La conférence de presse donnée par Atlantico il y a un an pour son lancement révélait une ambivalence encore à l’œuvre aujourd’hui. Interrogé sur sa ligne politique, le directeur de publication Jean-Sébastien Ferjou fera son possible pour ne pas répondre à la question. Un pure player de droite, concurrent de Médiapart et Rue89 ? « Disons que les mots capitalisme et libéralisme ne nous font pas peur », élude-t-il. Mais de là à dire qu’Atlantico est de droite, pas question. Ce n’est pourtant pas un gros mot. Pourquoi une telle réticence ? À leur décharge, se revendiquer capitaliste en pleine crise, c’est un peu comme si un diabétique obèse ne jurait que par Mac Do.
Parmi les gros actionnaires, on trouve Xavier Niel (Free), Marc Simoncini (fondateur de Meetic) et Charles Beigbeder, entrepreneur et secrétaire national de l’UMP, chargé de la « pédagogie de la réforme » et candidat à la présidence du Medef en 2005. On trouve également Arnaud Dassier, qui a travaillé aux campagnes présidentielles de Jacques Chirac en 2002 puis de Nicolas Sarkozy en 2007.
Si les contributeurs les plus assidus sont des libéraux et des conservateurs pur sucre, on trouve également des signatures plus surprenantes : Christian Rol, ex-militant du GUD, auteur d’un bouquin coécrit avec Maxime Brunerie, le militant d’extrême droite qui a tenté d’assassiner Jacques Chirac. Mais aussi Gérard de Villiers l’auteur de romans de gare qui voyait, dans une interview donnée à Minute, « de très bonnes choses » dans le FN. Mais pas de conclusion hâtive. Atlantico brouille totalement les pistes. On trouve dans la liste des contributeurs (très) intermittents le communiste Patrice Bessac, les sociologues Alain Bertho et Monique Pinçon Charlot (un seul article publié)… Qu’importe, Jean-Sébastien Ferjou se dit victime des « journaux- bien-pensants-conformistes-et-bobos » [1] qui livrent une définition réductrice du site. Et comme Regards n’a pas envie de rejoindre cette cohorte mal-pensante, on s’est appliqué à lire Atlantico.
Pour démarrer on a choisi de taper dans un article récent intitulé : « La jeunesse est libérale sans le savoir. » C’est parce qu’ils sont libéraux, ces jeunes, que le Printemps arabe a eu lieu, raconte le papier. Avant d’en arriver à la marotte d’Atlantico, cette fiscalité qui étouffe la liberté. « Quand on entre dans la vie active, il est difficilement supportable de voir la somme des taxes et impôts confisquer plus de la moitié de son pouvoir d’achat. » Une pensée pour tous les précaires qui aimeraient bien être imposables. Suivent les « fonctionnaires qui devraient être moins nombreux », l’école qui devrait s’ouvrir à l’entreprise, la réduction du coût du travail… Sur les impôts, pléthore d’articles. Leurs titres : « L’impôt sur le revenu sert-il à quelque chose ? », « Compétitivité : baissons les impôts », « Maîtriser les dépenses publiques : attention à la hausse d’impôts », « Plus d’impôts, c’est moins de croissance ». Indignés, mobilisés, syndiqués de tout poil… planquez-vous, Atlantico ne vous fait pas de cadeau. Tandis qu’un article titre, « Vaclav Havel n’était pas un indigné, car lui prenait le risque d’agir », un autre cogne sur la figure du manifestant : « Les Indignés ne renversent rien, sauf quelques poubelles. Les Indignés s’assoient sur les marches de l’Opéra Bastille et crient qu’ils ont pris la Bastille ». Les révoltés des pays arabes ? « Ils ont renversé quelques dictateurs : formidable ! Il y avait parmi [ces révoltés] quelques démocrates mais beaucoup de fondamentalistes musulmans. Ah bon ? Ne gâchons pas la fête avec ce genre de détail », ironise l’auteur. Allez on vous laisse, on a un papier sur les profiteurs des aides sociales à terminer.



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