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J’aime pas le sarkozysme télévisuel

Chronique, par Nicolas Kssis| 11 février 2012
 
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L’ouvrage de Frédéric Martel, J’aime pas le sarkozysme culturel, (éd. Flammarion), appliquant à la politique du Président le principe du like de Facebook, peut désarçonner, voire agacer ceux qui n’y voient qu’une série de règlements de comptes personnels. Pourtant, derrière le déroulé des dénonciations ad hominem de celui qui assume se la jouer « bitchy » face à un système qui ne recule devant aucun coup tordu, ce bon connaisseur du « soft power » déroule au fil des pages le portrait acide d’un mode de fonctionnement médiatique (on ne peut pas parler d’instrumentalisation puisque tout le monde est consentant) qui explique en grande partie pourquoi nous risquons de voir repasser l’ancien maire de Neuilly à l’Élysée. Et pour ce qui nous concerne ici, la télévision occupe une place centrale sur cet échiquier, un univers qui fait sens, guidé par un homme qui ne se contente pas de balancer du storytelling mais sait aussi infuser les idées fortes de sa droite « nouvelle ». Car, qui pourra en douter, en cinq ans la France a changé, pour le pire certes puisqu’indéniablement de nombreuses digues, qui avaient tenu bon jusque-là, ont fini par sauter. Et c’est dans le petit écran, en grande partie, que l’affaire est mise en scène.

Le premier point tient dans la dimension affinitaire des réseaux sarkozystes au sein des grands groupes audiovisuels. Loin de se contenter de faire pression afin que tel ou tel de ses petits favoris débarque dans une émission, le « petit Nicolas » dispose, entre Bolloré et Bouygues, d’un cercle influent d’amis qui lui veulent du bien. Et contrairement à ce que l’on a pu voir dans la presse écrite, de Prisma au JDD, guère besoin d’en venir à exiger des têtes, sauf pour des questions futiles de vie privée. Un poids lourd comme TF1 (encore aujourd’hui malgré la concurrence de la TNT) insuffle une nouvelle vision de la société de manière suffisamment perverse et homéopathique pour que la pravda réac du PAF n’ait pas toujours besoin de souligner le trait (mettons de côté l’attaché de presse gouvernemental qu’est devenu Jean- Pierre Pernaut).

La multidiffusion de séries anxiogènes comme Les experts, la téléréalité présentant un visage humiliant (fautes de français, comportements « immoraux », etc.) de gens souvent issus des milieux dits populaires, etc., y suffisent amplement. M6 de ce point de vue ajoute aussi sa pierre à l’édifice, y compris via ses émissions culinaires.

L’autre dimension fondamentale de ce sarkozysme télévisuel concerne la guerre ouverte contre France Télévision, considérée comme un acteur gênant pour les intérêts du « privé ». La volonté de nommer le président du service public audiovisuel correspond finalement assez à la conception d’un État irréprochable selon l’actuel magistrat suprême : plutôt que de rétablir l’indépendance républicaine, autant mettre noir sur blanc la légitimité de l’abus de pouvoir. En 2012, cette armée mexicaine pèsera de toute son importance. Quand on a de son côté TF1 et M6, pourquoi s’embêter à contrôler les soirées thématiques d’Arte ? Autrement dit, pourquoi faire campagne quand la télé travaille pour vous ?


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