Jérôme Kerviel et ses avocats à leur arrivée au conseil des Prud'hommes. Photo : Nathanaël Uhl
Accueil > Politique | Par Nathanaël Uhl | 4 juillet 2013

Affaire Kerviel, les Prud’hommes refusent l’expertise des pertes de la Société Générale

L’affaire Kerviel se poursuit devant le Conseil des Prud’hommes. L’ancien trader demande la requalification du motif de son licenciement par la Société générale. Les Prud’hommes ont rejeté sa demande d’expertise des dommages subis par la Société générale. Des responsables politiques dénoncent une « affaire politique ».

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« Merci pour l’espoir que vous me donnez. Maintenant, on repart au feu. » La voix de Jérôme Kerviel est chargée d’émotions à sa sortie de l’audience du conseil des Prud’hommes de Paris. Ce 4 juillet, il en ressort « dégoûté » après avoir vécu un moment d’espoir. Les Prud’hommes ont rejeté la demande de renvoi de la Société générale, ex employeur du plus médiatique des traders français. Ils ont également refusé la demande d’expertise des pertes subies par la banque française, pertes qu’elle estime à 4,9 milliards d’euros. Le jugement sur la requalification du motif de licenciement de Kerviel devrait être prononcé le 24 janvier 2014.

Dès 8h30, ils sont plusieurs dizaines de citoyens et de militants à se rassembler devant le Conseil des Prud’hommes de Paris, devant lequel Jérôme Kerviel poursuit son combat de David contre le Goliath Société Générale. En parallèle d’un pourvoi en cassation, l’ancien trader entend faire valoir ses droits de salarié. Il continue de réfuter la faute que lui impute son ex employeur, répétant que sa hiérarchie, non contente d’être informée de ses pratiques, le « couvrait ». A ses côtés, Jean-Luc Mélenchon, co-président du Parti de gauche, plaide lui aussi « l’innocence ». « Son métier est immoral mais ce dont nous parlons aujourd’hui est un point de droit », estime le député européen.

Dans la foule, Claudio Calfuquir est venu « apporter le soutien d’un salarié à un autre salarié ». Militant CGT dans le groupe aéronautique Dassault, le jeune homme a été récemment licencié pour « faits de syndicalisme », assure-t-il. Pour lui, il s’agit de faire face à l’injustice : « Ce n’est pas une fonction que nous sommes venus défendre mais des faits que nous dénonçons. Personne ne peut croire qu’un homme seul ait failli détruire une banque telle que la Société Générale ».

Plus loin, entouré d’une foule de journalistes, Jean-Luc Mélenchon rappelle que le cas Kerviel cache un autre scandale : une déduction fiscale à hauteur de 1,7 milliards d’euros accordée par Bercy à la « SocGen », dans le cadre d’un processus d’assurance à hauteur du tiers des pertes subies s’il n’y a pas eu de défaillances de la part de la banque. C’est ce point précis qui motive la présence de Julien Bayou, conseiller régional Europe Ecologie-les Verts (EELV) d’Île-de-France et un des animateurs du collectif « Sauvons les riches ».

Le jeune élu dénonce le versement d’une somme – « 4 fois celle versée à Bernard Tapie » - « sans contrôle » de la part du ministère des Finances, dirigé à l’époque par Christine Lagarde et son directeur de cabinet Stéphane Richard. L’obtention de ce type d’indemnité est soumis à l’absence de tort de la part de la banque. Pourtant, quelques mois plus tard, la justice a mis en lumière les défauts de contrôle de la part de la Société générale. « Normalement, cela aurait dû l’empêcher d’empocher une somme abondée par l’argent de nos impôts », relève Julien Bayou. Qui précise encore : « Cela représente 25 euros par Français ». Ce 1,7 milliard d’euros aurait été reversé aux actionnaires de la « SocGen ».

La « complicité de l’Etat » dans une affaire qui illustre la réalité du capitalisme financier agace Clémentine Autain. La porte-parole du Front de gauche y voit la marque des relais dont « dispose le monde de la finance dans l’appareil d’Etat ». « En ce sens, c’est une affaire très politique », explique encore la députée suppléante de Seine-Saint-Denis. Elle entend en profiter pour « mettre à jour la folie de ce capitalisme de casino, un système totalement déshumanisé ». Lors d’une récente rencontre organisée par les Amis de l’usine, Jérôme Kerviel a expliqué avoir misé sur des opérations à la baisse après les attentats meurtriers à Londres en 2005. Ces opérations ont fait gagner des sommes astronomiques à la Société Générale. Quand le trader a vu les images de l’attentat, il raconte être allé vomir dans les toilettes où son chef est venu le chercher pour lui dire : « On ne doit jamais arrêter de trader ».

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