Visuel du Manifeste des 343 salauds
Accueil > Société | Par Clémentine Autain | 31 octobre 2013

Prostitution, le manifeste des 343 réacs

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Les époques se suivent et ne se ressemblent pas. Le conservatisme fait mine de revêtir les habits de la subversion et du scandale. On pourrait en rire si la manipulation des symboles n’était pas si contestable, si l’enjeu n’était pas si grave. Ainsi, le magazine Causeur d’Elisabeth Lévy publie cette semaine le Manifeste des 343 salauds qui crient haut et fort : « touche pas à ma pute ! ». Une tripotée de machos et/ou réacs bien connus, parmi lesquels Eric Zemmour, Ivan Rioufol, Nicolas Bedos, Richard Malka (l’avocat de DSK), Basile de Koch (le mari de Frigide Barjot) ou encore… Frédéric Beigbeder, s’oppose à la pénalisation des clients de prostituée prévue dans la nouvelle loi initiée par la ministre des droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem. Des voix qui s’élèvent au nom de la liberté bien sûr, comme si la prostitution était étrangère aux rapports sociaux entre les sexes et aux impératifs du monde marchand, comme si la traite des êtres humains n’existait pas, comme si les hommes étaient ici menacés dans leurs droits fondamentaux. « Les 343 salopes demandaient à disposer de leur corps, les 343 salauds demandent à disposer du corps des autres », a rétorqué la porte-parole du gouvernement. Du côté du STRASS, le syndicat du travail sexuel, Morgane Merteuil répond aux « 343 connards » : « Votre paternalisme, lorsque vous énoncez "touche pas à ma pute" : nous ne sommes les putes de personne, et encore moins les vôtres. »

S’opposer à la pénalisation des clients de prostituées est un combat légitime. La pénalisation croissante des rapports sociaux est préoccupante et la traque des clients risque de rendre plus difficile encore la vie des prostituées. Mais comment peut-on comparer la demande de non-pénalisation des clients de prostituées avec le courage des 343 femmes qui ont réclamé, en 1971 dans Le Nouvel Observateur, le droit fondamental à maîtriser leur fécondité ? Ces 343 femmes s’étaient mises de facto hors la loi pour exiger que cesse l’illégalité dans laquelle se pratiquaient les avortements au péril de leur vie ou au risque de la perte de leur fécondité. Il s’agissait d’un acte de courage politique visant l’obtention d’un droit fondamental pour l’émancipation des femmes. L’avortement, c’est aussi l’une des conditions de la sexualité libérée. La version réac 2013 du Manifeste des 343 vise à permettre la reproduction de l’existant. Que l’on ne dérange pas ces messieurs qui veulent tarifer leurs relations sexuelles. Misère…

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Vos réactions

  • Moi je trouve que cette opposition n’est qu’apparence, car sur le fond ce sont des libéraux qui s’opposent à d’autres libéraux. Leurs buts divergent mais leur moyen, le recours au sacro-saint libéralisme (interdit d’interdire, défense de l’individu et des minorités au risque de réduire la majorité au silence), est le même.

    Quand je lis "amour tarifé" franchement je m’interroge sur le sens du mot amour pour ces gens.

    noop Le 1er novembre 2013 à 11:28
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  • Je me permets de rebondir sur votre dernier mot : misère... Car au-delà de toute idéologie (vous pouvez critiquer ce manifeste sans pourtant nier votre puritanisme dans cette dignité dogmatique imposée à la femme qui peut louer ses bras, ses jambes, son dos, etc. dans des travaux bien plus pénibles que la prostitution mais qui ne peut louer son vagin, sa bouche ou autre au nom d’un commandement qui reste, ne vous en déplaise, d’essence biblique), c’est bien la misère qui crée la prostituée.
    Or, pratiquement, réellement, qu’avez-vous à offrir à ces femmes à la place de cette activité qui les fait vivre ? Rien d’autre qu’une inscription à Pôle Emploi...

    Tant que cette situation ne changera pas, tant que le combat contre la prostitution restera une posture idéologique ne prenant pas en compte la réalité pratique de ces femmes, de notre société, il ne peut être qualifié de progressiste.

    Garry Gaspary Le 1er novembre 2013 à 12:07
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  • Je ne suis pas sure d’être contre la pénalisation du client. Je trouve que ce serait intéressant d’avoir un débat (un vrai, pas un échange de commentaires) sur ce sujet au sein de la gauche (j’entends FDG). Je suis effectivement assez dubitative sur la façon dont ce gouvernement mène ce débat, si on se réfère à la façon lamentable avec laquelle il a mené la loi pour le mariage "pour tous" (avec le renoncement sur la PMA, la montée des réacs, etc.)
    Le nid s’est bien moqué de cet "appel" parfaitement ridicule.
    Quand à "garry" c’est le troll habituel sur ce sujet avec le sempiternel "vaut mieux mieux vendre son cul que d’être caissière". Merci pour les caissières et leurs collègues.

    Lana Le 3 novembre 2013 à 18:14
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  • @Lana
    Etre de gauche, être progressiste, c’est refuser la marchandisation, l’exploitation de l’humain, que ce soit par ses jambes, ses bras, son dos... ou son cul.
    Je m’étonne juste que des gens se disant de gauche ne s’intéressent qu’aux culs des putes et pas aux bras ou aux dos des caissières.

    Si pour vous, c’est cela être un troll, alors j’appelle tous ceux qui disent de gauche à devenir des trolls !

    Garry Gaspary Le 4 novembre 2013 à 09:44
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  • @Lada
    Et puisque C. Autain invoque les impératifs du monde marchand, il me semble bon de débattre des impératifs du monde féministe. Parce que si, pour parler comme E. Badinter, la femme féministe n’est pas une guenon, il est pourtant clair que les féministes ont besoin de "guenons" pour vivre. Autrement dit, l’émancipation des tâches domestiques pour certaines femmes est passée par l’imposition à d’autres femmes de ces tâches à titre professionnel : femmes de ménage, nounous ou autres assistantes de crèche.
    Bref, pour la féministe que vous êtes, il est tout à fait digne pour une femme qu’elle lave vos chiottes ou torche vos gamins à votre place.
    Par contre, il est indigne qu’elle procure un service sexuel à un homme.

    Eh ben, je ne suis pas d’accord avec cette vision sexiste (et donc pourrie) du monde !

    Garry Gaspary Le 4 novembre 2013 à 10:59
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  • Mme Autain,

    Je souhaiterais connaître votre sentiment sur le court-métrage de Frédérique Pollet-Royer, initié par des associations lycéennes en vue d’abolir la prostitution.

    http://etudiant.lefigaro.fr/les-news/actu/detail/article/la-video-choc-de-jeunes-pour-l-abolition-de-la-prostitution-3212/

    Je pense que ce mini-film fait mal, mais vise très juste. Il est autant un réquisitoire contre l’amour tarifé qu’une vision dystopique de ce que l’Education nationale pourrait (on est dans la fiction !) devenir au nom de la sacro-sainte adaptabilité à l’emploi. La crédulité stéréotypée des parents d’Andréa laisse rêveur, évidemment, mais elle montre bien qu’à une époque où les moyens de s’informer sont légion, la seule voie à suivre pour les gens de peu reste malheureusement celle indiquée de manière glamour et branchée par les institutions politiques, commerciales, ou télé-débilisantes. Bref, la doxa. Et ils adhèrent, comme ils auraient suivi les injonctions de Milgram (cf "I comme Icare" d’Henri Verneuil).

    Mon amie pense, au contraire, que ce film rate son but car il mélange trop de choses. Elle ne l’a peut-être pas vu comme la caricature choc -avec ses exagérations - qui demeure l’outil efficace pour un format aussi court.

    Mais peut-on réfléchir sur la prostitution en ne traitant le sujet que sous l’angle de l’abolition ou de la pénalisation ? Qu’en pensez-vous, Clémentine, et les autres aussi ?

    Kaptinharsh Le 5 novembre 2013 à 19:09
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  • @Kaptinharsh
    Je pense, pour ma part, que votre amie et vous avez toutes les deux raison !
    Ce mini-film fait mal mais rate son but. Il rate son but parce qu’il présente le métier de prostituée dans son exhaustivité, c’est-à-dire comme un service sexuel qui peut être considéré en soi comme anodin (fellation, jeux de rôles coquins) voire humaniste (remède contre la misère sexuelle, services aux handicapés) et comme un métier potentiellement violent et dégradant. Cette présentation, elle, n’est pas dystopique mais réaliste, et on pourrait imaginer un autre mini-film qui présenterait le métier d’ouvrier en bâtiment de manière aussi réaliste en parlant également (ce qu’une conseillère d’orientation ne fera jamais, du moins, d’une façon aussi crue et détaillée) de la pénibilité de ce travail (taux d’accident, maladies invalidantes liées directement à cette activité, espérance de vie moindre, etc.).
    Mais il fait mal parce qu’il souligne effectivement les errances de l’Education Nationale et des parents face à l’objectif de l’emploi à tous prix (le symbole du miroir y est excellent pour montrer qu’une conseillère d’orientation ou un parent sont prêts à tout pour préserver leur image sociale, au risque même d’un avenir inhumain pour la jeunesse).
    Un bon film donc qui nous rappelle que nous sommes tous complices de la société merdique dans laquelle nous vivons et dans laquelle nous souhaitons faire vivre nos enfants. Mais je persiste à dire que s’en prendre à la prostitution ou à sa clientèle n’est qu’un vulgaire maquillage qui ne peut dissimuler que la première des violences à combattre est sociale, et que, pour reprendre l’image du miroir social, cela ne peut uniquement servir qu’à quelques féministes bêtement narcissiques à s’y mirer, s’y admirer encore et toujours afin de s’y trouver belles.

    Garry Gaspary Le 6 novembre 2013 à 17:02
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  • Tonio Le 17 novembre 2013 à 12:11
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  • Il n’est pas utile de se formaliser de ce texte, car les 343 salauds sont des machos comme les autres, comme les militants du strass, d’Act up Paris, de médecins du monde, d’EELV, des mouvements GBT.... Tous ces gens qui feignent l’indignation mais partagent les mêmes convictions me font vomir. Les pétitionnaires de causeur ont le mérite d’annoncer la couleur d’entrée, tandis que les autres cachent leur réelle motivation derrière des arguments plus bidons les uns que les autres. La différence se situe uniquement sur la forme, mais le fond est le même, les intérêts défendus sont ceux des clients et rien que des clients. Je parie que les défenseurs de la réouverture des maisons closes et de toute forme de professionnalisation et commercialisation de la prostitution reprochent uniquement aux pétitionnaires de causeur d’avoir discrédité le règlementarisme avec leur humour gras et vulgaire, et dévoilé au grand jour le vrai visage et le profil psychologique et sociologique des clients. Ce tapage n’est qu’hypocrisie de la part d’associations qui déclarent en réaction à la pétition "n’être la pute de personne", mais revendiquent sans cesse la prétendue "liberté" d’être la propriété ou la marchandise de leur client.

    Il ne suffit pas de changer la formulation des discours ou de prendre ses distances avec ceux qui ont commis l’erreur de s’exprimer comme des cochons pour espérer duper le monde, non ?

    babeil Le 5 janvier 2014 à 19:06
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  • C’est bizarre d’être de gauche (pour la liberté) et de réclamer que des gens soient mis en prison. Alors même que les prostituées manifestent contre cette loi. (A part une !) Qui va les jeter dans la misère.

    Orange Modeste. Le 24 février 2015 à 00:27
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