Accueil > Politique | Par Corinne Morel-Darleux | 25 janvier 2018

Vu de… l’autre côté de Laurent Wauquiez

Alors que Laurent Wauquiez passe son grand oral ce soir sur France 2, Corinne Morel-Darleux, conseillère régionale Auvergne-Rhône-Alpes, nous livre sa première chronique "Vu de région" sur le président de Les Républicains, alias W, et ses recettes de com.

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Nouveau ! Chaque jeudi sur regards.fr, retrouvez la chronique d’une élue. Avec Danielle Simonnet (conseillère de Paris) pour Vu de Paris. Elsa Faucillon (députée) pour Vu de France, Marie-Pierre Vieu (députée européenne) pour Vu d’Europe… Aujourd’hui, c’est Corinne Morel Darleux (conseillère régionale de la Région Auvergne Rhône Alpes, groupe RCES-Parti de gauche) qui lance la série avec Vu de région.

* * *

Depuis qu’il a pris la tête de la Région Auvergne Rhône Alpes, puis celle de Les Républicains, on ne tient plus Laurent Wauquiez. W (prononcez dabeuliou), comme on l’appelle chez nous, se sent pousser des ailes présidentielles. Mais pour qui se rêve un destin national, la deuxième région de France reste un étroit bocal. Alors W déploie des mesures nationales – hors compétences régionales, parfois inapplicables, parfois carrément illégales mais qu’à cela ne tienne : rodé des années auprès de Nicolas Sarkozy, W a le dispositif-clé.

Acte 1, le coup de com : provoquer une annonce fracassante auprès des médias, si possible polémique, bien droitière, qui fasse le maximum de bruit, de reprises, de critiques ou de hauts cris. Tant qu’on en parle.

Acte 2, l’étape la plus ennuyeuse, formelle mais il faut bien y passer : faire ratifier l’annonce en assemblée régionale par un vote de sa majorité, si possible sans trop de débats.

Acte 3, faire suer les services qui doivent ramer et se cramer le cerveau pour déterminer comment ils vont bien pouvoir faire pour appliquer un truc infaisable, illégal ou tout bonnement pas du ressort régional.

Acte 4, se rendre compte que bon, là, c’est vraiment inapplicable, se faire retoquer par le préfet au moment du contrôle de légalité, ou juste s’en moquer, et reculer quand personne ne le voit.

Et le tour est joué. Tout ce qu’en retient le grand public, c’est le premier feu de l’annonce passée dans les médias, généralement empreint de rectitude et de fermeté. Le reste n’est que fumée. Un exemple concret ? On en a mille mais celui-ci est particulièrement savoureux, tenez.

Tartuffe, ou l’imposture de la "clause Molière"

Acte 1 : le 6 février 2017, W annonce dans la presse l’instauration d’une "clause Molière" pour traquer les travailleurs détachés. Pardon, pour s’assurer qu’ils comprennent bien les consignes de sécurité sur les chantiers. Donc sur tous les chantiers de la Région, les travailleurs devront parler français.

Acte 2 : malgré les deux minutes accordées aux groupes de l’opposition qui s’évertuent à expliquer que la mesure est discriminatoire et que les conditions des salariés sur les chantiers relèvent d’une inspection du travail déjà asphyxiée, la délibération "clause Molière" est adoptée le 9 février.

Acte 3 : Alors que le préfet de Région conteste la délibération et la juge discriminatoire, W annonce la mise en place d’une "brigade de la langue française" le 14 mars. Mais comme il ne veut pas embaucher pour garder sa notation Standard and Poors, il se contente de prendre cinq agents de la Région, leur fait enfiler un gilet bleu et pose pour la photo. Las, la "cause Molière" est finalement annulée par le Tribunal administratif, le 13 décembre 2017.

Acte 4 : alors qu’on n’a plus entendu parler de Molière depuis des semaines, Tartuffe (ou l’imposteur) rentre en scène, bien malgré lui, à l’occasion des vœux de la Région : on s’aperçoit alors que le prestataire, GL Events, non seulement fait venir les travailleurs de Paris et non de Lyon où l’entreprise est implantée – ce qui est déjà un affront à la "préférence régionale" chère à W –, mais en plus qu’il emploie des travailleurs roumains qui ne parlent pas français.

Dégringolade en cascade de Molière, de la clause, de la brigade et de l’exemplarité.

W est un Janus. Tout comme le Front national qu’il entend piller, il possède deux visages. Côté pile, les mêmes vieux relents nationalistes. Côté face, la bonne grosse arnaque libérale de la concurrence libre et non faussée. Et des fourberies comme ça, on en a un paquet. Chez W, on ne s’ennuie jamais.

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  • Il se trouve que je connais bien un petit bourg du sud-Est de la Haute-Loire : le Chambon-sur-Lignon. Non pas, parce que j’y suis né ( contrairement à ce qu’affirment faussement Laurent W et son service de com : quand on se voit un destin national il est toujours bon chez les politiciens tels que lui de s’inventer de pseudo" racines" dans la France dite profonde. N’est-ce pas Pétain qui disait que seule "la terre ne ment pas " ?) mais parce que jeune enfant issu du monde ouvrier stéphanois j’y ai passé très tôt et continûment mes vacances scolaires "au bon air" avec mes parents qui , eux, profitaient de leurs congés payés.

    Le Chambon- sur-Lignon, dont le maire LR actuel est la propre mère de notre menteur professionnel, Mme E. Wauquiez-Motte, fait partie de la 1ère circonscription législative du département de la Haute-Loire qui en compte deux.

    Laurent W, y a commencé sa carrière politique , en bénéficiant du réseau de notables droitiers et extrême droitiers, qu’un ancien ministre de Giscard d’Estaing, devenu commissaire européen sur ses vieux jours, M. J. Barrot, aujourd’hui décédé, avait mis à sa disposition.

    Depuis son accession à la Présidence de la Région Auvergne Rhône Alpes (AURA) , Laurent W. n’hésite pas à arroser de subventions et de financements divers ce secteur de la Haute-Loire où il a fait ses débuts : l’argent du contribuable va à un enseignement privé florissant , aux petits industriels retors de l’Yssingelais, aux diverses associations sportives et amicales qui organisent soupes aux choux et parties de belote...Habillant d’un verbiage "branché" de marketing électoral ses moindres faits et gestes publics, l’homme à "la chasuble rouge" ( Laurent W, lorsqu’il était député de la Haute-Loire et maire du Puy-en-Velay , ville surnommée pendant la Révolution "la petite Vendée de l’intérieur" monarchiste, cléricale et anti -républicaine, se baladait toujours vêtu d’un anorak - pour faire peuple ! - de couleur rouge - pour être vu des photographes !), suscite en réalité peu l’enthousiasme des foules et beaucoup de résignation ( voir les taux d’abstention électorale)...Et se prenant pour le florentin Mitterand escaladant une fois l’an la Roche de Solutré, il provoque rires et quolibets amusés, chaque été, en faisant une grimpette en pente douce des flancs du Mont Mézenc (1752 m)fortement médiatisée.

    On assiste donc à la résistible ascension d’un politicien réactionnaire parti tôt à l’assaut de l’Élysée, mais dont l’ambition et un arrivisme éclatant lui vaut aujourd’hui de compter de nombreux ennemis dans son propre camp.

    Leo Gounon Le 28 janvier à 20:19
       
    • Effectivement, pour qui s’intéresse à celui qui est devenu le "président" d’un parti LR en perdition, souffrant actuellement de macronite aiguë, et qui rêve de dormir un jour l’Élysée, l’étude de son ascension "résistible" dans "la classe politique" ne manque pas d’être éclairante sur le personnage.

      Menteur , il est, cela est vérifié, brutal également avec tous ceux qui peuvent être un obstacle à son aura, c’est avéré.
      Mais, il y a aussi le roué ,l’hypocrite et le manipulateur.

      Ainsi, pour revenir à la bourgade touristique de moyenne montagne du département de la Haute -Loire qu’est le Chambon-sur-Lignon depuis des lustres, et dont madame le maire est sa propre mère, il faut savoir que L.Wauquiez a tenté d’instrumentaliser à son profit son histoire héroïque durant la seconde guerre mondiale.

      Ce village est depuis 2013 doté d’un lieu de mémoire judéo-protestant qui valorise l’action de sauvetage d’une partie de sa population en faveur des persécutés juifs sous Vichy et l’occupation nazie. Le financement public et privé de ce lieu lui permet de rayonner mondialement.

      L.Wauquiez veut faire oublier que la droite française dont il se réclame fut majoritairement pétainiste et antisémite , et en même temps, se donner une stature "d’homme d’État".

      Il ne rate donc pas une occasion de s’afficher aux côtés du grand rabin de France et de l’ambassadeur de l’État d’israël à chaque évènement ou cérémonie qui se déroulent dans ce lieu de mémoire.

      Cette captation d’héritage mémoriel à des fins politiciennes a été sévèrement jugée par une partie de la population. Mais qu’ à cela ne tienne ! impavide, L, Wauquiez trace sa route...jusqu’où ?

      Samuel M Le 29 janvier à 13:20
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