CC photo Robin Aubert
Accueil | Par Thomas Portes | 4 mai 2020

TRIBUNE. « Monsieur Farandou, embauchez, il faut plus de cheminots à la SNCF ! »

Le confinement dû au Covid-19 fait subir d’importantes pertes financières à la SNCF. Pour autant, le rail devra être au coeur du monde d’après. Et cela se prépare, en embauchant. C’est le point de vue de Thomas Portes, responsable national du PCF en charge du collectif des cheminots.

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« Il ne sera pas anormal ou illogique d’ajuster le niveau d’emploi au volume d’activité », ces mots sont ceux prononcés par Jean-Pierre Farandou, président du groupe SNCF, sur France Inter, ce samedi 2 mai. Alors que nous comptons encore plus de 200 morts par jour, le patronat prépare déjà les esprits. Ce sont les salariés qui vont payer la crise. En plus d’être absolument indécent, cela promet d’être violent.

Pour justifier ces suppressions d’emplois, Jean-Pierre Farandou évoque les milliards perdus lors de cette crise sanitaire, mais aussi ceux résultant de la mobilisation historique contre la réforme des retraites. Oui, les pertes financières sont énormes, personne ne peut le nier. Quand vous avez un trafic ferroviaire quasi à l’arrêt, les pertes commerciales sont colossales. Et cela va perdurer avec la décision de bloquer un siège sur deux lors de la reprise des circulations le 11 mai. Mais ce n’est pas aux cheminots de payer la crise !

D’ailleurs, certaines vérités méritent d’être rappelées. Il n’est pas nécessaire qu’une crise se produise pour que les salariés de la SNCF paient la note. Depuis 2003, l’entreprise publique supprime 5,1 postes par jour soit un total de 31.800 ! Si on se regarde la situation du fret ferroviaire, on se rend compte que l’on est passé de 12.000 cheminots à moins de 4.000 entre 2016 et aujourd’hui. Alors, quand Jean-Pierre Farandou souligne que « la question de l’emploi n’est pas taboue » à la SNCF, nous lui répondons que nous ne le savons que trop bien.

Comme pour de nombreux secteurs, cette crise met en lumière l’impasse du modèle libéral dans lequel les gouvernements successifs nous ont enfermés.

À l’image de l’éducation nationale, de l’hôpital public, d’EDF ou de France Télécom, les cheminots sont la variable d’ajustement d’une politique où la calculette remplace la notion de service rendu aux usagers. Peu importe que le droit au transport soit effectif du moment que la règle comptable est respectée. Avant même la crise du Covid-19, la SNCF souffrait déjà d’un manque de personnel, mettant ainsi en péril la sécurité des circulations, des usagers et celle des cheminots.

Pendant qu’on parle de manque à gagner pour la SNCF, 2 milliards à l’échelle nationale et plus de 6 milliards au niveau du groupe, SNCF-Voyages s’apprête, suite à la réforme du ferroviaire, à verser en juin 660 millions d’euros de dividendes à l’État pour financer les investissements de SNCF Réseau. On voit qu’on marche sur la tête !

Au regard des annonces qui se succèdent, 7 milliards d’euros pour Air France sans demander de réelles contreparties, le versement de milliards d’euros de dividendes à des entreprises qui recourent au chômage partiel ou l’allongement du temps de travail, nous pouvons légitimement être inquiets. Les architectes du monde d’hier tentent de s’imposer en bâtisseurs du jour d’après. Ils nous proposent les mêmes solutions, et elles auront les mêmes effets : nous amener dans le mur !

Pourtant, l’urgence écologique, mise une fois de plus en exergue par le Covid-19, doit entraîner des choix politiques majeurs, en rupture avec les politiques de transports menées depuis des années. Sur le transport aérien, il faut impérativement fermer les lignes intérieures quand existe une alternative en train ; quant au modèle tout routier, il est temps de mettre fin aux murs à camions qui saturent nos routes.

De tels choix, nous le savons, ne vont pas s’imposer d’eux-mêmes. Ils devront résulter d’une volonté politique, et être inscrits dans un cadre législatif clair et sans ambiguïté. Inévitablement, avec le recours massif au rail public, aussi bien pour les voyageurs que pour les marchandises, la SNCF va voir son activité croitre, et la charge de travail augmenter. Alors Monsieur Farandou, la véritable question qui se pose est : quand allez-vous enfin embaucher ?

 

Thomas Portes

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