Agriculture : faire de la politique en temps de dérèglement climatique
Le Sénat réautorise un néonicotinoïde et les mégabassines. La canicule rappelle pourtant que la question est ailleurs : notre agriculture est entrée dans un monde nouveau. Reste à savoir si nous sommes collectivement prêts à en tirer les conséquences.
La France sort d’une semaine de canicule, avec ce constat terrible : elle n’avait rien d’exceptionnel. Elle annonce au contraire ce qui nous attend. Nous avons souffert dans notre chair et les récoltes aussi. Les éleveurs ont perdu des animaux. Dans plusieurs régions, les moissons de blé s’annoncent décevantes. Le dérèglement climatique n’est plus un risque, c’est le cadre dans lequel notre agriculture doit désormais produire.
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Et que répond le Parlement ? Dans la nuit, le Sénat a adopté un amendement à une loi agricole. Le rédacteur de celui-ci : toujours le même Duplomb dont une pétition de deux millions de signataires et le Conseil constitutionnel avaient déjà entravé une loi il y a un an.
À nouveau, le sénateur LR Laurent Duplomb, ainsi qu’une majorité de sénateurs, proposent le retour de l’acétamipride, l’encouragement des mégabassines, de nouvelles facilités pour les activités agricoles face aux règles environnementales, notamment sur le loup. Le texte doit maintenant passer en commission mixte paritaire mi-juillet. Cette étape est souvent présentée comme une recherche de compromis. En réalité, elle va à l’encontre du fonctionnement normal du Parlement car sa composition donne aujourd’hui un avantage à la droite.
Mais le plus frappant est ailleurs : c’est la troisième loi agricole en deux ans. Nous changeons de cap presque chaque année. Or l’agriculture ne vit pas au rythme de ces coups de barre politiques. On ne transforme pas une exploitation, un système agricole, en quelques mois. On ne prépare pas les cultures de demain avec des décisions prises dans l’urgence, parfois dans l’emportement d’un débat public faussé.
Il faut regarder la réalité en face : certains rendements vont baisser. La question n’est donc pas de faire comme si rien ne changeait. Elle est de garantir un revenu aux agriculteurs, de maintenir notre capacité à nourrir le pays.
Derrière cette loi se cache une question beaucoup plus vaste : voulons-nous adapter notre agriculture à un climat qui change ? Ou voulons-nous préserver à tout prix un modèle conçu pour un climat et un environnement qui mutent ? Nous oscillons entre ces deux choix. Sans jamais trancher.
Le retour de l’acétamipride illustre cette contradiction. L’autorisation de ce néonicotinoïde, cancérogène probable selon l’OMS, dans le reste de l’Union européenne crée une concurrence que les agriculteurs français dénoncent à juste titre. On ne peut pas demander les mêmes résultats avec des règles différentes. Mais cette difficulté révèle surtout l’absence d’une politique européenne cohérente.
Il faut regarder la réalité en face : certains rendements vont baisser. La question n’est donc pas de faire comme si rien ne changeait. Elle est de garantir un revenu aux agriculteurs, de maintenir notre capacité à nourrir le pays et de conserver la possibilité d’une agriculture exportatrice (notre climat le permet encore, contrairement à d’autres pays, ne soyons pas nationalistes et égoïstes en la matière). Voilà le débat.
L’eau pose le même défi. Les mégabassines répondent à un besoin réel : celui de stocker une ressource qui devient plus rare pendant l’été mais aussi plus abondante durant l’hiver – c’est une des conséquences du réchauffement climatique. D’autres solutions existent : créer des sillons perpendiculaires aux pentes et replanter des haies aux racines qui font barrière pour favoriser l’infiltration dans les nappes. Bref, modifier les pratiques agricoles. Sans doute faudra-t-il combiner plusieurs réponses plutôt que transformer chaque projet en guerre de religion.
Nous avons surtout besoin de retrouver une capacité à décider ensemble. Les bassins versants offrent une échelle pertinente pour penser l’eau. L’idée de biorégions avancée par Jean-Luc Mélenchon remet cette question sur la table. Mais le géographe Jacques Lévy rappelait ce mardi matin sur France Culture qu’une société ne s’organise pas seulement autour de ses contraintes naturelles. Elles comptent. Elles ne disent pas tout. L’agriculture française a besoin d’une direction. Et pour l’envisager, on a besoin d’un vrai débat avec toutes les parties prenantes, c’est-à-dire au fond l’ensemble de notre société. Seulement, aujourd’hui, on n’y est pas. On s’affronte à coups de slogans. Tout cela paraît un peu vain alors que l’urgence est maintenant un sujet du présent.
Il est plus que temps de séparer l’État de la FNSEA, cette secte fanatique autant qu’aveugle.
Est-ce à dire que la proposition de La France insoumise, portée par le candidat Jean-Luc Mélenchon, cette idée de biorégions que votre article résume en écrivant : « L’idée de biorégions avancée par Jean-Luc Mélenchon remet cette question sur la table. Seulement, aujourd’hui, on n’y est pas. On s’affronte à coups de slogans. Tout cela paraît un peu vain alors que l’urgence est maintenant un sujet du présent. », ne serait finalement qu’un simple slogan ?
Si l’urgence est vraiment « un sujet du présent », alors il aurait été utile de rappeler quelques décisions, elles, bien réelles.
D’abord, le vote intervenu hier au Sénat en faveur de la réintroduction de l’acétamipride, dans le cadre de la loi Duplomb. Un pesticide pourtant interdit en France depuis plusieurs années, dont de nombreuses études alertent sur les risques pour la biodiversité et sur de possibles effets sur le développement neurologique, notamment chez les fœtus. Visiblement, face à l’urgence écologique et sanitaire, certains sénateurs ont choisi de regarder ailleurs. Sans doute la marche arrière est-elle devenue une nouvelle forme de progrès.
Ensuite, le Conseil d’État vient de valider les autorisations environnementales de l’A69. Une décision d’une gravité exceptionnelle, qui entérine le passage en force du gouvernement, du président Macron et de la fervente promotrice de ce projet, Carole Delga. Voilà donc la plus haute juridiction administrative transformée en chambre d’enregistrement d’un projet aussi coûteux qu’inutile, sacrifiant des zones humides, des espèces protégées, des terres agricoles et un peu plus de notre avenir commun sur l’autel d’une vision du siècle dernier.
Pendant que certains expliquent que les propositions écologistes ne seraient que des « slogans », d’autres votent des reculs environnementaux majeurs et valident des projets destructeurs. Les slogans ne sont peut-être pas là où l’on croit. En revanche, les conséquences, elles, seront bien réelles. Elles ne se contenteront pas de faire les gros titres : elles s’imposeront à toutes les générations qui auront à vivre sur cette planète avec les décisions prises aujourd’hui.
Voilà, voilà.
laurent DUPLOMB n’est pas seulement un sénateur LR : il est aussi – et surtout ? – un ancien Président de la FDSEA de Haute-Loire. Combien d’anciens responsables nationaux ou départementaux de la FNSEA sont-ils aujourd’hui sénateurs ? Et combien sont Maires de communes rurales ? La FNSEA est devenu un Etat dans l’Etat et la Coordination rurale – qui lui tire la bourre -, ne remet nullement en cause cet état de fait : ils veulent juste prendre la place pour faire la même politique d’industrialisation capitaliste de l’agriculture qui, depuis la création des lycées agricoles au service de ce dessein, a ruiné 95% des fermes …. La même politique, le « politiquement correct » en moins ! Et c’est la course à l’échalotte trumpiste entre les deux depuis la dernière élection aux chambres d’agriculture. Ne pas décrire cette réalité telle qu’elle est et entretenir ce récit de pure propagande de « l’agriculture française qui nourrit le monde », c’est encourager leur course à l’abîme. En tout cas, ce n’est clairement pas du journalisme.