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Arno Klarsfeld, un symbole au-dessus de tout soupçon
dimanche, 1er octobre 2006
/ Anne-Claire Colleville

Arno Klarsfeld est de ceux que l’on appelle à la rescousse, au pied levé, pour se sortir d’une impasse, c’est le joker caution morale. Il a été nommé médiateur national, fin juin, dans le dossier des familles d’enfants sans papiers scolarisés, pour étudier au cas par cas les situations litigieuses. A quoi correspond ce choix fait par Nicolas Sarkozy, qui annonçait alors 6 000 régularisations à venir ? Les parrains des enfants sans papiers scolarisés et menacés d’expulsion déclaraient en juin : « c’est un devoir moral de les protéger. C’est comme cacher des juifs pendant la guerre. » Qu’à cela ne tienne ! Le ministre de l’Intérieur allait leur offrir un interlocuteur incritiquable, un symbole. Arno, le fils de Serge et Beate Klarsfeld, les traqueurs de nazis.

Ingénu, le nouveau médiateur explique aux internautes sur le site du Monde : « Connaissant Nicolas Sarkozy, je suis intervenu en leur (les enfants de sans-papiers, ndlr) faveur et je suis allé le trouver en mai. Nous avons eu une discussion en tête à tête. » Il suffit à Arno Klarsfeld d’avoir un entretien entre quatre yeux pour convaincre le ministre qu’il incarne la neutralité, l’impartialité et l’indépendance nécessaires à la fonction de médiateur. Il poursuit : « Mon rôle est d’être un intermédiaire entre les familles et l’administration, et un rôle de pédagogie vis-à-vis de l’opinion publique. »

La chose est dite. Cette fonction pédagogique tient à ce qu’il représente, non à ce qu’il fait.

A 39 ans Arno vit toujours dans le cabinet d’avocats de ses parents. Il est, aux dires de son père, « notre plus fidèle militant ». Les époux Klarsfeld avaient, dès 1968, rodé leur méthode : « Il faut agir avec une violence symbolique qui entame la conscience publique. Quand on est faible, il faut agir avec force, violer la légalité avec tact », explique Beate Klarsfeld, en évoquant la gifle qu’elle avait alors donnée au chancelier Kiesinger.

Cette impertinence familiale, Arno Klarsfeld veut la faire perdurer aujourd’hui, à n’importe quel prix. Il va aux audiences de procès en roller et cultive un look branché et cool. Il balance un verre d’eau à la tête de son interlocuteur, à la télévision. Au cours d’une autre émission, il traite le MRAP de mouvement antisémite. Il s’engage en 2003 dans le corps des garde-frontières de Jérusalem-Est.

Avocat comme son père, il a plaidé du côté des parties civiles aux procès Touvier et Papon. Mais les grands dossiers historiques, liés à la Deuxième Guerre mondiale, se font rares. Et pour continuer à se faire remarquer, Arno Klarsfeld se rapproche du pouvoir. En 2005, il est nommé par Nicolas Sarkozy pour faire un « travail approfondi sur la loi, l’histoire et le devoir de mémoire ». Le rapport qu’il produit sera sujet à polémique, encourageant le droit du politique à légiférer sur l’histoire et admettant implicitement les bienfaits de la colonisation. En mai 2006, il travaille à nouveau pour le ministre de l’Intérieur en lui remettant ses réflexions sur la délinquance, un petit fascicule de sept pages.

L’avocat « ne regrette pas du tout d’avoir accepté » la mission que Nicolas Sarkozy lui a confiée, déclarait-il en septembre, alors que le chiffre officiel des régularisations tombait. Ce sont 6 924 personnes qui ont reçu une carte de séjour d’un an sur les 30 000 dossiers enregistrés en préfecture. Le médiateur avait juré qu’il ne serait pas question de quota, mais de cas par cas.