leur inculture, leur haine, leur médiocrité, leur nombril aussi, les empêchent de penser la tête froide. Et de s’élever. Mais que veulent-ils à la fin ? Que pleurent-ils enfin ? La France de Pétain ?

La France de Pétain n’est plus. La République a vaincu. Et ces fanatiques d’extrême droite ne sont pas des Républicains. Ils ne sont pas la France. Ils sont une honte pour la communauté humaine. Car eux, ils, elles, croyants ou non ; car elles, voilées ou non, sont la France. Seraient-ils soudainement devenus des insoumis, eux qui croient mieux savoir sur tout de la soumission à un homme, à une religion ou à un parti ? Ils sont aussi soumis à leur doctrine politicienne et leur chef politique que la tradition et la bienséance les contraignent à porter une cravate. Et leurs femmes, des talons hauts. Qu’ils aillent demander l’asile ailleurs, ces fous. Ces orgueilleux d’une laïcité tronquée. Et usurpée. Que c’est insupportable d’entendre Eric Ciotti, député Les Républicains – sans doute bientôt à jour de cotisation au RN – expliquer qu’une femme voilée est une terroriste en puissance. Que d’amalgames. Que de confusions. Que de raccourcis. Que de manipulations !

Pour ces bêtes immondes, ces abrutis d’aujourd’hui, voile = islam = islamisme = terrorisme. Qu’ils nous expliquent alors pourquoi – quand ils étaient aux responsabilités, sous Sarkozy et auparavant –, ils ne voyaient aucun problème à commercer avec les islamistes au pouvoir en Turquie, en Arabie Saoudite ou en Iran ? Pire, qu’ils nous expliquent pourquoi ils leur vendaient des armes – même si depuis samedi, la France a interrompu toutes ventes d’armes avec la Turquie. Assument-ils de négocier avec des terroristes en puissance ? Assument-ils d’alimenter une guerre ? Assument-ils de vouloir stigmatiser une population entière ? Et de l’humilier ? Oui. Impunément. Et c’est bien le problème. Qu’ils fassent l’expérience administrative de l’asile. Au Brésil, aux Etats-Unis, en Inde. Et les autres d’aller à Moscou s’il y fait si bon vivre.

L’islamophobie tue

Le pire sans doute, c’est que même la gauche – à quelques exceptions près –, gênée aux entournures dès qu’il est question du voile, fait la sourde oreille. Incapable de plaider pour une acceptation franche. D’invoquer nos libertés fondamentales. De dénoncer le racisme, la haine de l’autre, de l’étranger. Des cultures ou des religions différentes. Même le fait de dire qu’il existe une islamophobie – et c’est un euphémisme – semble être un problème pour une partie, qui l’assume, de la gauche. Pourtant, de phobie il est bien question. Peur de l’islam. Peur de l’autre. Peur du couvre-chef. C’est bien le moteur. Oui, l’islamophobie existe. Oui, l’islamophobie isole. Oui, l’islamophobie tue. Et quand elle n’est pas niée – y compris à gauche – elle se banalise. Voire se justifie. Ça n’est plus possible. Le danger est devant nous.

 

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Des féministes au PS en passant par le NPA, la France insoumise ou les communistes, la question du voile clive les rangs de la gauche. Il est temps qu’elle retrouve ses repères : tolérance, justice, liberté. Parce qu’une femme et son enfant ont été humiliés, parce que le climat ambiant – et nauséabond – invite à la prudence et à la défense des plus vulnérables, parce qu’ils veulent nous opposer, parce qu’ils – au gouvernement et ailleurs – nous invitent dangereusement à créer une société de vigilance – ou plutôt de suspicion partout, pour tous, tout le temps – la gauche doit se réveiller et opposer un autre discours. Vite !

 

Pierre Jacquemain

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  • Un billet de défense passionné , sur une question qui mériterait justement d’être dépassionnée , et surtout pas articulée dans le camp du bien où chacun se reconnait d’un bord à l’autre et non pas dans une communauté partagée, celle de la République française ou du moins ce qu’il en reste. On aimerait entendre de part et d’autre de chacun des camps, et pourquoi pas de ceux qui se reconnaissent ni dans l’un ni dans l’autre , leurs demandes réciproques et leurs solutions pour sortir de cette impasse, à torts et à raisons. Et enfin que tout le monde se parle...

    ALIN JAVIER Le 21 octobre à 10:49
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