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Accueil > Résistances | Par Elsa Faucillon | 8 février 2018

« On est chaud, chaud, plus chaud que le climat ! »

Elsa Faucillon était à Carpentras, mardi, pour soutenir Nicole Briend, militante d’Attac et "faucheuse de chaise" poursuivie par BNP Paribas. Récit, et première chronique "Vu de… France" par la députée PCF des Hauts-de-Seine.

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Température peu clémente à Carpentras ce mardi 6 février, jour du procès de Nicole Briend, soixante-dix ans, militante d’Attac accusée d’avoir "fauché" des chaises".

BNP Paribas a porté plainte contre elle après qu’elle a, en mars 2016, participé à une action symbolique dans une des agences locales de la banque. Elle y a "réquisitionné" trois chaises…remises plus tard au Trésor public local. Mars 2016, c’est tout juste un mois avant les révélations des Panama Papers… Les hyper-riches sont tranquilles, Nicole est accusée de vol en réunion !

Au travers de cette action, Nicole voulait dénoncer l’évasion fiscale pratiquée par la BNP, dont 32% des bénéfices se font dans les paradis fiscaux. Ajoutons que la banque finance des activités climaticides, mais aussi des activités pratiquées sur des terres acquises illégalement – des colonies israéliennes, par exemple.

L’art de mobiliser

Attac et le collectif unitaire avaient vu les choses en grand pour soutenir Nicole : soirée de solidarité le lundi soir autour des lanceurs/ses d’alertes, faucheurs/ses de chaises et du délit de solidarité, trois cents personnes présentes – parmi lesquelles je retrouve des amis du 92 –, ovation pour Cédric Herrou qui nous rejoint via Skype. Au dodo, on se retrouve demain matin au rassemblement devant le tribunal.

Je me souviendrai longtemps de ce moment-là. Une matinée orchestrée comme seuls ceux qui ont fait les grands rendez-vous de l’altermondialisme savent le faire : leur côté hippie s’arrête quand commence l’organisation… Des pro de l’autogestion, ça me parle !

7h50 pétantes : rendez-vous devant le café Rich’, ça ne s’invente pas. Les militants se donnent la main jusqu’au tribunal, situé à deux cents mètres. 8h10 : départ de Nicole derrière une banderole aux côtés de son avocate, d’Annick Coupé, de diverses personnalités.

Dernière Nicole, avec Adrien Quatennens, Barbara Romagnan, Corinne Morel-Darleux et Sandra Regol, nous remontons la rue jusqu’au tribunal au milieu d’une haie d’honneur constituée de plusieurs centaines de soutiens scandant : « C’est pas Nicole qu’il faut juger, mais l’évasion fiscale en bande organisée ! »

Faire bloc avant de faire majorité

Une fois arrivés, les prises de paroles se succèdent. Une palette fait office d’estrade, de nouveaux slogans voient le jour, on chante Le Chiffon rouge. Des associatifs, des politiques, des syndicalistes, des mouvements citoyens convergent. Ici, urgence sociale, urgence écologique, urgence démocratique, même combat ! Les pieds nous rappellent qu’il fait froid, mais « On est plus chaud, plus chaud, plus chaud, que le climat ! »

Je ne suis pas véritablement une adepte de l’unitééééé brandie comme unique argument, mais je dois avouer que ce « Tous ensemble ! », ce matin-là, faisait du bien. Nous avons fait bloc pour l’une d’entre nous, une dont on sait qu’elle mériterait une médaille, mais la refuserait. Une, comme tous les autres ce jour-là, avec qui on se comprend tout de suite. Une comme ceux qui m’ont accueillie à leur table : ils avaient presque tous les cheveux blancs, mais avaient réservé leur chambre à l’auberge de jeunesse !

Comment dire cela simplement ? Je sais que nous ne sommes pas assez nombreux pour faire aujourd’hui majorité, je sais aussi que ce n’est pas juste en mettant en avant notre unité que nous ferons majorité. Et puis je n’ai aucune illusion sur le fait qu’une fois assis autour d’une table de réunion, nous trouverions mille sujets pour nous engueuler…

Mais tous les gens qui sont là me plaisent, m’émeuvent… et je refuse que l’on se passe de l’un-e d’entre eux. Malgré mes doutes, parfois, j’aimerais juste que chacun-e d’entre nous soit prêts à faire du neuf, ensemble !

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  • Un événement simple, mais riche par sa portée. La domination du capitalisme financier ne fait pas de cadeau. Sa logique se déploie sur tous les aspects de la vie.

    Nous vivons une situation contradictoire et instable. Beaucoup s’accordent à dire que le monde ne peut pas continuer sur cette voie. Le capitalisme financier triomphant est bien identifié comme un porteur d’inégalités, dangereuses pour la paix et destructrices pour la planète.

    Mais en même temps, le capitalisme financier est encore perçu comme le seul mode de production possible. Terrible contradiction qui rappelle la célèbre formule de Mme THATCHER « There Is No Alternative ».

    BERTHIER gilbert Le 8 février à 14:05
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  • Oui, effectivement, there is no alternative : il faut les virer !

    ecureuil66 Le 8 février à 15:08
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  • Jugée pour 3 chaises... A ce compte là, il faudrait réouvrir le bagne de Cayenne pour Valérie Damidot..

    carlos Le 8 février à 15:45
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  • « Malgré mes doutes, parfois, j’aimerais juste que chacun-e d’entre nous soit prêts à faire du neuf, ensemble ! »

    Bien que je constate que parfois, et même plus que parfois, le PCF aime tirer la couverture à lui et sort ses drapeaux en bien trop grand nombre, je partage cet espoir. Non, non, aucune force qui veut changer la société dans un sens égalitaire et coopératif, ne pourra réussir seule ou en souhaitant que toutes les autres se rallient à son panache bleu ou rouge...

    Marc Sidonny Le 8 février à 22:57
       
    • @Marc Sidonny

      Sommes nous certains que toutes les « forces » qui disent vouloir changer la société, le veulent vraiment. Vouloir changer la société , c’est se poser avant toutes choses la question du cadre minimum nécessaire au changement. Nous savons aujourd’hui, notamment avec l’exemple malheureux de la Grèce, que dans le cadres des institutions de l’ UE , mais également dans le cadre des traités de libre échange, aucun changement n’est possible,

      Or parmi les « forces » qui disent vouloir le changement, B Hamon , EELV , le PCF, aucune n’envisage de faire partie du plan À , et si il échoue du plan B. Tous les « ralliements » ne changeront rien , la question importante est celles des possibles, du cadre minimum nécessaire des possibles . Sur la question des changements à réaliser , il sera toujours possible de se mettre d’accord

      Gege Le 9 février à 09:39
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  • J’en tombe de ma chaise ! Comme si le PCF n’avait au centre de sa démarche la renégociation des traités européens en construisant un rassemblement large en Europe sur cet objectif.
    Mais ne confondons pas cela avec une sorte de FREXIT.
    Il est indigeste de recevoir des leçons de renégociation de ceux qui s’inspirent de JL M grand défenseur du traité de Maastricht en 1992. Depuis il a corrigé le tir mais il vaut mieux un bon plan A bien partagé que le passage au chantage du plan B.

    BERTHIER Gilbert Le 9 février à 10:42
       
    • @BERTHIER Gilbert

      « La renégociation des traités européens en construisant un rassemblement large en Europe . ».

      Qui peut être contre ça ? Personne bien entendu, sauf que c’est un vœux pieux . Ce fameux ou fumeux « rassemblement » n’a à moyen , long et très long terme aucune possibilité de ce réaliser. D’où la nécessité d’un plan B .Or l’intégration à marche forcée est mise en route par Macron, pour lui et pour la commission européenne il s’agit de mettre fin a tout ce qui constitue l’ État providence, à l’Etat tout court .

      Je ne vois pas ce qu’ il y a « d’indigeste » à soutenir cette position qui nous sort du « Il faut changer l’UE ! » dont nous rabat les oreilles depuis des années et qui fait bien rire la CDU et le SPD allemand.

      Gege Le 9 février à 12:07
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    • @BERTHIER Gilbert

      Petite précision, j’aî voté non à Maastricht. En 2012 j’ai voté JLM mais sans illusion, ni enthousiasme, car je trouvais sa position sur l’UE pas claire du tout.

      Gege Le 9 février à 13:44
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  • @Berthier

    La direction du PCF qui tente de construire un large rassemblement pour renegocier les traités européens... en passant chaque fois que celà est possible des accords électoraux avec le PS, un parti de droite ultra libéral ! Oui vous pouvez tomber de votre chaise (ne vous faites pas mal toutefois !).
    Vous remarquerez que j’ai bien écrit, la direction du PCF ; je regarde cet outil avec discernement... j’espère qu’une chose c’est que les militants vont virer ces sociaux démocrates à la tête de ce parti à l’occasion de leur prochains congrès ! Il y a eu déjà un premier avertissement quand les militants ont désavoué la direction et les cadres (soi-disant) lors de la dernière présidentielle. Allez camarade encore un effort pour évacuer tous ces imposteurs. Nous avons tant à faire ensemble, tant nous partageons !

    ecureuil66 Le 9 février à 11:19
       
    • oui le PCF depuis les années 90 se fourvoient.

      Le simple fait qu’ils parlent de "la chutte de l’URSS" au lieu du "coup d’État contre l’URSS" résume l’ensemble du problème.

      Sans ce salopard de Gorbatchev, aujourd’hui l’URSS serait encore debout et prolétariat ouest européen s’apprêterait à rentrer en révolution.

      kheymrad Le 9 février à 15:09
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  • @BERTHIER Gilbert

    Autre petite précision, je ne dit pas que rompre avec les traités de l’UE et de libre échange rendra tout changement facile, mais le rendra possible. Car les dominants ne lâcheront rien, il faudra sé battre.

    Gege Le 9 février à 13:59
       
    • le programme de LAEC consiste à prendre le contrôle de l’Euro via la BPI.
      c’est beaucoup plus intelligent que de sortir de l’UE.

      kheymrad Le 9 février à 16:58
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