Mélenchon a raison sur la dette de la France — par Yanis Varoufakis

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L’ex-ministre des finances grec vient au secours du candidat à la présidentielle française, arguant de l’absurdité du système financier actuel. Nous vous traduisons ici son propos.

Cet article est une traduction du texte publié sur Project Syndicate.

Le triste état des écoles publiques françaises, qui a déclenché des manifestations de colère à travers le pays, était un symptôme de l’austérité chronique. Mais cela n’a pas empêché les sirènes d’une austérité plus profonde de répéter leur chanson. Emmanuel Moulin, le gouverneur de la banque centrale de France, appelle à d’importantes coupes budgétaires pour éviter le « risque d’être progressivement étranglé par la hausse des taux d’intérêt ». Si cela se produit, les tensions sociales seront encore enflammées et les investissements désespérément nécessaires disparaîtront. Alors que l’Allemagne est déjà confrontée à la désindustrialisation et au soutien croissant aux forces d’extrême droite, la dette publique de la France s’annonce comme la prochaine ligne de faille de l’Europe.

Dans ce contexte, Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise et candidat à la présidentielle, a présenté une proposition portant sur environ 600 milliards d’euros, soit 18% de la dette publique globale de la France. Il s’agit d’obligations d’État françaises que la banque centrale française possède et pour lesquelles les contribuables devront payer plus d’impôts, ou réemprunter plus cher, pour rembourser leur propre banque centrale.

Mélenchon juge qu’il est absurde pour l’État français d’emprunter 600 milliards d’une main pour payer de l’autre. Son alternative est un échange de dette entre le Trésor et la banque centrale qui, en pratique, retire cette dette pour créer un espace budgétaire pour des investissements désespérément nécessaires.

Par souci de transparence totale, je ne suis pas un simple commentateur dans ce débat. Le plan d’endettement de Mélenchon est fondé sur mes propositions d’échange de dettes en 2015, lorsque j’ai été brièvement ministre des finances de la Grèce. L’idée était de court-circuiter la folie que la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international essayaient d’imposer.

Y a-t-il une raison valable pour rejeter la proposition de Mélenchon, autre qu’elle a été proposée par Mélenchon, ou par moi en 2015 ?

Peu de temps après avoir emménagé au ministère des finances, j’ai dû rembourser la BCE autour de 6 milliards pour des obligations grecques arrivant à échéance qu’elle avait achetées en 2011 pour renflouer les banques principalement françaises et allemandes qui les détenaient. Comme le gouvernement grec était en faillite, aucun investisseur sain n’accordait l’argent pour rembourser la BCE. Donc, pour maintenir le faux-semblant, la BCE et le FMI voulaient que les banques grecques en faillite émettent 8 milliards sans valeur que mon ministère en faillite garantirait. La BCE les accepterait comme garantie et prêterait aux banques 6 milliards. Je vendrais alors les nouvelles obligations qu’aucun investisseur ne toucherait, ne prendrait pas « leur » 6 milliards et ne les remettrait à la BCE. Ça ressemble à un plan de Ponzi, parce que c’est ce qu’il était.

Ma contre-proposition était simple. Échanger la totalité des obligations grecques détenues par la BCE à cette époque pour une obligation perpétuelle unique avec une valeur nominale identique, payant à la BCE 1% de cette valeur à perpétuité. Rien de nouveau là-bas : à peu près au même moment, George Osborne, le ministre des finances du Royaume-Uni, retirait un lien perpétuel émis par l’État britannique en 1752. Pas un euro ne serait annulé. La BCE sauverait la face. Le peuple grec aurait un peu d’espace de respiration. Et l’Europe serait épargnée par un plan qui la déshonorait aux yeux de toute personne ayant un sentiment de décence.

C’est ce que propose aujourd’hui Mélenchon : convertir les obligations d’État françaises déjà détenues à la banque centrale française en obligations perpétuelles. Ensuite, utiliser l’espace fiscal que cela crée exclusivement pour investir dans des emplois de qualité, l’éducation et le logement social. La seule différence entre sa proposition et la mienne est que Mélenchon suggère un coupon de 0%, alors que j’ai proposé un taux d’intérêt de 1% qui aurait contredit toute accusation légaliste selon laquelle nous radions la dette.

Serait-ce inflationniste ? Non. Les obligations perpétuelles ne seraient pas une nouvelle dette et n’ajouteraient pas un seul euro à la masse monétaire.

Cela reviendrait-il, comme l’a prétendu le ministre français de l’économie, Roland Lescure, « à dire que nous ne rembourserons pas les gens à qui nous devons de l’argent… aux épargnants, aux polices d’assurance-vie et aux banques » ? Non. Les 600 milliards ont déjà été retirés du marché obligataire ; il n’est pas dû aux épargnants, aux assurés ou aux banques ; les obligations sont situées dans les coffres-forts de la propre banque centrale de l’État.

Olivier Blanchard, l’économiste en chef du FMI à l’époque où j’étais en conflit avec cette institution, a commenté que « l’effet net serait nul » car l’État économiserait sur les intérêts mais perdrait le même montant en bénéfices de la banque centrale. Mais c’est tout simplement faux. Blanchard néglige de mentionner que le refinancement des 18% de la dette détenus à la banque centrale augmenterait inutilement le coût des 82% restants de la dette publique française, augmentant ainsi la pression pour plus d’austérité, ce qui aggraverait le mécontentement et la répression des investissements.

Y a-t-il une raison valable pour rejeter la proposition de Mélenchon, autre qu’elle a été proposée par Mélenchon, ou par moi en 2015 ? L’ancien commissaire européen au marché intérieur, Thierry Breton, a trouvé une réponse : la Banque de France fait partie de l’Eurosystème régi par la BCE et ne peut pas annuler ou effacer indépendamment les obligations. C’est vrai, mais le conseil des gouverneurs de la BCE pourrait prendre cette décision pour autant qu’elle s’applique à chaque État membre de la zone euro.

Tout comme l’Eurosystème a acheté des obligations de chaque État membre de la zone euro proportionnellement au PIB de chaque pays pendant la crise de l’euro, l’Eurosystème peut retirer la dette de chaque État membre de la zone euro qu’il détient, en donnant une marge de manœuvre budgétaire précieuse à tous. Si cela a conditionné à utiliser l’espace fiscal supplémentaire pour investir dans l’énergie propre, l’éducation et le logement social dont l’Europe a besoin, tant mieux.

Mais la Commission européenne et la BCE tueront toute proposition de ce type, comme elles ont tué la mienne en 2015. Ils savent que plus d’austérité maintenant renforcera les niveaux déjà hallucinants d’inégalité et de stagnation de l’Europe. Ils comprennent que cela mettra plus de vent dans les voiles de l’extrême droite. Mais leur détermination instinctive à imposer une austérité maximale est telle qu’ils ne bronchent pas.

Lorsque, au nom de la modération, les centristes qualifient toute alternative raisonnable à l’austérité sévère d’« absurdité », ils ne laissent aux électeurs qu’une seule rébellion électorale – et l’extrême droite est heureuse de la fournir. Le fanatisme en costume gris, qui ne cesse de répéter qu’il n’y a pas d’autre solution, ne ressemble pas à du fanatisme tant qu’il n’a pas échoué. Mais alors, il est trop tard.

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7 commentaires

  1. Lafleur le 12 octobre 2026 à 18:40

    Très beau texte d’un ancien ministre social-démocrate populiste grecque ! Mais, il a été vaincu par ses frères sociaux-démocrates libéraux en 2015. Comment fera Jean-Luc Mélenchon sans le PS et sans les écologistes qui sont des européistes proches du SPD et des Grünen pour 2027-2032?

    Le texte est intéressant car il contient une proposition financière identifiable : convertir en obligations perpétuelles, à taux nul, une partie des titres publics détenus par l’Eurosystème et même une thèse politique plus large : l’austérité n’est pas une nécessité économique absolue, mais résulte aussi de choix institutionnels et de rapports de pouvoir.

    Cela signifie que certaines transformations supposent de modifier les règles, d’obtenir une décision de l’Eurosystème ou d’engager un conflit politique avec les institutions européennes. Mais, le Plan B depuis 2019 et le départ de Charlotte Girard et François Coq etc. n’est plus. Le conflit est contre la gauche pour LFI, pas avec la Commission. Et le texte ne donne pas de solution si particulièrement l’Allemagne refuse une modification de l’article 123 du TFUE ou que la BCE désobéisse elle-même de son propre chef.

    Mais, la Banque de France a indiqué qu’elle détenait environ 488 milliards d’euros de titres publics dans les portefeuilles concernés au 30 juin 2026, en coût amorti, et que leur encours diminuait avec les échéances depuis l’arrêt des réinvestissements. Le chiffre de 600 milliards avancé par Varoufakis dépend donc de la mesure et du périmètre retenus ; il ne faut pas le traiter comme une somme immédiatement disponible pour de nouvelles dépenses. Le point le plus contestable de l’article est donc l’affirmation selon laquelle cette opération ne coûterait rien et créerait mécaniquement une marge budgétaire importante. Son effet net dépend des modalités de conversion, du bilan consolidé de l’Eurosystème, de la rémunération des réserves et des conditions auxquelles l’État devra continuer à emprunter. La Banque de France a d’ailleurs expliqué que l’effacement pur et simple de titres détenus par la banque centrale n’est pas neutre sur le bilan agrégé : la banque centrale a elle aussi des passifs et peut subir des pertes si ses revenus d’intérêts ne couvrent plus le coût de ses engagements. Enfin, une obligation perpétuelle à coupon nul n’est pas équivalente à une dette ordinaire simplement reportée : sans intérêt et sans échéance, elle ne produit aucun flux financier au détenteur. Même si le principal subsiste juridiquement, son annulation économique est très proche d’un effacement. Le fait de conserver une valeur nominale dans les comptes ne règle donc pas le débat sur la nature réelle de l’opération. En d’autres termes, il n’a toujours pas compris son échec de 2015.

    Varoufakis montre donc ses limites sociales-démocrates. Il raisonne principalement à partir du coût de la dette et de l’espace budgétaire que l’on pourrait dégager. C’est donc juste une politique de droite intelligente qu’il propose. La droite est idiote alors il pense intelligemment pour elle. Il oublie pourquoi la droite n’est pas intelligente selon lui. Or, le problème ne se réduit pas à savoir combien l’État peut dépenser. Il faut examiner comment l’argent est orienté vers la production, quelles classes contrôlent l’investissement et qui bénéficie des richesses créées. Une politique de relance peut soutenir l’emploi et les services publics sans modifier durablement le pouvoir du capital sur les entreprises, les banques et les décisions d’investissement. Elle peut aussi se heurter à des contraintes de capacité productive : si les dépenses supplémentaires augmentent la demande de biens et de services que l’économie ne peut pas fournir, elles peuvent alimenter les prix ou les importations. Varoufakis affirme que son dispositif ne serait pas inflationniste parce qu’il ne créerait pas un euro supplémentaire de masse monétaire. Mais il confond ici deux questions. Ne pas créer immédiatement de monnaie supplémentaire par l’opération comptable ne garantit pas que les dépenses rendues possibles seront sans effet sur l’inflation. L’effet dépend notamment de l’utilisation des marges budgétaires, des capacités de production disponibles et de la réaction de la politique monétaire. Le critère ne peut donc être simplement : l’État peut-il dépenser davantage ? Il doit aussi être : cette dépense permet-elle de modifier les rapports de production et de renforcer le pouvoir des travailleurs ? J’entends bien que Regards veut faire la promotion de Jean-Luc Mélenchon par ce texte. Contrairement aux insoumis qui peuplent ce site, Regards imagine soutenir la crédibilité de la social-démocratie populiste par cette traduction.

    Pour information, la résolution du Conseil national du PCF du 9 mai 2026 formule une orientation qui dépasse la seule gestion de la dette. Elle propose notamment un fonds de 500 milliards d’euros pour une nouvelle industrialisation sociale et écologique et les services publics, alimenté par des avances à bas taux du pôle public bancaire. Elle associe ce financement à des nationalisations, à un pôle public de l’énergie et à de nouveaux pouvoirs d’intervention des salariés. Cette différence est importante. La proposition de Varoufakis peut constituer un instrument de politique budgétaire ; elle ne remplace ni une politique de crédit, ni la transformation de la propriété, ni l’intervention des travailleurs dans la production. Il ne faut toutefois pas opposer artificiellement les deux approches : une restructuration de la dette pourrait, en principe, compléter un programme d’investissement public. La question est de savoir si elle en est un outil parmi d’autres ou si elle est présentée comme la solution centrale au problème du financement.

    Les sociaux-démocrates tombent dans deux écueils : La première celle du PS avec Glucksmann serait de croire que la dette est une contrainte purement technique, qu’il suffirait de respecter pour assurer la stabilité économique. Les règles budgétaires, les banques centrales et les marchés financiers sont des institutions historiquement constituées, qui organisent les rapports entre l’État, le capital et les travailleurs. La seconde celle de LFI avec Mélenchon serait de croire qu’une modification de la dette suffit à libérer l’État de ces rapports de dépendance. Tant que les grandes décisions d’investissement, la production et le crédit restent principalement commandés par la rentabilité privée, une relance budgétaire peut soutenir l’activité sans modifier la structure du pouvoir économique. Varoufakis nous éclaire peut sur le comment faire opérationnel de sa raison sur la dette.

    C’est sur ce point que la critique et les propositions du PCF se distinguent d’une approche simplement keynésienne ou social-démocrate : elle ne s’arrête pas à la question de la demande, des taux d’intérêt ou du volume des dépenses publiques. Elle pose la question de la propriété et du pouvoir sur les moyens de production. Cela ne signifie pas qu’une politique keynésienne serait inutile. Une augmentation des investissements publics peut répondre à des besoins urgents et améliorer le rapport de force social. Mais son effet historique dépend de la manière dont elle s’articule avec les luttes, les institutions et les transformations de la propriété. Il faut également rappeler que le PCF ne réduit pas son projet à une annulation de dette. Sa résolution de mai 2026 propose un fonds d’investissement industriel, un pôle public bancaire, des nationalisations, un pôle public de l’énergie et un moratoire sur le pacte de stabilité. Elle inscrit ces mesures dans un projet de transformation de l’appareil productif et de réorientation de l’argent.

    L’article de Varoufakis apporte par conséquent une contribution utile au débat en contestant l’idée que l’austérité serait l’unique réponse à la dette publique. Mais son raisonnement reste principalement centré sur l’ingénierie financière et la marge budgétaire. En effet, la dette publique est un rapport économique et politique, et sa restructuration ne transforme pas, par elle-même, les rapports de propriété. Le véritable enjeu est de savoir qui contrôle le crédit, qui décide de l’investissement, qui maîtrise les secteurs stratégiques et qui bénéficie de la richesse produite. La différence essentielle avec le projet économique du PCF est donc moins l’acceptation ou le refus d’une opération sur la dette que la place qu’on lui donne dans une stratégie de transformation sociale. Le PCF entend associer le financement public à la réorientation du crédit, aux nationalisations, à la réindustrialisation et à de nouveaux pouvoirs pour les travailleurs. C’est cette articulation qu’il faut examiner concrètement : les instruments financiers n’ont de portée émancipatrice durable que s’ils contribuent à modifier les rapports de pouvoir dans la production. Le test décisif n’est donc pas seulement de savoir si l’on peut dégager plusieurs centaines de milliards de marge comptable. Il est de savoir si cette marge permet de construire des capacités productives utiles, de développer les services publics et de donner aux travailleurs un pouvoir effectif sur les décisions économiques.

    Ce Cher Varoufakis est brillant social-démocrate compagnon du PASOK puis de SYRIZA, la social-démocratie populiste, amateur de belles motos et dont le parti frère en France est Generation.s créé par le social-démocrate Benoit Hamon (qui a privé en 2017, Jean-Luc Mélenchon de second tour!). Pour mémoire, Generation.s s’est ralliée à Jean-Luc Mélenchon avec l’espoir de faire réélire ses quelques députés qui siègent avec les écologistes actuellement. Les questions qu’un journaliste de Regards pourraient poser à ce cher Varoufakis :

    Quel gain budgétaire net ? L’économie réelle d’intérêts et de refinancement, après prise en compte du bilan de l’Eurosystème.

    Et surtout :
    Quel effet sur les autres emprunts ? Les conséquences possibles sur les taux, la confiance des créanciers et les conditions de financement de l’État.
    Quel effet sur les prix ? La capacité productive à répondre à la demande supplémentaire sans tensions inflationnistes excessives.
    Quel investissement productif ? La répartition effective des fonds entre consommation, services publics, équipements, industrie et transition écologique.
    Quel changement de pouvoir ? La capacité de la mesure à réduire la domination du capital financier et à accroître le pouvoir des salariés sur les choix économiques.

    • lemasseur le 13 octobre 2026 à 12:34

      N’étant pas féru d’économie, cette pseudo-science en fait instrument politique de domination, je ne m’avancerais pas sur les impensés de Varouflakis et les écueils que vous mentionnez dans son propos. J’ignore donc si ces derniers relèvent de la paille, de la poutre ou du regard.

      Par contre de votre coté, il me semble que vous dressez un tableau de la situation où ne figure pas l’éléphant pourtant en plein milieu de la pièce, occupant qui pis est la presque totalité de la pièce: L’UE.

      Que l’on se comprenne bien: Je souscris entièrement au projet tel que vous le formulez, nationalisation des pôles bancaires, assurance, transport, énergie. Mais leur mise en place exige de fait de rompre avec la quasi totalité des traités européens et faire la sortie de l’Euro. Ce à quoi je souscris également.

      Cela ne peut être possible que dans le cadre d’un rapport de force sanglant avec »le marché » mais également avec les « partenaires » européens qui auront à coeur de torpiller l’affaire de la manière la plus radicale possible. En clair un gouvernement qui prendrait ces mesures ex abrupto ne passerait pas l’hiver.
      Qu’on le veuille ou non l’intrication économique de la France dans le tissus libéral et la mondialisation ne peut se faire sur un mode révolutionnaire, mais par paliers successifs. Pour prendre une image, on ne se désintoxique pas de l’héroïne par un sevrage brutal, mais on prend du subutex palliatif pour apprendre à son organisme à faire sans.
      Ne pas oublier également les opinions publiques formatées pour l’acceptation des règles budgétaires et du narratif européen comme horizon indépassable de la démocratie.

      Il faut le temps pour rendre la potion désirable, et du temps nous n’en avons pas.

      Personnellement, je pense être plus radical que vous, mais pour reprendre votre expression, la pureté idéologique ne sert à rien si elle reste lettre morte et je vais vers le progrès qui a des chances de se réaliser. Celui, supérieur mais condamné à rester dans les limbes, ne m’intéresse pas quand bien même je me reconnaitrais en lui.

      En plus clair: La priorité des priorités doit être en 2027 de mettre un coup de frein à main en tournant le volant et se remettre ainsi dans la bonne direction. A charge pour le PCF et les autres courant de gauche radicale, ENSUITE, de peser sur les politiques menées par LFI au pouvoir. Ni vous ni moi sommes en mesure de remporter en 2027, apprenons à faire avec pour éviter le pire, et réservons nous pour ensuite agir en soutiens critiques et exigeants.

      • Lafleur le 16 octobre 2026 à 18:42

        Cher Lemasseur,

        Le PCF a déjà essayé ENSUITE de peser sur les politiques menées par le PG (en 2012) puis LFI (en 2017) de l’intérieur même de la campagne. Mélenchon a mis fin au Front de gauche. Il a ensuite décidé dès 2017 de ne pas honorer les accords dès les législatives de 2017. En 2022, nous avons pu ENSUITE peser au moins notre score : mais cela n’a pas conduit malheureusement à infléchir la ligne droitière de LFI qui préfère (car plus bankable) EELV et le PS en 2022 tout comme en 2024. Notre différend est particulièrement crucial sur la politique énergétique et sur le fait que nous ne voulons pas que du keynesianisme mais des transformations sociales. Le PCF est pus radical car il a pour objectif le socialisme et une cohérence historique et éthique sur la décolonisation (îles éparses ou sarahoui ou encore avec l’OLP).

        Si Mollet, Mitterrand et Hollande ne vous ont pas suffit… bon vent avec Mélenchon !

        Mais, nous sommes d’accord sur un point essentiel. On ne transforme pas l’économie française en faisant abstraction des rapports de force européens, des marchés financiers et de l’imbrication internationale du capital. Mais ce constat ne conduit pas nécessairement à la stratégie que vous proposez. D’abord, la question n’est pas de choisir entre une rupture immédiate avec tous les traités et une adaptation progressive aux règles existantes. Une stratégie de transformation doit articuler des mesures immédiates, la conquête de nouveaux pouvoirs publics et sociaux, la construction d’un rapport de force populaire et la remise en cause des traités qui font obstacle à ces objectifs. Le problème n’est donc pas le rythme en soi, mais la direction prise, les leviers mobilisés et les forces sociales organisées pour imposer les changements. Ensuite, votre proposition de soutenir Mélenchon en 2027, puis de demander au PCF de peser sur sa politique, suppose que cette influence sera possible après l’élection. Je ne reviens pas sur mon avant propos et la nécessité que le PCF fasse un bon résultat pour peser sur le 2ème tour et les législatives. Mais sur quelle base politique, avec quel rapport de force organisé et quels engagements programmatiques ? L’expérience montre que le soutien électoral ne garantit nullement la capacité d’infléchir ensuite les choix d’un gouvernement. On ne construit pas un rapport de force après coup en espérant que l’élection en aura créé les conditions.

        Enfin, le débat ne porte pas sur la pureté idéologique ou sur le choix d’un programme idéal condamné à rester lettre morte. Il porte sur les moyens concrets de s’attaquer à la domination du capital : maîtrise publique du crédit, réappropriation des secteurs stratégiques, conditionnement des aides aux entreprises, pouvoirs des salariés sur les choix de production et d’investissement. Ces objectifs exigent une stratégie autonome de rassemblement et d’intervention populaire, pas seulement la perspective de peser sur une politique définie par une autre force. Je partage votre refus de l’impuissance. Mais éviter le pire ne suffit pas à créer les conditions du meilleur. Si le PCF renonce à porter sa propre stratégie avant l’élection, rien ne garantit qu’il disposera de davantage de moyens pour peser après.

        L’enjeu n’est donc pas de choisir entre Mélenchon et l’inaction, mais de construire dès maintenant un rapport de force capable d’imposer des transformations réelles, y compris face à un gouvernement de gauche.

        Bien fraternellement.

    • lemasseur le 13 octobre 2026 à 12:38

      Désolé, incompréhensible.
      « Qu’on le veuille ou non l’intrication économique de la France dans le tissus libéral et la mondialisation »
      est telle que la sortie ne peut se faire
      « sur un mode révolutionnaire, mais par paliers successifs. »

      • Lafleur le 16 octobre 2026 à 18:49

        Désolé.

        Je voulais exprimer que l’économie française est profondément dépendante des échanges internationaux, des chaînes de production mondiales, des marchés financiers et des règles européennes. On ne peut donc pas modifier radicalement son fonctionnement du jour au lendemain sans s’exposer à des réactions économiques et politiques considérables. Il faut procéder par étapes : reprendre progressivement le contrôle public du crédit et des secteurs stratégiques (énergie et bancaire par exemple pour le PCF), réorienter les investissements pour le plan climat (pour la production industrielle et les services publics), réduire les dépendances qui limitent notre souveraineté économique et construire le rapport de force nécessaire pour remettre en cause les traités européens qui font obstacle à cette politique.

        Cela ne signifie pas renoncer à la rupture avec le capitalisme, car nous voulons engager le processus vers le socialisme (pas juste du réformisme) mais créer les conditions concrètes de sa possibilité, plutôt que de décréter une rupture dont les conséquences pourraient rapidement rendre la politique engagée intenable.

        En gros et pour être caricatural mais parlant, notre projet est entre « les enragés » de LO et « les indulgents » de LFI. 😉 Nous restons fidèle à l’Incorruptible et à notre France chantée par Jean Ferrat. Ni Herbert, Ni Danton.

  2. Lemasseur le 13 octobre 2026 à 08:53

    Comme on le voit avec les pesticides que la Commission dérégule à tout-va au moment précis où l’eau devient rare, l’UE loin d’être la solution, est le problème. Cette instance non élue, désignée par des textes rejetés par référendum n’a non seulement aucune légitimité mais se révèle mortifère dans tous les compartiments du jeu: Que ce soit la diplomatie, l’économie, le modèle démocratique (l’UE fabrique du fascisme en même temps que la paupérisation des peuples) ou l’environnement, l’UE fait très précisément l’inverse que ce que le bien commun exige.

    Je ne méconnais pas le fétichisme infantile qui tient lieu d’adhésion-au-projet-européen (c’est le même qui qui soutient la Cinquième pourrissante), mais il va bien falloir pourtant ouvrir les yeux et ne pas attendre que la ruine soit totale avant que la profondeur de l’échec éclate au grand jour et que ces mêmes thuriféraires l’admettent en contemplant les ruines fumantes.

    On ne peut prétendre décemment être « de gauche » tout en soutenant des institutions faites pour la prédation d’une minorité sur la majorité, à un moment il y a court-circuit.
    On a le choix entre attendre le chaos qui suivra l’écroulement de l’UE, ou bien l’amender en profondeur (en sortant de l’euro comme monnaie unique, en dénonçant les accords de libre échange, en cessant de mettre en concurrence les peuples avec prime au moins disant social, en reprenant le contrôle politique de la monnaie) en gardant ce qui mérite de l’être en terme de solidarité et d’entraide.

    On ne mourra pas de la « dette », par contre on crèvera de chaud si on laisse ces fanatiques irresponsables au pouvoir au sein de ces institutions hors sol et sectaires.

  3. Joseph Ruiz le 13 octobre 2026 à 18:35

    Ce débat est fort intéressant, n’étant pas moi-même économiste, j’aimerai savoir se qu’en pensent Frédéric LORDON, Thomas PIKETTY et ….?

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