Accueil | Entretien par Thomas Clerget | 19 septembre 2014

Village des alternatives : « L’urgence climatique et la justice sociale »

Ce week-end à Gonesse se tient le Village des alternatives à l’initiative d’Alternatiba, qui vise "la construction d’un grand mouvement de mobilisation sur le climat" en liant social et écologie. Quatre questions à Gilles Lemaire, un de ses animateurs.

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Gilles Lemaire est écologiste, militant d’Attac et engagé dans la dynamique Alternatiba.

Regards. À l’issue d’un premier rendez-vous qui a rassemblé 12.000 personnes à Bayonne en octobre 2013, les militants du mouvement Alternatiba appelaient à « créer dix, cent, mille Alternatiba en France et en Europe ». Pouvez-vous nous éclairer sur la nature de cette dynamique et sur ses objectifs ?

Gilles Lemaire. L’origine humaine du réchauffement climatique ainsi que les conséquences dramatiques pour les populations les plus fragiles – tant dans les pays du nord que plus encore dans les pays du sud – ne font plus de doute. L’inertie actuelle des gouvernements, qui pourtant se réunissent à l’initiative de l’ONU dans des conférences annuelles (les COP), est par trop inquiétante, car l’émission de gaz à effet de serre, cause du réchauffement, se poursuit voire s’accélère. La mobilisation sociale après la COP15 de Copenhague en décembre 2009 est retombée, sidérée par l’incapacité des gouvernements à prendre des engagements à la hauteur des enjeux.

Persuadés de l’importance pour l’humanité de maîtriser le réchauffement climatique, conscients qu’il s’agit de changer les modes de production, de consommation, d’organisation de nos sociétés et ce à tous les niveaux, nous avons eu l’intuition que pour créer une mobilisation citoyenne forte, il fallait certes continuer la pression sur les gouvernements, mais aussi faire se rencontrer l’ensemble des alternatives existantes. Celles-ci – que ce soit des ateliers de réparation de vélos, des AMAP, des collectivités locales qui engagent le tri des déchets, développent les transports en commun... – , sans en avoir toujours conscience, réduisent les émissions de carbone. Porteuses de plus de solidarité et convivialité, prenant conscience de leurs forces potentielles, elles peuvent ainsi être le terreau de construction d’un grand mouvement de mobilisation sur le climat. Alternatiba, les villages des alternatives, répondent à cette volonté de rencontre des alternatives et de débat sur les enjeux du désordre climatique créé par un réchauffement global de la planète aussi brutal que rapide

Cette volonté de convergence des mots d’ordre liés à la justice sociale et à l’urgence climatique vous semble-t-elle prometteuse ?

Plus que prometteuse, elle est nécessaire, tant entre les pays développés et moins développés, qu’au sein des pays entre les différentes classes sociales. La Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques a été adoptée au cours du Sommet de la terre de Rio de Janeiro en 1992, ratifiée par 189 pays. Elle reconnaissait trois grands principes, le principe de précaution, le principe des responsabilités communes mais différenciées, et le principe du droit au développement. En effet, les pays du sud sont les moins responsables de l’émission des gaz à effet de serre présents dans l’atmosphère. Les principaux responsables sont les pays du nord qui se sont développés en pillant les ressources des pays colonisés et en utilisant le charbon et le pétrole dans leurs développement au 19e et 20e siècles. Pour obtenir aujourd’hui que toutes et tous participent à cet effort nécessaire, cela ne peut se faire que dans la justice sociale. Ayons conscience qu’un mouvement portant cette exigence de l’urgence climatique et de la justice sociale agit pour l’ensemble de l’humanité.

« Bloquer le développement de la financiarisation de la nature »

Pourquoi avoir choisi le site du triangle de Gonesse pour organiser le rassemblement des 20 et 21 septembre prochains ?

C’est le fruit de la rencontre du Collectif pour le triangle de Gonesse (CPTG) et de la dynamique Alternatiba en Île-de-France. Le CPTG, depuis plusieurs années, se bat contre Europacity, le projet fou d’ImmoAuchan à proximité des aéroports de Roissy et du Bourget. Il s’agit de bétonner plusieurs centaines d’hectares de terres agricoles pour installer une piste de ski, un centre aquatique, un parc d’aventures, dix hôtels, cinq cents boutiques... Depuis 2011 le CPTG réclame une autre utilisation de ces terres préservant leur destination agricole et utilisant l’argent public pour d’autres projets. Il était donc naturel que le CPTG s’inscrive dans la démarche Alternatiba et que Alternatiba IDF participe à la tenue de ce premier village des alternatives en Ile-de-France, à vingt minutes du cœur de Paris.

La 21e conférence sur le climat (COP 21) aura lieu à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015. Quels en sont les enjeux ?

Officiellement, cette conférence doit d’abord définir les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour chaque pays sur la période 2020-2030. Le GIEC (groupe d’experts international sur l’évolution du climat créé en décembre 1988), dans son cinquième rapport publié ces derniers mois, met l’accent sur l’accroissement des émissions ces dernières années et sur le fait qu’à ce rythme, le dépassement du seuil de réchauffement de deux degrés Celsius sera atteint dès 2030. Or depuis le début, les experts proclament que franchir ce seuil ouvre le danger majeur de déclenchement de boucles de rétroaction, avec le réchauffement des océans libérant le gaz carbonique qu’ils capturent et le dégel des plaines gelées (notamment de Sibérie) dégageant le méthane qu’elles emprisonnent.

Le deuxième enjeu est le montant des financements que les pays du nord dégageront pour aider les pays du sud à se développer "proprement" et à s’adapter aux conséquences déjà visibles du réchauffement climatique. Le troisième enjeu est de bloquer les fausses solutions que sont le développement de la financiarisation de la nature (le capitalisme cherche en permanence à élargir son champ d’intervention), mais aussi les agrocarburants, le nucléaire... Toutes pistes qui si, elles peuvent partiellement réduire les émissions, ont d’autres conséquences aussi, sinon plus, dommageables pour l’alimentation, la sécurité, la santé ou la biodiversité. Nous savons que le combat du mouvement pour l’urgence climatique et la justice sociale ne s’arrêtera pas à cette conférence, qui risque fort de ne pas aboutir aux engagements à la hauteur des enjeux ; mais c’est une formidable occasion pour le renforcer. Nous vous appelons toutes et tous à vous joindre à nous et à venir à Gonesse.

Village des alternatives à Gonesse (95), les 20 et 21 septembre. Renseignements sur le site d’Alternatiba.

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