Accueil | Editorial, Vidéo par Clémentine Autain | 21 juin 2013

Ce que raconte la lettre de Lagarde à Sarkozy

Edito-vidéo de Clémentine Autain, directrice de Regards. Retrouvez la version écrite en post-scriptum.

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Evidemment, la lettre de Christine Lagarde à Nicolas Sarkozy, publiée par le journal Le Monde et retrouvée dans le cadre d’une perquisition dans l’affaire Tapie, peut susciter l’hilarité. D’ailleurs, sur les réseaux sociaux, c’est une lecture moqueuse qui a prévalu. Honte à Christine Lagarde d’avoir écrit cette lettre ! Les commentaires semblent être passés à côté de l’essentiel. Les mots de la patronne du FMI témoignent d’un système politique qui allie persistance de rapports de vassalité au sommet de l’Etat, de type féodaux, et persistance d’une domination masculine de haut niveau. Ecoutez le texte, rien que le texte, au cas où il vous aurait échappé…

« Cher Nicolas, très brièvement et respectueusement", écrit la patronne du FMI.
"1) Je suis à tes côtés pour te servir et servir tes projets pour la France.
2) J’ai fait de mon mieux et j’ai pu échouer périodiquement. Je t’en demande pardon.
3) Je n’ai pas d’ambitions politiques personnelles et je n’ai pas le désir de devenir une ambitieuse servile comme nombre de ceux qui t’entourent dont la loyauté est parfois récente et parfois peu durable.
4) Utilise-moi pendant le temps qui te convient et convient à ton action et à ton casting.
5) Si tu m’utilises, j’ai besoin de toi comme guide et comme soutien : sans guide, je risque d’être inefficace, sans soutien je risque d’être peu crédible. Avec mon immense admiration. Christine L. »

Non, comme le dit L’Express, cette lettre ne témoigne pas de la « complexité des relations » entre Nicolas Sarkozy et sa ministre, pas plus qu’elle ne nous « apprend rien », « n’apporte rien », comme l’a écrit Daniel Schneiderman d’Arrêt du Images. Cette lettre est un puissant révélateur d’une Ve République fonctionnant autour d’un homme, sur le mode du vassal à son suzerain, et au sein de laquelle les relations hommes/femmes restent marqués par des rôles imposés, dominants/dominées. Cette lettre comporte une dimension sexuée et même sexuelle : personne n’imagine que les mêmes expressions aient pu être employées par un homme ministre envers une femme présidente (hypothèse d’école bien sûr). Cette lettre n’est donc pas une honte pour Christine Lagarde mais pour notre démocratie. Nous aimerions que les femmes n’endossent pas le rôle attendu de servilité docile. Oui, les femmes doivent veiller à cesser de répondre aux attentes de ces mâles dominants qui nous gouvernent. Mais visiblement, ce sont les codes attendus pour évoluer dans ce milieu. Voilà ce que nous apprend ou nous rappelle ce document. Ce n’est pas rien.

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Vos réactions

  • je suis horrifiée par le niveau de servilité et de sexisme de notre démocratie que révèle cette lettre

    burq louise-francoise Le 24 juin 2013 à 16:48
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