photo cc Frédéric Bisson
Accueil > Société | Par Danielle Simonnet | 5 avril 2018

Paris : les voyous du privé gèrent les PV

Transférée à des sociétés privées, la gestion des infractions au stationnement, dans la capitale, a donné lieu à de graves dysfonctionnements qui sont allés jusqu’à la fraude. Sans remettre en cause cette privatisation, regrette Danielle Simonnet.

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Danielle Simonnet est conseillère de Paris et coordinatrice du Parti de gauche.

Deuxième étage, cinquième commission, je m’installe autour de la table. En face de moi, une brochette d’importants, que des hommes en cravate, représentant les deux entreprises privées que la ville a chargées du contrôle du stationnement à Paris, Moovia et Streeteo. L’adjoint aux transports M. Najdovski préside cette étrange réunion à laquelle étaient conviés maires et présidents de groupe et dans laquelle je me suis incrustée...

Depuis le 1er janvier, la réforme du stationnement est entrée en vigueur. Elle dépénalise les infractions liées au stationnement payant et a conduit au transfert de sa gestion de la préfecture de police à la Ville, permettant au passage de transformer l’amende pénale d’hier à 17 euros en forfait de post-stationnement (FPS) à 50 euros.

Couacs et fraudes

De quoi remplir les caisses de la Ville vidées par les baisses de dotations de l’État. L’équipe municipale parisienne aurait pu choisir de continuer à confier cette mission aux agents de surveillance de la Ville de Paris (ASP), mais a préféré la céder à deux entreprises privées, Moovia et Streeteo, suivant aveuglément l’idéologie libérale selon laquelle une entreprise privée serait plus efficace.

Dès les trois premiers mois, les couacs s’enchaînent en série jusqu’à la fraude organisée pour l’entreprise Streeteo. Des agents contrôlés positifs au cannabis, dont un, arrêté au volant de sa voiture sans permis de conduire ; des FPS imposés à des personnes handicapées, des professionnels de santé qui en sont normalement exemptés ; des agents qui font du zèle jusqu’à contrôler des véhicules en dehors de Paris, à Neuilly ; 5.000 euros d’amendes illégalement infligées par des salariés qui n’étaient pas assermentés pour le faire (et que la ville va devoir rembourser !) ; jusqu’à un tracteur qui a eu la mauvaise surprise de recevoir un FPS alors qu’il n’a jamais quitté… le Calvados !

Mais ça ne s’arrête pas là. La pression à la rentabilité est telle que des employés se sont vus sommer d’inventer de faux contrôles pour gonfler artificiellement les statistiques de la boîte et tenir la cadence infernale des 50.000 contrôles par jour.

Streeteo a organisé une triche dans ses locaux en manipulant les immatriculations pour dresser de faux contrôles, qui n’ont jamais eu lieu sur le terrain – ce qu’a révélé une vidéo réalisée par un salarié excédé par ces pratiques et les mauvais traitements de son employeur. L’escroquerie est telle que le parquet a ouvert une enquête !

Escroqueries en toute transparence

Dans l’ambiance feutrée de cette salle de réunion à l’Hôtel de ville, la directrice de l’administration de la voirie qualifie de "faux et usage de faux et escroquerie" ces pratiques, et annonce que la ville a porté plainte, mais pas contre Streeteo : « contre personne non dénommée ». Mais rassurez-vous, tout serait rentré dans l’ordre, et le contrat n’est pas rompu avec l’entreprise, qui aura tout de même à s’acquitter d’une pénalité de 500.000 euros (c’était bien la peine de tricher sur les contrôles !)...

Le représentant de Streeteo présente ses excuses aux Parisiennes et Parisiens, promet que ça ne se reproduira pas, que des sanctions en interne ont été prises… J’interviens en vain pour demander une fois de plus le retour en régie directe du stationnement et comprendre l’utilité de cette réunion. « La transparence » répondra l’adjoint. Alors, si les escroqueries se font de façon transparente, tout va bien ?

Streeteo est une filiale d’Indigo, de l’ex-groupe Vinci Park qui gère une grande partie des parkings municipaux souterrains de la ville pour un bénef’ de 40 millions d’euros par an. Ils se gavent en surface et en sous-sol ! Les gros intérêts privés sont au taquet pour se gaver sur le dos de nos services publics privatisés.

On fait pareil pour la SNCF en la privatisant ? Aucun rapport, selon vous ? Et bien sachez que l’autre entreprise, Moovia, créé par Urbispark, est une filiale de Transdev qui vient d’obtenir l’autorisation de concurrencer la SNCF… #JeSoutiensLesCheminots #QuandToutSeraPrivéOnSeraPrivéDeTout

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