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La Commission européenne est-elle très raciste ou juste un peu conne ?

Par Emmanuel Riondé| 14 mars 2012
La Commission européenne est-elle très raciste ou juste un peu conne (...)
 
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La semaine dernière, la Commission européenne a retiré de la Toile une vidéo dans laquelle l’Europe, incarnée par une femme blanche, est menacée par trois hommes, un asiatique, un "oriental" et un Noir. Racisme grossier ? Le porte-parole de l’institution plaide la bourde naïve et parle de méprise.

L’asiatique, bien entendu, fait des kata, il a probablement un nunchaku planqué dans la chaussette ; l’indien, genre sikh aux yeux de charbons, est barbu, enturbanné et manie le sabre tel un coupeur de tête ; quant au Noir, doté d’une musculature qui ne va pas sans rappeler celle des fauves de la savane, il est agile et grimpe partout. Un peu comme un léopard.

L’Europe, elle, est une femme, belle, douce et multiple (tant qu’à faire). Si douce et multiple qu’à la fin, elle entoure ces barbares agressifs et les fait asseoir. En fait, ils ont bien compris, que s’ils ne s’exécutent pas, elle va les niquer, cette jolie blanche qu’ils s’apprêtaient probablement à violer tous les trois parce qu’ils ont ça dans le sang, la violence contre les femmes, alors que nous, non, la preuve l’Europe est une femme.

Bon voilà, la moralité, c’est qu’ensemble on est plus fort. Contre qui, contre quoi ? Y’a qu’à voir la vidéo pour s’en faire une idée.


Un clip raciste édité par l’Union Européenne par Super_Resistence

Ce stupéfiant petit film, bourré de stéréotypes racistes et essentialistes a été pensé, réalisé puis mis en ligne le vendredi 2 mars par les communicants de la délégation générale de l’élargissement de l’Union européenne de la Commission de Bruxelles. Face au tollé soulevé, il en a été retiré le mardi suivant, 6 mars. Le temps de faire un petit buzz sur Internet mais sans que la presse, en tout cas française, n’en fasse vraiment ses choux gras.

Que s’est-il passé ? La commission européenne a-t-elle refilé les clefs de sa cellule com. à un eurodéputé d’extrême-droite ? A un publicitaire crypto-fasciste ? Joint hier au téléphone par Regards.fr, Peter Stano - porte-parole de Stefan Fulle, le membre de la Commission chargé des politiques d’élargissement et de voisinage de l’Union européenne - nie en bloc. « Le malentendu vient du fait que ce clip était destiné à une tranche de population très spécifique, les 17-24 ans, argumente-t-il. Nous avons voulu utiliser le langage et les codes de cette génération. Les trois hommes pratiquent des arts martiaux et se situent dans l’univers des jeunes, le cyberespace, les jeux vidéos. D’ailleurs, durant les 5 jours où ce film est resté en ligne, il a été vu environ 500.000 fois et les réactions du public visé ont été plutôt très favorables ». D’où, alors, sont venues les pressions qui ont conduit les gens de la Commission européenne à retirer cette vidéo ? « De médias traditionnels et de personnes à qui elle n’était pas destinée, assure Peter Stano. Quand leurs accusations de racisme nous sont tombées dessus, nous avons décidé de l’annuler car nous ne souhaitons pas entrer dans une polémique ».

Ce serait donc pour lui une méprise. « L’objet de la campagne que nous menons actuellement, et dont ce film n’est qu’un élément, est de promouvoir l’élargissement de l’Union européenne. Nous avons fait le pari de jouer avec les clichés afin de lutter contre les préjugés... Le message qu’on veut faire passer, c’est celui du respect et que l’on peut s’entendre en discutant », explique le porte-parole en faisant référence à la chute du clip.

Un message, c’est peu de le dire, plutôt brouillé. Les représentations de l’étranger et de l’européenne sont au contraire si caricaturales et désignent si clairement des étrangers non-occidentaux que l’on a peine à croire que les communicants n’ont pas anticipé les protestations. C’est pourtant ce qu’affirme Peter Stano : « C’était une expérience. Après toutes ces réactions négatives, nous serons désormais bien plus attentifs car on a compris que certains sujets sont très glissants. La prochaine fois, on utilisera des extra-terrestres pour ne pas risquer la polémique ! »

Une pirouette qui confirme étrangement que l’Europe semble avoir besoin d’un "autre" hostile pour vendre son élargissement. Mais qui surtout en dit long sur l’absence de réflexion sur le fond qu’a suscité cette affaire à la Commission. L’erreur, selon eux, c’est d’avoir choisi les mauvais morphotypes à la mauvaise époque... Un bourde stratégique en somme. Un peu court comme enseignement. Une institution telle que l’Europe aurait pu en profiter pour se demander si elle est fondée à se comporter comme le vulgaire service commercial d’une entreprise en raisonnant en terme de "public ciblé" à qui on propose ce qu’il est censé attendre en faisant fi des dimensions politique et éthique du message ; Elle pourrait aussi faire un peu d’introspection : quels que soient les arguments avancés, ce film témoigne bien de l’enracinement profond dans certains esprits (en l’occurrence européens) de la conviction d’appartenir à une civilisation supérieure. Mais visiblement, du côté de Bruxelles, l’affaire de la "vidéo raciste" n’a pas suffit à mettre ces questions sur la table.

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