Accueil > Monde | Par Pablo Pillaud-Vivien | 27 août 2018

Un pape, ça ne peut décidément pas être progressiste

A propos de l’homosexualité, le pape a déclaré : « Quand cela se manifeste dès l’enfance, il y a beaucoup de choses à faire par la psychiatrie. » Remous dans la presse et sur les réseaux sociaux. Mais faut-il vraiment s’en étonner ?

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Depuis son accession au siège pontifical, François détonnait. A grands renforts de communications et d’espoirs d’éditorialistes de tout poil, on a même failli y croire : enfin un pape moderne ! Mais las, le mal de l’Eglise semble être trop profond et, à coups de petites phrases d’un autre siècle et de positionnements trop mous pour ne pas dire problématiques, on ne peut en tirer qu’une conclusion : comme ses prédécesseurs, Jorge Mario Bergoglio est un pape rétrograde.

Et pour preuve, sa récente sortie sur l’homosexualité : « Quand cela se manifeste dès l’enfance, il y a beaucoup de choses à faire par la psychiatrie, pour voir comment sont les choses. » Comme à son habitude, il a livré cette perle d’intelligence lors d’une conférence de presse improvisée devant des journalistes dans son avion, comme Joseph Ratzinger avait l’habitude de le faire – confère le préservatif qui « risqu[ait] d’accentuer le problème » du SIDA en Afrique. On pourrait d’ailleurs croire, dans l’un comme dans l’autre cas, qu’il s’agit de paroles en l’air, de lapsi linguae un peu déplacés et incontrôlés. Mais dès lors, on se tromperait carrément.

Pape et pipot

Même si le Vatican a fait machine arrière en demandant à ce que l’allusion à la psychiatrie soit retiré du verbatim officiel, cela n’enlève rien à la teneur du propos. Alors remettons la citation dans son contexte pour ne pas se faire accuser de couper là où ça arrange le buzz :

 

Il y a toujours eu des homosexuels, et des personnes avec des tendances homosexuelles. Les sociologues disent, et je ne sais pas si c’est vrai, que dans les époques de changement d’époque, certains phénomènes sociaux et éthiques grandissent, parmi lesquels celui-là. Mais ta demande est claire : “qu’est-ce que je dirai à un papa qui verrait que son fils ou sa fille a cette tendance” ?

Je lui dirai premièrement de prier, ne pas condamner, dialoguer, comprendre, donner sa place au fils ou à la fille, donner une place pour qu’il s’exprime. Et puis à quel âge se manifeste cette inquiétude pour son fils ? C’est important. C’est une chose quand cela se manifeste durant l’enfance. Il y a beaucoup de choses à faire par le biais de la psychiatrie pour voir comment sont les choses. C’est autre chose quand cela se manifeste après 20 ans. Je ne dirai jamais que le silence est un remède. Ignorer son fils ou sa fille qui a des tendances homosexuelles est un défaut de paternité ou de maternité. Tu es mon fils, tu es ma fille. Tel que tu es. Je suis ton père ou ta mère : parlons. Et si vous, pères et mères, vous ne vous en sortez pas, demandez de l’aide, mais toujours dans le dialogue. Parce que ce fils ou cette fille a le droit à une famille. Il ne faut pas le chasser de la famille. C’est un défi sérieux qui relève de la maternité et de la paternité. Et je te remercie de ta question.

Certes, M. Bergoglio n’a pas l’outrance de certain-es responsables politiques français qui voyait dans l’homosexualité « une abomination ». Mais on le voit bien, l’homosexualité est toujours clairement considérée comme un péché, un handicap, une sorte de maladie qui aurait des « manifestations », pour laquelle il faudrait « prier » pour en tirer « un remède ». Il aurait parlé de pulsions criminelles ou de cancer chez l’enfant qu’il n’aurait pas dit autre chose. Et pour répondre à ceux qui croient qu’il aurait simplement préconisé de rester ouverts et de se faire accompagner, en cas d’incompréhension patente des parents, par des psychiatres, et bien non, ce n’est tout simplement pas cela qu’il a dit.

Le progressisme, long chemin de croix de l’Eglise catholique

Les associations de défenses des droits des homosexuel-les n’ont d’ailleurs pas manqué de monter au créneau, rappelant à raison combien il était choquant de cibler des enfants lorsque l’on sait le taux de suicide, plus élevé que la moyenne, chez les jeunes lesbiennes, gays, bisexuel-les et transsexuel-les. Et puis, ce n’est pas la première fois que M. Bergoglio se positionne de la sorte : en 2015, l’instrumentum laboris (document de travail pour un synode de cardinaux) avait rejeté sans appel le mariage gay, considérant qu’il était inadmissible que « les organismes internationaux conditionnent des aides financières pour des pays pauvres liées à l’introduction de lois visant à instituer le “mariage” entre personnes du même sexe ». Alors il est bien loin le temps du « qui suis-je pour juger ? », titre du livre du pape François sorti aux éditions Michel Lafont en 2017…

Mais ce qui est plus grave, c’est le contexte : l’Eglise traverse une période délicate avec des affaires de pédophilie qui n’en finissent plus de s’amonceler. Du coup, François se met à faire de la politique pour rassurer les plus conservateurs de ses rangs – rappelons qu’un ex-ambassadeur du Vatican l’a même récemment accusé d’avoir caché les abus sexuels d’un cardinal américain…

Très mauvais timing donc : à propos des abus sexuels sur mineurs, ce qui prime, c’est le « je ne dirai pas un mot là-dessus », de peur d’agacer la Curie et d’attaquer avec trop de véhémence les hiérarques ecclésiaux, mais en revanche, on ne se gêne pas lorsqu’il s’agit de s’épancher en prescriptions en matière d’homosexualité. Et le raisonnement laisse perplexe : les malades, ce ne serait donc pas les criminels pédophiles – et tous ceux qui couvrent leurs agissements (!) – mais des enfants qui découvrent leur orientation sexuelle. Or l’histoire du combat des LGBT, c’est précisément la démédicalisation et le refus de la culpabilisation et de l’ostracisme.

Alors non, décidément, un réac, même s’il lave les pieds de migrants ou s’il est allé voir une psychanalyste « juive », n’en demeure pas moins un réac.

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Vos réactions

  • la religion est réactionnaire par essence.
    Lutter contre la religion, c’est l’ADN de la gauche.
    On ne peut pas être de gauche et défendre les religions.
    Mitterrand avait presque réussi à faire interdire l’enseignement de la religion aux enfants, il faut repartir de là.

    vraimentDeGauche Le 6 septembre à 16:13
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