Accueil > Culture | Par Arnaud Viviant | 8 novembre 2013

24 heures sous influences

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J’admire beaucoup Roger Lenglet. J’ai souvent rêvé de l’interviewer, sans jamais oser le lui demander. Faut-il être con ! Son parcours est extraordinaire. Le dénuement de ses parents l’empêche de faire des études : il est apprenti à 14 ans. Mais un jour, à la télé, il regarde une émission sur Gaston Bachelard, philosophe autodidacte qui n’a eu son agrégation de philosophie qu’à l’âge de 35 ans, après avoir longtemps travaillé aux PTT. Lenglet suit son exemple, reprend ses études et devient philosophe. A ce titre, on lui doit une formidable étude sur « le griffonnage » que j’avais lue et chroniquée en son temps (1993). Mais le meilleur est à venir.

Comme s’il était devenu las de la philo (il faudrait le lui demander) Lenglet oblique une nouvelle fois son parcours et se lance cette fois dans l’investigation. Notamment contre le poids des lobbies qui impriment leur loi sur notre vie quotidienne. Il s’intéresse aux lobbies de l’eau (L’eau des multinationales, les vérités inavouables, chez Fayard, qui lui vaudra un procès — qu’il gagnera) ; aux syndicats (l’indispensable L’argent noir des syndicats, toujours chez Fayard, en 2008) et aux lobbies de la santé, sa spécialité, auxquels il a consacré plusieurs volumes.

Si vous ne les avez pas lus, vous pouvez vous rattraper avec 24heures sous influences, sous-titré « Comment on nous tue jour après jour ». (Le livre est sorti en avril, mais des problèmes de distribution font qu’il mérite une seconde chance). En racontant la journée ordinaire d’un couple ordinaire, Roger Lenglet synthétise le fruit de toutes ses recherches. Évidemment, ça fait peur. Des fabricants de literie utilisant pour lutter contre les acariens des produits toxiques qui favorisent le développement de la maladie d’Alzheimer chez les jeunes (en France, ils seraient selon Lenglet 55000 entre 13 et 60 ans atteints de cette maladie), en passant par l’eau du robinet qui contient « aluminium, antibiotiques, antidépresseurs, somnifères, pesticides, plomb, mercure, cadmium, dérivés pétroliers »… De l’aspartame cancérigène, mis sur le marché dans les années 1970, notamment avec l’appui de Donald Rumsfeld qui en détenait le brevet en passant par les syndicats dont « près de 50% du financement proviennent de grandes entreprise en échange de la paix sociale »… Du chlore de la piscine municipale qui donne de l’asthme au danger du mercure contenu dans les thermomètres et maintenant les ampoules, ce n’est pas seulement un monde dangereux que décrit Lenglet, mais un monde où le poids des lobbies industriels obtient du législateur la récusation des preuves scientifiques et son aveuglement payé ou consenti. Mieux, Lenglet nous apprend que le lobbying s’enseigne maintenant à la fac. « En France, les étudiants en possession d’un master de lobbying arrivent sur le marché de l’emploi chaque année par centaines », écrit-il.

À lire absolument, comme on dit.

Roger Lenglet, 24heures sous influences. Les éditions nouvelles François Bourin. 264 p, 20 euros

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  • Je partage l’enthousiasme d’Arnaud Viviant pour cet auteur autant talentueux qu’attachant. Et en effet "24 h sous influence" est à consommer sans modération tant il contient d’informations tout en étant passionnant de bout en bout (Roger Lenglet est expert en vulgarisation scientifique). Son parcours est exemplaire : il a le premier publié un ouvrage alertant sur le scandale de l’amiante (il a été un compagnon de route d’Henri Pézerat) et a depuis écrit de nombreux ouvrages en santé publique et contre les lobbies : "24h" fait le lien entre ces deux domaines d’intérêt. Son dernier opus, "Syndicats, corruption, dérives, trahisons", co-écrit avec son vieux compère JL Touly, dénonce de façon documentée les petits et grands arrangements entre (certains) syndicats et le patronat, au détriment des valeurs collectives. Je vous le conseille chaudement.

    Carla Marx Le 9 novembre 2013 à 18:22
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