Accueil | Par Benjamin Lucas | 10 mai 2021

TRIBUNE. Pour un 10 mai de l’écologie populaire !

Je suis d’une génération qui ne connaît le 10 mai 1981 que par les récits qui lui en ont été faits. Ma génération aura son 10 mai, celui de l’écologie populaire qui rassemblera toute la gauche !

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Je suis d’une génération qui ne connaît le 10 mai 1981 que par les récits qui lui en ont été faits. Cette date projette dans nos imaginaires une puissance inégalée dans l’histoire politique de la gauche depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Certes, il y a eu depuis 81 d’autres victoires, mais aucune d’une intensité et d’une portée équivalentes.

 

LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR
>>
1981 ou le courage des idées

 

Parce que nous avons été autant malmenés par l’Histoire que nous l’avons manqué, notre victoire prochaine, si elle advient, aura pour ma génération le goût d’un 10 mai tel que l’ont connu nos parents et nos grands-parents. Mais il aura pour la société le parfum d’une autre époque, celle de l’écologie politique.

Le 10 mai à venir sera celui de l’écologie politique comme nouvel imaginaire.

Le 10 mai 1981, c’est d’abord l’entrée dans la modernité avec le souffle d’une alternance démocratique dans la paix, mais surtout avec de grandes avancées pour la justice, l’égalité, les libertés, le modèle économique et social. La modernité de 2021, c’est l’écologie.

Un Mitterrand (ou une d’ailleurs, il serait temps) revenu d’outre tombe et se portant candidat à l’heure du réchauffement climatique ferait le choix de laisser au placard les dogmes productivistes d’un autre âge et proposerait de bâtir une industrie résolument tournée vers l’excellence énergétique, le souci de ne pas engendrer des pollutions dont les plus pauvres sont les premières victimes, et mise au service du progrès humain.

Ce Mitterrand ressuscité par les forces de l’esprit, en bon socialiste, verrait la corrélation flagrante entre les inégalités de richesses et les inégalités d’usage des ressources naturelles, d’émissions de carbone. Il en déduirait donc que le modèle capitaliste dont il dénonçait avec force la nature, et avec lequel il appelait à « la rupture » abîme autant les individus que leur espace de vie, la planète et qu’une croissance qui ne se soucie pas de son impact sur le climat et l’équilibre de la biodiversité n’est pas bonne pour les générations futures. Visionnaire, il proposerait de transformer notre modèle économique pour lui assigner, en plus de l’objectif de l’égalité et de la dignité des citoyens, celui de la durabilité et du temps long, par nature éloigné du temps des spéculateurs et des « forces de l’argent » dont il était l’adversaire.

En républicain, il trouverait aussi probablement dans une vision écologiste qui pense le monde d’après et le bien être des générations à venir, un chemin capable de fédérer une nation et de lui fixer à nouveau des objectifs communs pour sortir des logiques d’affrontement et de morcellement dans lesquelles elle est entraînée par un libéralisme qui met sans cesse les uns en compétition avec les autres.

Le 10 mai à venir ne sera rendu possible que par la détermination unitaire des écologistes.

Le 10 mai 1981, c’est l’unité dans les urnes malgré les crises et ruptures qui avaient fracturé les partis du Programme commun. Celui-ci aura tout de même largement contribué à la progression de la gauche et à sa capacité à faire bloc pour gagner.

La fin de la bipolarisation du paysage politique, la menace permanente d’une extrême droite aux relais médiatiques et financiers puissants qui ferait basculer la République vers le pire, la dispersion de nos forces et de nos combats qui appauvrit notre intelligence collective et affaiblit notre capacité à mener la bataille culturelle face à nos ennemis et adversaires, la résignation de celles et ceux qui attendent et espèrent un changement politique majeur conforme à nos valeurs, rendent indispensable le rassemblement.

C’est à ce prix que nous pourrons façonner l’agenda politique et médiatique du pays, et nous adresser au plus grand nombre.

Le 10 mai à venir sera celui de l’affirmation d’une force de l’écologie politique crédible et préparée.

Le 10 mai 1981, c’est la conquête du pouvoir par un camp politique qui en avait été écarté longuement et structurellement. Il avait su affirmer ses positions locales, s’ancrer dans le pays, convaincre de sa crédibilité et rassembler une majorité politique conforme à la majorité sociale qu’il prétendait incarner.

Le temps est venu de donner à l’écologie politique la solidité qui lui permettra de gagner et de gouverner, non pas comme une force d’appoint mais comme le cœur d’une coalition de transformation. C’est une culture qu’il nous faut collectivement réactiver ou acquérir dans nos pratiques, dans nos stratégies et dans notre rapport à tous les partenaires qui sont les nôtres. Dans des villes aujourd’hui, et demain dans des régions, nous renforçons cette expérience essentielle et cet ancrage indispensable.

L’Histoire en témoigne, on ne transforme pas le pays sans une mobilisation et une adhésion massive de la société. Face au plus grand défi de l’Histoire de l’humanité que représente le péril climatique, devant l’effondrement démocratique et la violence des injustices, il nous faudra mobiliser bien au-delà des 25% d’électeurs suffisants pour accéder au second tour de l’élection présidentielle. Pour parler au plus grand nombre, préparer l’exercice des responsabilités, il faut une force politique au niveau des défis de la période. Elle ne peut être seulement la somme de nos faibles forces, elle doit attirer massivement à elle des centaines de milliers de citoyennes et de citoyens.

Ma génération aura son 10 mai, celui de l’écologie populaire qui rassemblera toute la gauche !

 

Benjamin Lucas, coordinateur national de Génération.s

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.