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Accueil | Par Elias Duparc | 28 mai 2014

Front de gauche : quel coupable, quelles solutions ?

Pour redonner du sens et de la vigueur au projet de la vraie gauche, il convient d’abord de ne pas se tromper sur le diagnostic. Pour ensuite redonner corps à un communisme immédiat, capable d’offrir un contre-modèle et de reprendre l’espace public.

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Le score effrayant du Front national et l’effondrement de toute la gauche ont occulté un fait important : ce scrutin européen valide le diagnostic du Front de gauche sur deux points essentiels. Premièrement sur le fait que l’austérité détruit tout – les chiffres du chômage et de la pauvreté le montrent, concrétisant chaque jour un peu plus les craintes que nous exprimons depuis des années. Deuxièmement sur le fait que le peuple ne veut pas de l’austérité. Qu’elle soit menée par Sarkozy, accélérée par Ayrault ou aggravée par Valls, le résultat est le même : c’est le désaveu populaire.

Ainsi, non seulement les socialistes n’ont pas de mandat pour mener leurs réformes néolibérales (purge budgétaire de 50 milliards, cadeaux fiscaux aux entreprises à hauteur de 35 milliards, suppression des départements et de la moitié des régions), mais en plus, la droite, boutée hors de l’Elysée voici deux ans, ne reprend-t-elle aucune couleur. L’idéologie de l’oligarchie ne fait plus recette.

Ce constat n’atténue en rien l’ampleur du camouflet que le Front de gauche a reçu dimanche – ceux qui se révoltent légitimement contre le néolibéralisme des différents partis de gouvernement grossissant bien plus les rangs du FN que ceux de la gauche radicale. En France, l’extrême droite est aux portes du pouvoir et le Front de gauche bien mal en point. Alors, qui est coupable de ce désastre ? Si le diagnostic de fond opéré par le Front de gauche est validé, où réside l’explication de l’échec ?

L’ampleur de la tâche

Certains, sur la lancée des municipales, sont pressés de rejeter la faute sur le Parti communiste. Il serait trop complaisant avec Solferino. Sa stratégie du cas par cas aux municipales aurait brouillé l’image du Front de gauche. Faisons brièvement litière de ce discours mensonger.

  • 1) Bien avant la séquence des municipales, toutes les élections partielles montraient une stagnation du Front de gauche au premier tour en parallèle d’un PS en chute libre.
  • 2) L’extrême gauche, malgré sa tactique d’autonomie totale, n’existe plus (le NPA passe de 4,5% à 0,4%) et ne profite d’aucun report venant du Front de gauche ou d’ailleurs.
  • 3) Le PG et Ensemble défendent des "fusions techniques" avec le PS au second tour, ce qui nuance de fait leur mot d’ordre d’une autonomie totale vis à vis du PS et donc les accusations à l’encontre du PCF.

De fait, qui peut croire que le problème du Front de gauche ne ressortirait que d’une mauvaise stratégie d’alliance ? Qui pense sincèrement qu’il suffirait de permettre "l’adhésion directe" pour solutionner les divergences de ligne ? Donner crédit à de telles fausses solutions, c’est s’illusionner sur l’ampleur du problème et de la tâche qui nous attend.

D’autant moins que ce qui donne au vote Front national son attrait aux yeux des mécontents, c’est son caractère contradictoire de vote diabolisé (transgressif et capable de sanctionner les partis de gouvernement) et de vote embourgeoisé (de moins en moins différent d’un vote de droite traditionnelle). Cette tension idéologique interne permet au parti d’extrême droite d’attirer des électorats divergents (très schématiquement le Nord populaire et le Sud "artisan et commerçant", les jeunes antisystème et les vieux sécuritaires, etc.).

Reconquérir une idée de parti

Face à cette machine dialectique redoutable, le Front de gauche fait pâle figure. S’il est renvoyé avec l’UMP, le PS et EELV dans l’ornière des partis de gouvernement (duquel il est écarté depuis douze ans !), c’est qu’il paraît dépourvu de ce caractère anti-institutionnel dont jouit le FN. La solution ne peut consister cependant dans une facile radicalisation, que ce soit vis-à-vis des autres partis de gauche ou contre l’idée même de coopération entre les peuples européens. Il s’agit en revanche de reconquérir une identité de parti, cette même identité qui permet à des candidats du FN de gagner sur la seule étiquette et sans faire la moindre campagne.

Le Parti communiste — et ses alliés du Front de gauche — doit être le parti de la rue. Cela veut dire que nous devons bien sûr renforcer notre place dans le mouvement social, notre présence dans les luttes. Mais cela veut dire plus. Sortons de nos tanières, tenons les murs, construisons des réseaux solidaires de quartiers, des lieux d’entraide. Donnons corps à un communisme immédiat, du jour le jour, de l’immeuble, du quartier. Après tout, la fraternité est le sens originel de tout engagement communiste. Reprenons l’espace public. Dans un pays abîmé par les marchands et vampirisé par l’extrême droite, faisons groupe et secourons les victimes de la régression libérale. C’est retisser des liens dissous par le capitalisme et ses crises. C’est engager la résistance en acte contre la lepénisation des consciences. C’est offrir un contre-modèle visible bien plus adapté au chaos actuel que les pratiques militantes traditionnelles, meetings, tractage et affichage, communes à tous les autres partis.

Cette solidarité rendue nécessaire par la catastrophe électorale, cette solidarité de fait qui nous fait taire nos désaccords et serrer les rangs, transformons-la immédiatement en un programme actif. Ce nouveau déploiement militant est seul à même de donner pleinement la mesure de cette "urgence de communisme" évoquée par le philosophe marxiste Lucien Sève : tout montre que l’humanité va à la catastrophe, tout projet de l’en détourner ne peut être qu’un projet communiste. Il s’agit d’agir dès maintenant dans ce sens.

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Vos réactions

  • Je suis à peu prés sur les mêmes constats, Mais la réponse que tu y donne là ressemble fort à la pratique qui était la notre...Et qu’il est vrai nous avons un peu laisser en rade.
    A l’analyse toutefois il me manque le contenu .
    Le FDG est basé sur l’union autour de ce qui y rassemble, et cela a bien fonctionné jusqu’en juin 2012.
    Puis le PG à chercher à capitaliser sur le "mélenchonisme", c’est une dérive importante, eu égard au deal de départ que je viens de rappeler.
    Ensuite le PG ou JLM lui même a inventé une Stratégie, que le FDG, n’avait jamais décidé dans aucun de ses organes, ou organismes...
    Cette Stratégie pour se conformer au ex NPA, a créé, une énorme panade au sein du mouvement, de grands tensions, d’autant qu’elles ont été volontairement dramatisées et exacerbées, lesquelles bien évidemment ne sont pas absentes du score aux Européennes, les uns ne voulant voter pour une tète de liste PCF, les autres pour une tète de liste PG...
    On pourrait pointer du doigt tout ce qui a posé problème...Il suffit de lire le com sot plus haut, et qui au passage répète des chiffres qu’il ne maitrise même pas.
    Et la confiture à Ballots : "he l’écoSocialisme, nananère..."
    Donc que propose tu pour clarifier tout cela, pour que plus un porte parole du FDG, ne porte plus, que sa propre parole, sans soucis des 8 autres orgas-composantes.
    Et comment on verrouille pour que plus jamais cela.
    Enfin je dis clairement qu’aprés avoir été longtemps pour une forme d’adhésion rassemblement des "non encartés", justement cette périodes depuis juin 2012, m’en a fait mesurer, le vrai risque d’aventure incontrôlable, aujourd’hui le Tribun manipulateur, et globalement il est de gauche....
    Mais demain ce peut être n’importe qui n’importe quoi.
    On s’engage ou on ne s’engage pas, en revanche on peut rester soutien actif.
    être au FDG , c’est s’engager et s’engager c’est prendre parti.
    Stop au Populisme, et au Bobotisme, etc.etc.car cela revient à une autre forme de pensée unique...

    Jean-Pierre GUILLET Le 30 mai 2014 à 02:37
  •  
  • J’ enrage de lire ici et là , c’est la faute à ceci , la faute à celui -là ...
    La situation mérite autre chose que ces perpétuelles chamailleries sectaires et d’ égos.

    Les citoyens en ont marre d’ entendre ces querelles qui les éloignent de leur quotidien, marre de voir se battre des politiciens sensés les représenter.
    la force et l’ union est du côté du FN.
    LA FAIBLESSE ET LA DIVISION EST DU CÔTE DES GAUCHES.
    LA JEUNESSE MONTRE PAR SES MANIFESTATIONS LE DESIR D’UNE AUTRE SOCIETE.

    Et je me permets ici de formuler quelques propositions d’ actions pour peu que mouvements , associations et partis se remotivent pour une action dans l’ union.

    Un programme européen social et révolutionnaire doit être élaboré rapidement sur la base des mesures consensuelles et essentielles pronées par tous les mouvements.
    Le bonheur et le respect des citoyens méritent que chaque mouvement accepte que les idées majeures communes prennent le dessus sur celles qui divisent.

    Je fais ,comme vous je suppose, confiance en l’ intelligence et en la conviction de chacun pour créer LA GAUCHE , car il n’ y en a qu’ une et indivisible quand on souhaite une vraie rupture avec les politiques de droite et sociale démocrate.
    Ce mouvement " LA GAUCHE" sera la preuve du désintérêt politicien et partisan pour la défense des intérêts collectifs.
    Mais surtout ne perdons plus de temps, ne tergiversons plus .Arrêtons ces discussions stériles qui réjouissent les forces réactionnaires .
    Le désir d’ Union doit l’ emporter sur les divisions et les défenses de clochers ou alors nous décevrons encore plus ceux qui espèrent encore ...et reconnaissons preuve le nombre d’ abstentions et de " brebis égarées" que ce serait dramatique !!!

    Utilisons ensuite par exemple en premier lieu les relais d’ information des gauches puis d’ autres réseaux sociaux pour porter ce programme et le faire approuver.
    Un engagement ferme devra être pris par les représentants à respecter les termes de cette nouvelle politique qui pour être efficace sera le fruit des forces révolutionnaires européennes.

    Cette large caution à venir permettra à des représentants de cette union de porter enfin une voix forte, unie et audible par l’ ensemble de nos concitoyens .

    Enfin pourrions nous entendre une réelle opposition aux forces réactionnaires , une autre perspective positive et conbstructive.

    REINVENTER UNE INTERNATIONALE POUR REDONNER ESPOIR.

    Ghyves Le 30 mai 2014 à 12:47
  •  
  • ou sont les ouvriers dans nos instances ou sont les jeunes ??

    Nous voulons être visibles des quartiers populaires mais nous ne laissons pas de place pour ces personnes dans nos instances, ce ci est un premier point et quand par le plus grand des hasard un de ceux là est parmi nous ont ne lui laisse pas la parole alors un peu d’autocritique sur nos pratiques avant d’aller accuser les autres et du changement à tous point de vue.
    C’est un ras le bol de voir toujours les mêmes têtes discourant toujours autour de leurs nombrils qui a fait fuir les urnes, foin d’explications idéologiques mais plus de réalités a voilà ce que recherche le peuple.

    Valérie Le 30 mai 2014 à 16:25
  •  
  • Tant que l’humain d’abord ou nos aspirations à une 6 iem République devront D’ABORD passer par les urnes pour être enfin "vécus" , nous risquons fort d’attendre !

    PrNIC Le 1er juin 2014 à 15:19
  •  
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