Accueil | Par Vigie idées | 5 mars 2015

La véritable menace existentielle pour Israël

Un éditorial du quotidien Haaretz fustige les propos du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à la tribune du Congrès américain. Le journal estime que le vrai danger pour Israël n’est pas l’Iran, mais l’occupation de la Palestine.

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« Dans son discours sur l’iran au Congrès des États-Unis Benjamin Netanyahu a oublié de mentionner la seule chose qui met en danger la capacité d’Israël à survivre en tant qu’ "État juif et démocratique" : l’interminable occupation des territoires », souligne le quotidien Haaretz dans son éditorial du 5 mars 2015, que nous reproduisons dans la traduction ci-dessous.

 

« Le discours du premier ministre Benjamin Netanyahu devant le Congrès américain mardi a porté le niveau de fumisterie qui caractérise tous les candidats à cette élection à un point culminant. Tous ignorent la menace existentielle réelle pour Israël et pour sa capacité à survivre en tant qu’ "État juif et démocratique" : l’interminable occupation des territoires. L’insistance d’Israël à dominer, en Cisjordanie, des millions de Palestiniens privés de droits civiques, l’expansion des colonies et le maintien des résidents de la bande de Gaza en état de siège. Voilà le danger qui menace son avenir.

Israël hypothèque ses ressources nationales pour conserver un double régime de démocratie pour les Juifs et d’apartheid pour les Palestiniens. Mais l’illusion que l’occupation est confortable et tranquille, et que la plupart des Israéliens en sont séparés, s’effondrera fatalement.

Ces dernières années, au cours desquelles une sécurité relativement tranquille régnait en Cisjordanie, Israël a entrepris trois guerres à Gaza tuant des milliers de civils palestiniens – uniquement pour maintenir le statu quo. Ces "opérations" périodiques ainsi que l’arrêt des négociations avec l’autorité palestinienne dirigée par Mahmoud Abbas, ont laissé une tache morale sur les Forces de défense d’Israël et sur les hommes d’État qui les ont envoyés à Gaza et en missions de police à Ramallah, Naplouse et Hébron.

Les appels au boycott d’Israël et à la reconnaissance, même sans accord, de la Palestine qui étaient marginaux, occupent maintenant le centre de la scène politique occidentale. Au lieu que les Palestiniens renoncent à leurs aspirations nationales, C’est Israël qui est confrontée à l’affirmation que le sionisme et la démocratie sont antinomiques.

Pendant les six années de mandat de Netanyahu, l’infiltration de l’occupation dans le cœur d’Israël s’est intensifiée. Les tensions internes entre Juifs et Arabes ont augmenté, et les partis de droite ont rivalisé, les uns avec les autres, dans la promotion de lois anti-démocratiques visant à institutionnaliser la discrimination à l’encontre de la minorité et à la priver de droit d’expression politique. Alors que Netanyahu rédigeait son discours à Washington, des voyous de droite ont attaqué la députée de la Knesset Haneen Zoabi lors d’une conférence politique à Ramat Gan. C’était là le prolongement naturel de la loi de l’État-nation et des tentatives d’évincer Zoabi et ses collègues de la Knesset, et une preuve de plus que la démocratie a du mal à s’épanouir ou même à seulement exister en cohabitation avec l’apartheid et l’occupation militaire.

Mais la campagne électorale actuelle est conduite comme un carnaval de Pourim. Les partis politiques ignorent l’occupation et ses dangers et préfèrent enfiler des masques : Iran, les prix des logements, les rivalités personnelles. Personne n’ose parler du conflit avec les Palestiniens, de son prix élevé et de la nécessité d’y mettre fin. Mais le premier ministre tient incontestablement la tête de ce cortège. II a gaspillé la grande opportunité et l’énorme attention qu’il a reçu au Capitole et n’a pas même mentionner le véritable danger pour Israël ».

(traduction Bernard Marx)

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