Accueil | Par Clémentine Autain | 13 octobre 2012

Verdict écoeurant

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Le verdict du procès des viols en réunion de Fontenay-sous-Bois est tout simplement écoeurant. L’acquittement des uns et les faibles peines des autres semblent incompréhensibles et contribuent à banaliser le viol. Alors que les deux plaignantes, qui ne se connaissaient pas, ont pourtant relaté les mêmes faits de viols collectifs répétés particulièrement odieux (pénétrations vaginales et anales, fellations, violences et humiliations en tous genres perpétrés à la chaine et ce, pendant deux ans, dans des cages d’escalier et ailleurs, par des hommes adultes sur des adolescentes), le procès a constitué une sorte de lynchage des deux jeunes femmes, qui se sont par exemple vues qualifiées de « plus grosses putes de Fontenay ». L’avocate générale n’a requis que de faibles peines, de cinq à sept ans de prison, alors que le viol en réunion est passible de vingt ans de réclusion. Non seulement la majeure partie des hommes qui comparaissaient n’ont pas été reconnus coupables mais ceux qui l’ont été ont écopé de peines particulièrement dérisoires au regard des faits - un an de prison ferme... De nombreuses voix féministes se sont élevées pour exprimer le scandale que constitue ce verdict.

Cette affaire est révélatrice des difficultés profondes que rencontrent les victimes de viol pour obtenir justice, être comprise et entendue, réussir leur reconstruction. Le cas de Nina et Aurélie n’est pas un « fait divers » mais un fait massif. Une femme est violée environ toutes les dix minutes en France. Seule une sur huit ou dix réussit à déposer une plainte. Et parmi elles, seules environ 10% débouchent sur la condamnation du violeur. Dans une société qui véhicule moult stéréotypes sur le viol, entretient le tabou et ne favorise aucunement l’émergence de la parole des femmes, le dépôt de plainte ne va pas de soi. Raconter dans un froid bureau les détails crus d’un viol est particulièrement difficile. Et la peur de ne pas être crues hante la plupart des victimes, souvent enfermées dans un sentiment de culpabilité injuste et cruel. Or, sans plaintes, les violeurs peuvent dormir tranquilles. Et malheureusement, de nombreuses victimes tardent avant de trouver l’énergie de porter plainte. C’est le cas des deux jeunes femmes de Fontenay qui ont déposé plainte cinq ans après les viols. Résultat : leur parole apparait moins crédible et les preuves qui auraient pu être recueillies immédiatement après les faits font défaut. Les procès pour viols se déroulent souvent dans un face à face de parole contre parole.

Le témoignage de la descente aux enfers vécue par Nina et Aurélie est aussi bouleversant que symptomatique de ce que vivent les victimes de viol - somatisations, dépression, anorexie/boulimie sont monnaie courante. Nina a notamment pris 70 kilos et tenté 17 fois de se suicider. Comment un tel verdict pourrait-il constituer un geste salvateur ? Le parquet fait appel. Un minimum syndical. Franchement, continuons le combat ! Le viol ne reculera que par notre capacité à regarder sa réalité en face et à accorder une écoute véritable à celles - et aussi ceux - qui en sont massivement victimes.

Portfolio

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?